Grains de sel

30 novembre 2022

Quotidien, encore…

 Catherine Bierling

 Souvent occupée avec les bobos qui se succèdent et se remplacent…

 Combat contre le froid, bouchant les trous au-dessus des fenêtres, refusant encore d’allumer le chauffage central au gaz et se réjouissant de faire le soir une bonne flambée dans ce petit poêle bien vieux qui réchauffe nos soirées. Presque toutes les personnes que je connais résistent encore héroïquement au froid… à quelle sauce va-t-on être mangé ? Quelle sera la teneur exacte des factures, on ne le sait guère, les annonces changent tous les mois, on peut seulement imaginer qu’elles seront salées. En attendant, je porte trois pulls et deux paires de chaussettes et je résiste. C’est surtout assise au bureau, écriture ou ordinateur, que les extrémités se refroidissent vite. Il faudrait bouger plus, mais le temps devient assez désagréable dehors. Pluie, vent froid, un temps de novembre en somme.

 Allons, il y a pire, on va tenir le coup, tant qu’on n’est pas malade. Il faudra penser aussi au prochain vaccin contre la grippe, il paraît qu’elle est gratinée, cette année.

 Pour se tenir chaud, on mange beaucoup de soupe ; la choucroute est à la cave prête à la consommation dans sa jarre de grès. Les pommes attendent d’être transformées en compote ou en tarte. Celles qui pourrissent sont entreposées sur le rebord du balcon pour le plus grand bonheur des merles qui viennent les picorer en gloussant joyeusement. (Les merles gloussent-ils ?)

 Rentrés depuis deux semaines des Cévennes où l’on déjeunait encore au soleil sur le balcon, on est passé directement en mode hiver. En Allemagne, ça commence fort puisque les marchés de Noël sont déjà installés et que le dimanche 27 novembre est le premier dimanche de l’avent, avec tout son lot de bougies, de « Plätzchen » (petits biscuits de Noël) et de couronnes de l’avent. Je ne suis pas encore au diapason

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Et bien sûr, si je me concentre sur ces petites nouvelles de l’hiver qui approche, je n’oublie pas toutes les sombres nouvelles qui nous atteignent par tous les médias. La COP 27 qui n’a pas réussi grand-chose, les footballeurs dans leurs stades climatisés, les résistances héroïques en Iran et maintenant en Chine, les conditions de survie si difficiles en Ukraine, les réfugiés sur leurs bateaux que personne ne veut recevoir, les idées d’extrême droite qui se répandent partout comme une peste, et j’en oublie sans doute…

 J’ai traduit quelques extraits de mon texte autobiographique « vieille comme mes robes ! » pour une lecture au DTA (L’archive des journaux d’Emmendingen) le 22 janvier, jour de la commémoration du traité d’amitié franco-allemand. Il faut bien que les citoyens fassent quelques efforts pour entretenir la flamme, puisqu’il paraît que l’amitié est quelque peu refroidie en ce moment et qu’on a toutes les peines du monde à se mettre d’accord pour fabriquer un avion de combat franco-hispanoallemand. En ce qui me concerne, ça ne fait pas partie de mes priorités, les avions de combat, mais je suppose qu’il y a d’autres pommes de discorde entre les « nations amies » où c’est finalement presque toujours le chacun pour soi qui l’emporte.

 Alors nous parlerons de ce que nous avons fait, à notre modeste niveau pour que vive malgré tout l’amitié franco-allemande…

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28 novembre 2022

Chroniq’hebdo | De Christian Bobin, Fabrice Neaud et Jean-Claude Carrière

 Pierre Kobel

 « Écrire est un art aussi fragile que vivre. Un rien les fausse. » Christian Bobin avait raison. Et sans doute avait-il la perception intime de cette fragilité lorsqu’il écrivit cela. Face à elle, quel équilibre trouver dans l’écriture lorsque les mots sont une nécessité vitale ?

 Christian Bobin est mort. Un cancer foudroyant paraît-il, comme s’il devait partir dans un éclair, d’un seul coup. Disparaître, c’est le mot. Et là aussi devait-il avoir l’idée de cet évanouissement dans un espace inconnu, dans un temps improbable.

