Canalblog Tous les blogs Top blogs Littérature, BD & Poésie
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
MENU
Grains de sel
Grains de sel
Grains de sel

Blog créé par l'Association pour l'autobiographie (APA) pour accueillir les contributions au jour le jour de vos vécus, de vos expériences et de vos découvertes culturelles.
Voir le profil de apagds sur le portail Canalblog

Newsletter
Commentaires récents
18 mars 2024

Chroniq’hebdo | De la sexualité, de la mort, d’une chanteuse et d’une poète, de la généalogie

Pierre Kobel

Dans quelques jours nous serons réunis pour le week-end APA annuel du printemps et la table ronde de l’après-midi sera consacrée à l’écriture de la sexualité. On sait combien le sujet est délicat à aborder, à dire. Montaigne l’écrivait déjà dans les Essais.

« Qu’a fait l’action génitale aux hommes, si naturelle, si nécessaire et si juste, pour n’en oser parler sans vergogne et pour l’exclure des propos sérieux et réglés ? Nous prononçons hardiment : “tuer”, “dérober”, “trahir” ; et cela nous n’oserions qu’entre les dents ? »

Écrire la sexualité, nous avons été quelques-uns à essayer de le faire dans une collecte récente dans ces pages. « Me ramenant aux questions que soulève la proposition de “Grains de sel” : écrire sur sa sexualité, à ce lieu où, finalement, à mon étonnement, j’achoppe. […] Moins question de décence que d’intimité finalement… Je peux dire autour (les émois, les regards, l’effleurement d’une peau, d’une odeur, d’un premier slow où le parfum de sueur émanant de la chemise de tergal marron d’un certain Claude me bouleversa !), mais pas plus près… » a écrit Marie Françoise. Et cela me ramène aux réflexions de Michel Braud dans La Forme des jours. Pour une poétique du journal personnel :

« Le journal a par définition vocation à accueillir tous les discours intimes, et donc celui sur la sexualité en tant qu’elle constitue l’une des expériences du sujet. Mais une réticence indéfinie retient le diariste sur le seuil de l’écriture, comme si cette activité demeurait trop intime pour y être consignée, ou comme s’il n’y avait pas de termes adéquats disponibles pour la décrire avec exactitude et sans pudibonderie. […] Entre l’allusion et la polissonnerie ou l’obscénité, le diariste cherche une formulation à son activité sexuelle. »

Rien de polisson ni d’obscène dans les propos de notre rencontre à venir et c’est une des forces de l’APA de ne rien omettre des sujets les plus sensibles et de mettre des mots pour en débattre avec toute l’ouverture d’esprit dont nous nous réclamons.

*

Autre sujet sensible – et combien ! – celui de la mort à l’heure où se dessine un débat autour de la proposition de loi pour accompagner la fin de vie. Macron lance le débat après qu’une consultation citoyenne ait réfléchi et fait des propositions en amont.

Un matin sur France-Inter j’entends les propos de François Sureau qui dit que les mots ne sont pas pour lui une échappatoire à la réalité, mais le moyen de lui donner un sens. Il est invité pour un grand entretien à l’occasion de la sortie d’un nouveau livre et il est interrogé entre autres sur la nouvelle proposition. Il n’a pas pris de parti entier face à un sujet complexe, sensible, qui ne manquera pas de diviser dans les semaines à venir. Tout autre les propos de l’évêque invité au même micro plus tôt et qui m’a mis en colère. Onctuosité de la parole ecclésiastique qui ne supporte pas de perdre de son influence et qui dénonce presque un appel au meurtre dans cette proposition. Parole qui, durant des siècles, a provoqué le massacre de tous ceux qui s’opposaient à elle et qui continue de vouloir donner des leçons. Jusqu’à laisser entendre ce matin-là que l’aide à mourir dans les EHPAD était une façon de vouloir se débarrasser des vieillards devenus inutiles. Je sursaute de colère ! Cet évêque oublie-t-il que nous ne sommes pas dans une république des prêtres ? Qu’est-ce que c’est que ces gens qui se croient autorisés d’imposer leur foi, leurs préceptes ? Qu’ils prient comme ils veulent, c’est une liberté qui est la leur et que je défendrais si on voulait la leur enlever. Mais ras-le-bol de ce prosélytisme médiatique aussi violent que toutes les pensées uniques, de ces discours qui parlent d’élévation et ne font qu’enfoncer l’esprit humain dans l’obscurité !

Évidemment que ce sujet est complexe et ne peut que prêter à débat, mais du fait de cette complexité, il ne devrait pas être sujet de polémiques stériles. Il demande écoute et réflexion, pas anathèmes et positions sectaires.

*

Un après-midi, je regarde un documentaire consacré à Brigitte Fontaine. Jubilatoire et émouvante. Cette femme est une personne des plus libres que je connaisse. Sous les dehors de la folie qu’on lui prête, elle a la raison de cette liberté et j’aime quand elle dit : « Écrire c’est le seul barrage entre moi et la mort. » Combien je partage ces propos !

*

Journées de travail chez moi. J’essaie de ne pas trop me disperser, mais ma curiosité est sans cesse attisée par quelque chose.

Dans le récit de Nuala O’Falain, On s’est déjà vu quelque part ? que j’ai déjà évoqué, quelques mots à propos d’un poème d’Evgueni Evtouchenko retrouvé auprès de son frère mort : « Le poème nous dit ce qu’il avait en tête : la cathédrale qu’il y avait bâtie, l’endroit silencieux et voûté où il tenait en équilibre la conscience contre la dissolution de la conscience. » J’aime l’idée d’une cathédrale de mots dans la tête.

Soirée de l’association le Capital des mots à l’Ours et la Vieille Grille. L’invitée principale est la poète Sophie Loizeau. Elle fut une des voix nouvelles de la poésie au tournant des années 2000. Je l’ai lue à l’époque puis un peu oubliée. Je la redécouvre pour un entretien que j’ai avec elle à cette occasion. Échange amical qui lui permet de parler de son écriture devant un public attentif loin des grandes scènes distantes.

*

Le billet d’Elizabeth m’incite à reprendre des recherches généalogiques et j’ai eu le plaisir de retrouver une partie de l’ascendance de mon grand-père suisse, que je ne connaissais pas.

Je ne sais ce que cela m’apprend qui changera quoi que ce soit à mon existence, mais j’aime retracer la piste de mes ancêtres, pouvoir les nommer et ainsi me projeter un peu dans des temps que je n’ai pas connus, mais où je puise des origines dont j’aime à penser qu’elles sont aussi un peu fondatrices de ce que je suis. Par quels arcanes existentiels sont passés ces femmes et ces hommes qui ont permis que je sois là, que la vie se prolonge ?

La généalogie est une recherche enrichissante, mais c’est aussi un puits sans fond tant chaque trouvaille conduit à d’autres pistes, à d’autres interrogations.

Internet

 

Commentaires
Mode d'emploi

Adresser votre texte (saisi en word, sans mise en page, en PJ à votre mail) à l'adresse :

apagds@proton.me

- Envoyez si possible une image (séparément du texte). Cliquez sur les images pour les ouvrir en grand
- Précisez sous quel nom d'auteur il doit être publié
- Merci de ne pas adresser de textes trop longs afin de laisser son dynamisme à la lecture. Des billets de 2000 à 4000 signes environ sont les plus adaptés à la lecture dans un blog.
L
es administrateurs du blog se réservent le droit de publier un texte trop long de façon fractionnée.


 

Archives