Madeleine R.

Ce premier long-métrage de Chloé Mazlo est un film à l’apparence légère et au traitement très inventif. Un début en animation dans les montagnes suisses met en scène Alice, personnage inspiré de la grand-mère de la réalisatrice, dans une famille très austère. Alice est heureuse de partir dans les années 50 pour le Liban où elle a trouvé un emploi de nurse, sa formation. Elle ne veut plus vivre en Suisse et elle apprécie le Liban dont l’ambiance est toute différente. Dans un café, elle rencontre Joseph Kamar, astrophysicien passionné qui rêve d’envoyer une fusée dans l’espace (avec un Libanais à bord). Et c’est toute la famille Kamar qu’elle épouse, une famille exubérante, bien vivante, à la porte toujours ouverte (le contraire de sa famille suisse d’origine).

Entre fantaisie et réalité, la vie d’Alice et Joseph au sein de cette famille à Beyrouth est racontée jusqu’à sa dislocation par les conflits et la guerre civile. Le film se termine comme il avait commencé : on voit Alice seule (son mari est resté, sa fille est déjà partie à Paris) assise dans le bateau du retour essayant d’écrire à Joseph son déchirement de le quitter lui et ce pays où elle a vécu vingt ans dans la famille Kamar et qu’elle a tant aimé.

Le traitement décalé de cette histoire familiale dramatique, sur fond de guerre civile très complexe, est tout en retenue et très pudique mais il laisse bien percevoir la nostalgie qui habite Alice. Il faut aller le voir ! La musique et l’animation y jouent un grand rôle, les acteurs sont formidables : Alba Rohrwacher en Alice lunaire, Wajdi Mouawad, en Joseph passionné et la famille libanaise solaire et chaleureuse avec des acteurs du pays. C’est une « Alice au pays des merveilles »…

Je l’ai vu au « Sept-Parnassiens » tout rénové, le jour de sa sortie, ce mercredi 30 juin. Chloé Mazlo nous avait écrit pour annoncer cette sortie en salle (s’il y a du monde dans les salles, dès le début, le film a plus de chances de durer)… Il avait été sélectionné pour la Semaine de la critique du festival de Cannes 2020 qui n’a pas eu lieu.

Après des études de graphisme, Chloé Mazlo a réalisé des courts-métrages d’animation dont certains ont été primés (Les Petits Cailloux). L’un d’eux, Deyrouth, évoquait déjà son histoire familiale qu’elle reprend dans Sous le ciel d’Alice. Elle avait déposé un texte autobiographique dont on peut lire l’écho par Claudine Krishnan sur le site de l’APA (Dérouth, Journal d’une fuite désordonnée, Les journaux intimes : un autre regard par Chloé Mazlo…) et avait participé à la table ronde sur « Autobiographie et cinéma » le 6 juin 2013, dont on peut lire le compte rendu par Chantal de Shoulepnikoff,  également sur le site de l’APA.

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