 Pourquoi faut-il que je ne parvienne pas à mesurer mes activités dans le temps ? Je ne perds pas mes journées, je le sais, et cependant j’ai souvent l’impression d’arriver au soir en ayant l’impression de n’avoir rien fait. Souvent un sentiment de dispersion, d’inachèvement.

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En écrivant ces mots, je pense à cette double page du Journal|3 de Fabrice Neaud qui représente un homme, assis sur un muret et qui est progressivement recouvert par des feuilles mortes jusqu’à ne plus former qu’un tas de ces dernières. Et lorsque ces mêmes feuilles sont peu à peu emportées par le vent, il ne reste rien de l’homme initialement présent. Deux fois neuf cases pour dire notre illusion et notre vanité. Mais la force du trait, du dessin pour nous y faire réfléchir.

 La semaine fut apaïste avec la réunion mensuelle de notre groupe parisien et celle qui commence le sera encore plus avec la soirée de mardi pour célébrer l’association et ses trente ans, avec une réunion importante le jour suivant pour décider de l’avenir. Suffisamment d’activités pour me redonner de l’enthousiasme et l’envie gourmande des mots à lire et écrire. Ces mots, ces livres depuis que je sais lire, depuis l’enfance, qui m’ont ouvert l’esprit, l’imaginaire, qui m’ont permis de construire un outre-monde, des refuges et des armes contre le réel qui m’a toujours paru en deçà d’eux. C’est la phrase de Pessoa : « Si la vie suffisait, la littérature n’existerait pas. »

 Un déjeuner amical avec un proche ami. Nous discutons selon notre habitude à bâtons rompus et la conversation nous amène à évoquer Jean-Claude Carrière. Occasion pour moi de redire ma profonde admiration pour l’homme et combien je voudrais avoir une curiosité aussi ouverte que l’était la sienne, combien je voudrais avoir une culture aussi riche, aussi ample. Être curieux de tout, et dupe de rien. Et surtout ne pas s’en tenir à cela, pouvoir réutiliser cette curiosité, maîtriser cette matière première de savoirs ajoutés les uns aux autres, entrecroisés, enrichis réciproquement, pour en faire de nouvelles créations.

 L’art sous toutes ses formes, l’écriture, ne sont pas seulement le moyen de nous sauver la vie. Ils sont un moyen de la créer en lui donnant un sens, en impulsant des réflexions, en donnant de l’espoir, au-delà de l’indicible et de tous les pessimismes ambiants. Nous nous le disions : il n’y a aucune illusion à se faire, nous ne sommes rien ! Mais cette trace créative que chacun peut laisser, ajoutée aux autres, permet de garder espoir pour l’humanité. Carrière a puissamment contribué à cela. Et Bobin aussi à sa façon.

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26 novembre 2022

Christian,

Phrasie

Hier soir, je n’écoutais la télévision que d’une oreille distraite, tellement distraite que je n’ai pas entendu le début de la phrase de Laurent Delahousse, j’ai juste vu le visage de Christian Bobin s’afficher sur l’écran. Mon cerveau s’est immédiatement demandé pourquoi parler de Bobin à cette heure de grande écoute plus propice aux stars du show-biz qu’aux poètes. Est-ce une promotion pour son nouveau livre sorti en octobre ? C’est là que mon mari, qui lui avait tout entendu, m’a regardé l’air effaré et il m’a dit « il est mort ». Coup de tonnerre et réflexions stupides dans ma tête, mais Bobin il est né en 51 comme moi, il est trop jeune (sic), il ne peut pas mourir si vite, il a encore trop de choses à écrire, c’est pas possible. Puis, vient le moment où il faut bien admettre la nouvelle, alors mon cerveau lâche ses mots à lui, des mots que je m’étais ingéniée pendant le premier confinement en 2020 à recopier dans mon cahier, à écrire à la plume sergent major et à l’encre chinoise d’une écriture enfantine et simple qui lui aurait peut être plu. Ses mots que j’avais appris par cœur et qui me reviennent en mémoire sans que je fasse d’effort :

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« Combien de saisons encore la joute tournera-t-elle à mon avantage ? Je songe à cette unique fois où celui qui défend mes couleurs mordra la poussière, lorsque s’ébranleront les assises immatérielles de la chair, lorsqu’il me faudra affronter le noir cavalier : mon recours, le seul sera de lui lancer aux yeux cette poignée d’amour fou, sur quoi mes mains toujours se sont refermées. » Extrait de L’enchantement simple.

As-tu Christian pu te défendre avec cette poignée d’amour fou ?

Et dire que tu es mort un mois jour pour jour après ton ami Soulages à qui tu avais dédié ton livre Pierre, en 2019.

J’ai cherché avec acharnement sur Internet des explications à ton départ et je n’ai rien trouvé si ce n’est ton avis de décès sur Creusot infos dans lequel il est précisé que tu seras inhumé au cimetière
de Marciac (32).

Est-ce à cause de ce que tu as écrit dans Ressusciter ?

« Dieu se repose à Marciac dans le Gers. Sans doute a-t-il longtemps cherché un tel village où tout serait à sa juste place — le ciel, les arbres, les pierres et les gens… On peut embrasser le village de Marciac en quelques minutes comme on peut l’épouser pour des siècles. »

Pour toi ce sera pour toujours.

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24 novembre 2022

Séjour ambarrois

Bernard M.

 J’ai passé trois jours la semaine dernière à Ambérieu, au siège de l’association. Les bénévoles sont particulièrement requis dans cette période où nous n’avons pas de permanent sur place en attendant l’arrivée de la personne qui remplacera notre précédent chargé de mission, parti vers d’autres horizons professionnels depuis l’été. Moments de travail efficaces partagés avec d’autres bénévoles, notre trésorière venue de son grand sud et une très active adhérente aindinoise (c’est comme ça qu’on dit, si, si, je viens d’aller voir sur Google !). Dans ma besace j’apportais aussi mon propre pavé de journaux d’adolescence, laborieusement transcrits et mis en forme et auquel j’ai donc moi-même attribué son numéro dans nos archives. Et j’ai repris à la place des dépôts récents pour notre groupe lecture ainsi que les textes de Sylvette Dupuy dont nous allons publier des bonnes feuilles dans le prochain numéro de notre revue.

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Outre diverses tâches administratives, une des raisons de notre venue était de rencontrer des partenaires potentiels pour cette future Maison de l’autobiographie dont nous rêvons. Ainsi sommes-nous montés sur le plateau d’Hauteville pour rencontrer le maire du village ainsi qu’une adhérente vivant sur le plateau et qui a réfléchi à un projet possible sur place au château de Champdor, en cours de réhabilitation. Lieu magnifique dans un paysage somptueux, particulièrement par cette belle journée lumineuse d’automne, le vert des prairies, celui plus sombre des forêts de sapins, toutes les nuances des couleurs de feuille du jaune au rouge et au brun sur les feuillus. Waouh, c’était superbe et cela faisait rêver à tout ce qu’on pourrait imaginer dans un lieu pareil ! On en est rentrés séduits même si nous savons bien aussi les réserves que font naître la localisation excentrée et les coûts de la rénovation.

Le lendemain nous avons rencontré le responsable de la rénovation urbaine pour la ville d’Ambérieu. Des projets de restructuration importants sont en cours d’élaboration dans le quartier de la gare et notre projet pourrait peut-être aussi y trouver une place. Situation urbaine, facilité d’accès, bâtiment neuf, évidemment plus fonctionnel et aux coûts d’entretien, une fois construit, moins aléatoires qu’avec une vieille bâtisse rénovée, plaideraient en faveur de cette solution. Mais, avec le charme en moins.

Bref, sans que rien bien entendu ne soit encore vraiment amorcé, voilà deux pistes qui s’ouvrent, qui font sortir cette histoire de Maison de l’autobiographie du pur fantasme, qui l’installe modestement, mais raisonnablement dans une perspective de concrétisation. APA des champs, APA des villes, on se prend à comparer les perspectives, à rêver sur l’une comme sur l’autre. On ne va pas choisir dans l’immédiat, on va voir comment les choses vont évoluer d’un côté comme de l’autre…

Après le départ des autres bénévoles, je suis resté encore un peu à Ambérieu. Le dernier jour je devais rencontrer notre future chargée de mission, mais malheureusement un souci de santé l’a empêché de venir. J’ai effectué des tâches en solitaire et là, franchement, c’était bien moins agréable !

Se retrouver seul dans nos bureaux qui ne sont pas vraiment plaisants m’a paru bien pénible. Lire les textes déposés, les commenter, se régaler des expériences de vie qu’on y découvre, à la fois si semblables aux nôtres et en même temps et si radicalement différentes, est un vrai plaisir. Mais fouiner dans les paperasses poussiéreuses, manipuler les boîtes, ranger, classer dans les rayonnages, et, en plus, faire cela seul, je ne pourrai pas. Je me rends compte que je n’ai vraiment pas la fibre archivistique !

D’autant que cela me fait réaliser qu’il y a aussi dans notre fond à côté de choses merveilleuses ou en tout cas intéressantes, pas mal de dépôts dont la valeur est très, très limitée. Je ne parle pas de la qualité d’écriture qui n’est pas pour nous un critère déterminant, mais de l’intérêt humain ou documentaire. Il y a certains déposants qui nous remettent et, souvent à répétition, des fonds de tiroirs sans intérêt, on se dit qu’on sert de débarras. Et à contrario de notre doxa, je me dis parfois qu’on devrait tout de même refuser un peu plus.

La parcours, entre la chambre d’hôtes en ville qui m’accueille et notre local excentré, n’a rien de folichon : des rues un peu sinistres, le passage au-dessus de la voie rapide qui coupe Ambérieu en deux, l’espace 1500, le lycée, le début de la zone industrielle du dit « triangle d’activités » dans lequel sont implantées les archives municipales et le local actuel de l’association, une petite demi-heure de marche pas vraiment plaisante. Et d’autant plus le soir, au retour, une fois la nuit tombée et sous une vague bruine ! Tout d’un coup je me suis demandé : mais qu’est-ce que je suis venu faire là, dans ces bureaux sinistres, au milieu de ces pages d’écritures mortes, alors que dehors, il y a les gens, les terrasses de café, les chemins de campagne, les prairies, les forêts, les arbres, le ciel ?

Coups de blues passager. Mais, surgi dans la solitude aussi et qui, par contraste, suggère bien que ce qui fait la force de l’APA et le plaisir que l’on prend à la fréquenter, ce sont les contacts que l’on s’y crée, les relations amicales qui s’y sont nouées, les moments de partage que l’on y vit.

Moment de blues que j’efface aussi en repensant à Champdor, je m’y vois, me promenant après y avoir travaillé et écrit, rejoignant ensuite un des petits studios qu’on y aurait installé dans les deux premiers étages de la grande tour qui jouxte le château, regardant le soleil couchant dorer le parc à mes pieds…

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23 novembre 2022

Quotidien

 Catherine Bierling

Ce jour-là20221123gds-mots-cberling_quotidien
Tu faisais quoi ?
Dans ta maison
Tu lavais les rideaux du salon
Assez de poésie !
Les tâches prosaïques
Ont aussi droit de cité
Dans ta vie.
Tu balayais le sol
Tu coupais les pommes
Tu pétrissais la pâte
Se laissant docilement former par tes doigts
Gestes répétitifs.
Puis, courte promenade
Une bruine fine
A mouillé ton visage
Quand tu t’es allongée sur un banc
Pour contempler
Un ciel gris de nuages mouvants
Dévalant l’horizon
Et tu l’aimais aussi
Ce gris
Si vivant, si remuant…
Journée poétique
Finalement.

 

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22 novembre 2022

Blog sur le FIEF

Élisabeth Gillet-Perrot

 Sur une invitation de ma fille qui a travaillé au sein de l’équipe de La Maison de Colette, nous étions au FIEF (Festival International des Écrits de Femmes) à Saint-Amand-en-Puisaye le week-end du Salon de la Revue (15/16 octobre). Voilà pourquoi je n’ai pas pu être sur le stand de l’APA comme en 2021.

 Au pays de Colette, ce Festival a lieu tous les ans sur un thème différent. Cette année, il était consacré à l’Europe.

 Il y a eu des exposés en anglais traduits par une remarquable Française que nous avons félicitée.

 Simonetta Gregio parle le français couramment et avec un humour décapant citant par exemple des échanges qu’elle a eus avec sa mère. Ladite mère ayant porté quatre enfants, dont Simonetta, a demandé à sa fille où était le clitoris… Rire dans l’assistance, car Simonetta nous demanda alors de garder le secret, de ne surtout pas en parler à ses frères.

 20221122gds-liv_egilper_blog_sur_le_fief1Elisabeth Åsbrink, une Suédoise a présenté son livre 1947 l’année où tout commença, déjà paru en 10/18. Histoire étonnante de ses deux parents juifs qui se sont rencontrés à Malmö.

Deux Ukrainiennes étaient présentes, la plus étonnante Oksana Lutsyshyna parle français et anglais. Elle enseigne la littérature à l’Université d’Austin au Texas ; elle transportait discrètement un petit recueil de ses poésies en anglais : Persephone Blues. Comme elle me confiait qu’elle allait retrouver à Paris ses parents qu’elle n’avait pas revus depuis plus d’un an, je lui ai demandé d’écrire en ukrainien ce que je lisais dans les bus parisiens : « Achetez votre titre de transport sur l’appli RATP ». J’ai donc gardé dans mon sac ce précieux texte qui n’est plus d’actualité puisqu’après une longue bataille juridique, on peut à nouveau acheter des tickets à 2 € auprès du/conducteur/trice.

 20221122gds-liv_egilper_blog_sur_le_fief2René de Ceccatty a brillamment présenté sa biographie d’Elsa Morante en signalant qu’elle ne voulait pas être juste la femme d’Alberto Moravia.

 Josiane Savigneau, modératrice d’une des sessions, n’a pas ou peu été applaudie lors de sa déclaration de doute sur le bien-fondé de l’attribution du prix Nobel de littérature à Annie Ernaux. Sans doute ignore-t-elle qu’Alfred Nobel avait demandé de récompenser une « œuvre à l’idéal puissant », ce que je ne savais pas quand Bob Dylan a été en 2016 le premier musicien américain à obtenir ce prestigieux prix de littérature.

 Notre retour à Paris fut assez folklorique, car Saint-Sauveur en Puisaye n’ayant pas de gare, on doit rejoindre Cosne-sur-Loire par des moyens individuels. Et à Cosne, la SNCF n’avait pas prévu cet afflux de voyageurs et les TER de la région Bourgogne Franche-Comté sont sans réservations. Nous étions donc très serrés les uns contre les autres, bien soulagés d’avoir trouvé des places assises dans une ambiance très décontractée. À l’arrivée, la SNCF s’est excusée d’avoir dû faire voyager tant de gens debout !

 Pour nous, ce fut grandiose.

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21 novembre 2022

Chroniq’hebdo | De Catherine Meurisse, de Marcel Proust et de Georges Perec

 Pierre Kobel

 20221107gds-mots-pkobel_chroniq_hebdo54_catherine_meurisseÀ la Grande librairie, une émission « spéciale Proust ». Présence de Catherine Meurisse. Je ne l’ai lue qu’après les attentats contre Charlie, auxquels elle avait échappé par chance et dont elle a eu du mal à se remettre. Cela l’a conduite à modifier son travail et depuis elle crée des albums splendides qui sont à chaque fois une leçon de vie. Ce fut d’abord La légèreté, un album de deuil et de retour au monde puis Les Grands espaces que je viens de lire, qu’elle dédie à ses parents. Dans chaque œuvre elle sait mêler l’humour qu’elle tient de ses années de dessinatrice de presse, les références littéraires qui lui viennent de son éducation et de ses études et une prégnance poétique qui lui est propre. Je me réjouis d’avoir encore des livres d’elle à lire.

expo-bnf_proustMarcel Proust et la fabrique de l’œuvre, je les retrouve à la BNF François Mitterrand. J’en suis sorti en ayant envie de le lire plus encore, comme les intervenants du plateau de Trapenard m’ont donné envie d’aller plus loin. À parcourir les salles, chacune consacrée à une partie du Temps retrouvé, j’ai compris pourquoi cette œuvre reste importante et peut encore nous parler. Il y a dans son écriture plus qu’une époque, plus qu’un milieu, il y a une humanité qui dépasse ces frontières. Je l’ai découvert tardivement, je le connais très partiellement et mal. Je me souviens en 2010, alors que je séjournais durant la semaine de Noël à Belle-Île-en-Mer, avoir assisté à la librairie Liber & Co qui se trouve sur les remparts du Palais, à la lecture de quelques pages de l’œuvre proustienne. Les libraires et un groupe d’amis avaient entrepris de lire l’intégrale du Temps retrouvé à voix haute et en public à raison de quelques heures par semaine !

 20221107gds-mots-pkobel_chroniq_hebdo54_georges_perecMes lectures de la semaine me ramènent aussi à Georges Perec lorsque je lis Le Paris de Georges Perec — La ville mode d’emploi, un album documentaire et biographique consacré à l’auteur de La vie mode d’emploi. Cela me donne envie de le relire, de le lire pour ce que je n’ai pas encore découvert. Dans mes projets l’achat de Lieux, son dernier chantier resté inédit jusqu’à maintenant et une biographie récemment rééditée. Ses lieux parisiens ravivent mon envie d’écrire à propos de mes propres lieux, ceux de mon existence, qui l’ont accompagnée, maisons, villages, paysages, sans qui je ne serais pas le même.

Combien ces ouvrages divers me disent avec force que les écrivains ne créent pas à partir du réel, mais à partir des mots, de la force des mots, ceux des autres et ce qu’ils en font pour eux-mêmes. N’en est-il pas ainsi lorsque je lis les billets que je reçois pour Grains de sel ? Quelle réalité traduisent leurs auteurs ? Certes ils parlent de leur vie, ils racontent des parts autobiographiques de leur existence, mais ce sont les mots qu’ils utilisent, puisés à leur savoir, à leur culture livresque et autre qui leur permettent de raconter et ainsi de recréer le réel.

 Littérature de haute intensité durant toute la semaine. Des pages d’écriture nombreuses dans les carnets de mon journal et me voilà rattrapé très prosaïquement par la fin de l’un d’eux et les difficultés à pouvoir en acheter d’autres sur Internet alors que je n’en ai plus en réserve. Quel maniaque ! Je ne peux m’empêcher de me moquer de moi-même. Mais que voulez-vous ? On a ses habitudes, ses rituels. Je suis sauvé par le gong et Amazon qui me délivrent les précieux carnets en un rien de temps au grand dam de la sauvegarde de la planète !

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17 novembre 2022

Cinéma itinérant

 Catherine Bierling

 20221117gds-ecr-cberling_cinema_itinerantEn relisant le texte d’Elizabeth sur la désaffection actuelle pour le cinéma, je constate que je n’y suis moi-même plus allée depuis bientôt trois ans.

La mention des réseaux de diffusion des films dans les villages me rappelle de beaux souvenirs cévenols. Car cette pratique n’a pas disparu dans les années cinquante, elle continue d’exister, entre autres dans beaucoup de petits villages du Gard et de l’Ardèche.

 Pour connaître le programme et les dates de passage du cinéma itinérant (un film par mois et par village, en général) nous regardons soit les annonces du Midi Libre, les affiches dans les rues des villages, ou bien nous consultons Internet.

 J’ai découvert tant de salles improbables dans ces petits villages où vivent beaucoup de vieilles personnes. Des salles communales qui datent du temps où les mines et les usines étaient encore en fonction. Des salles austères, un peu nues, où l’on installe des chaises d’écolier pour la séance à venir. Des salles qui servent sans doute à d’autres réunions municipales, festivités, théâtre, goûters des anciens, séances de loto… une vie sociale qui s’organise et subsiste tant bien que mal.

 Le projectionniste – il n’y a pas si longtemps il arrivait avec ses bobines – installe son appareil et son écran, avant que ne se présentent les premiers spectateurs. Aujourd’hui le numérique a remplacé les bobines et lui facilite certainement la tâche. C’est lui qui tient aussi la billetterie et qui déchire les petits tickets que l’on acquiert pour l’incroyable somme de 4 euros !

 Les spectateurs arrivent au compte-goutte et jamais très à l’heure, ils savent qu’ils ne manqueront pas de place. La plupart d’entre eux se connaissent, s’embrassent et papotent en attendant que la projection commence. Ils sont en général d’une génération assez ancienne. Lorsque les lumières s’éteignent, le projectionniste met en route son appareil et le silence se fait. Je dois dire que dans ces salles modestes j’ai toujours vu des films récents et de qualité, pas de blockbusters américains comme c’est si souvent le cas dans les multiplexes : Chocolat ; Jusqu’à la garde ; Marie-Antoinette ; (Schrek aussi, pour les enfants) Même la pluie ; Gasland ; le film de François Rufin : J’veux du soleil, qui a donné lieu ensuite à une longue discussion passionnante entre les spectateurs, et bien d’autres dont j’ai oublié le titre.

 20221117gds-ecr-cberling_cinema_itinerant_films

 Une fois les lumières éteintes, on oublie qu’on se trouve dans une petite salle misérable, assis sur une chaise d’écolier. (Sauf si on a mal au dos !) On découvre avec plaisir un bon film sur un vrai écran de taille raisonnable. Quand celles-ci se rallument, les seniors se lèvent, un peu endoloris, se disent bonsoir et remercient le projectionniste. Quelquefois, on rempile soi-même les chaises au fond de la salle. Puis on se dirige lentement vers la sortie pour retrouver la voiture garée sur la place du village, et repartir dans la nuit tombée, content d’avoir occupé agréablement une soirée.

 En été, le cinéma se transforme volontiers en cinéma de plein air, il faut donc attendre que la nuit tombe. Le dernier film que j’ai vu « à la belle étoile » en 2021, c’était Antoinette dans les Cévennes, ce qui évidemment s’harmonisait parfaitement avec l’environnement.

  À présent, j’aurais bien envie d’y retourner si l’occasion se présente, afin de soutenir cette belle initiative au cœur des villages cévenols.

 

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16 novembre 2022

Invitation

 Nadine P.

 20221116gds-vie-npic_invitationDepuis quelque temps, loin de la pandémie et de ses interdits, récemment éloignée des horaires étriqués et de la fatigue, j’invite ami(e)s et famille à des repas gourmands, arrosés comme il se doit de bons vins de Bourgogne et de bulles rampantes le long des flûtes.

 Tradition personnelle, l’armoire de verres est grande ouverte, chacune, chacun fait son choix avant de passer à table.

 Tradition ?

 Je n’ai pas remarqué avant longtemps ou n’avait pas su ou voulu m’y arrêter, tout ce que ma mère m’a transmis comme habitudes dans une cuisine. Gestes, recettes, même des plats offerts issus de son mariage en… 1953. Solides au demeurant !

 Je ne fais pas la sauce de salade comme mes amies, je fais celle de ma mère. Ce matin, le texte est venu à la suite, surprise de m’entendre compter à haute voix les cuillères d’huile et de vinaigre, exercice superflu, car tellement banal.

 1 cuillère de moutarde

 1 cuillère de vinaigre

 3 cuillères d’huile

 Pincées de sel et poivre

 Telle une comptine d’enfance, je revois ma mère nous apprendre les mesures, son rythme vif pour tourner la sauce au fond du saladier, moi si petite, devant me mettre debout sur la chaise pour TOUT voir. Ne rien perdre de cette leçon, je ne savais pas encore qu’elle s’ancrerait profondément malgré son peu d’importance.

 Je n’oublie pas d’autres transmissions, celles des tomates farcies que je n’ai pas encore réussi à cuisiner autrement, de la pâte à tartes, ni des pommes fourrées.

 Je me suis débattue longtemps pour ne pas ressembler à ma mère, pas envie de voir en moi le miroir de ses travers, son côté négatif posé sur tous les gens et sur chaque chose. Puis le temps passant, j’ai bien dû reconnaître, parfois douloureusement, que les traces de nos anciens se déposent sur nous et en nous sans qu’on en choisisse la liste. Les années ont passé, j’ai acquis un plus grand calme en regardant vivre cette maman vieillissante, ne lui pardonnant pas toujours tout, mais considérant son caractère et sa façon d’être comme une peinture familière à laquelle je me suis habituée, encore étonnée d’y trouver des reliefs inattendus, des émotions inconnues et laissant pour les coins sombres, la possibilité de détourner la tête et le cœur quand c’est possible.

 J’écris alors que mes invités seront là dans une heure, mais, semblable à un soufflé, ça ne pouvait pas attendre !

 Une invitation c’est une écriture. Avoir l’envie, l’idée, puis commencer à regrouper les éléments qui m’emmèneront vers la réalisation du plat ou du texte. J’aime ces moments en amont quand je pense à celles et ceux qui viendront, que j’ai envie de gâter, comme j’aime cette histoire à raconter, se faufilant en tête, phrases et tournures qui s’imbriquent avant que le crayon n’en soit le relais. Ne pas refaire la même recette que la dernière fois, penser que B. n’aime pas le fromage, penser que J. adore le piquant, ne pas écrire les mêmes souvenirs ou mêmes scènes..

 Accorder l’entrée en tempérament, en goût et en visuel avec celle du plat principal, tel « l’incipit » sur la page commençant à se noircir de mots, en attendant les chapitres qui suivront sans redite, sans redondance, avec en cuisine comme en écriture ce lien secret qui n’appartient qu’à moi, jusqu’à ce que ce que les invités sonnent à la porte.

 

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15 novembre 2022

C’est fait

Bernard M.

 Cela faisait plusieurs mois que c’était prêt.

 Une transcription de mes journaux d’adolescence. Des piles de cahiers de la fin des années 1960 que j’ai laborieusement transcrits dans un fichier Word, non sans compléter le texte d’origine que je n’ai pas modifié d’un mot par une bonne quantité de notes plus ou moins développées pour expliciter certains points ou pour dire ce que l’adulte vieillissant ressent à relire ces écritures adolescentes. Deux cent trente pages tout de même !

 Si je m’étais lancé dans un tel projet, bien sûr, c’était en me disant qu’il y aurait sens à déposer tout cela à l’APA. Non sans une certaine réticence tant ces proses sont maladroites, d’une grande naïveté, donnant de moi une image qui me parait bien ridicule. Mais je me dis aussi que c’est cela qui en fait l’intérêt du point de vue de l’APA, un témoignage d’adolescent dans son authenticité.

 Le fichier était prêt donc, soigneusement mis en forme, doté d’une introduction et d’une table des matières, enregistré en format PDF. Encore fallait-il le porter à la boutique de reprographie, le faire imprimer et relier. Pas grand-chose, donc. Mais j’ai trainé encore plusieurs mois. Comme si se manifestait par là une ultime résistance. Comme si, de le voir devenu un objet matériel, avec son poids de papier, avec des pages que l’on pouvait feuilleter, lui donnait une autre existence, une autre et plus indiscutable réalité. Et rendait plus inévitable son dépôt à l’APA, son envoi vers un groupe de lecture, plus inévitable que d’autres regards se penchent sur lui, qu’il en soit fait un écho disponible sur internet et publié dans notre Garde-mémoire.

 Mais voilà c’est fait et donc maintenant je ne reculerai pas. Je pars à Ambérieu demain et deux exemplaires seront dans mon sac à dos et déposés, le texte sera enregistré, doté d’un numéro APA, qui lui donnera une autre forme d’identité, puis un des exemplaires prendra le chemin d’un groupe de lecture.

 Je dirai bien, alea jacta est, si la formule ne paraissait pas un poil pompeuse, pour ce qui n’est qu’un bien minuscule événement, le dépôt d’un modeste texte au milieu de plus de 4000 autres. Mais qui dit bien tout ce qu’a de troublant, pour qui l’effectue, le geste de se séparer de textes aussi personnels et intimes, bruts de décoffrage, et de les donner à lire, fût-ce à un micro-lectorat.

Internet

Posté par apagds à 11:08 - - Commentaires [0] - Permalien [#]
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