Mam
Nadpic
J’ai honte, si si, je le reconnais, j’ai honte !
Mam a été hospitalisée samedi après une chute et j’ai eu peur qu’ils la renvoient chez elle dans la nuit, quelques heures plus tard, comme ils l’envisageaient au départ. J’ai honte, car j’ai accueilli la nouvelle avec soulagement quand ils m’ont dit qu’ils la gardaient et envisageaient même un repos et une rééducation dans un service de convalescence ensuite. « Ouf ! » Clairement je l’ai entendu vibrer en moi. Là, sans que ni moi ni mes sœurs y soyons pour quelque chose, elle serait en sécurité et entourée chaque heure, même de nuit, une première depuis de longs mois. Devrais-je au contraire souhaiter à tout prix qu’elle rentre chez elle pour profiter le plus longtemps possible d’y être encore ? Ou est-ce naturel à l’époque où l’on vit, de reconnaître fatigue et lassitude d’être aidant ?
« Tu comprends, il faisait beau. » C’est par cette phrase qu’elle m’a accueillie le visage en sang, la jambe immobile, l’air penaud samedi. Le soleil, son soleil comme elle dit, un véritable amant chaque année qui l’attire et lui enlève toute retenue. Les fleurs à arranger, une herbe à enlever, à tirer et paf ! Elle s’est traînée longtemps sur sa terrasse pour atteindre le téléphone et réussir à m’appeler.
Comme le dit ma sœur « On ne peut pas l’attacher ! »
Pompiers arrivés en 10 minutes, prise en charge aux Urgences, eux me rappelant trois fois dans la soirée pour des renseignements en raison de ses problèmes cognitifs ou pour me rassurer ! On est bien loin des services inhumains évoqués souvent, ça m’a bien aidée.
Entaille de 10 cm à la tête, pose d’agrafes, très gros hématome à la cuisse qui l’empêche de bien marcher, mais… Mais dès le lendemain, elle « fait le paon », dès qu’il y a un public pour la voir, l’entendre, quelques minutes à peine après m’avoir dit « Je ne rentrerai plus chez moi, c’est la fin… » elle est en représentation et ça marche ! Verbe haut, mots peu discrets à mon goût à propos de sa voisine de lit qui a dix ans de moins « Ben ça ne se voit pas, je suis en meilleur état ! »
Autre honte du moment !
Alors forcément, tout va avec : le charme décuplé envers les soignants « Les hommes sont plus sympas que les femmes dans le service. » Ben voyons, pourquoi ça ne m’étonne pas ?
Mais pourtant, je l’adore.
Comment est-ce possible ? Comment développe-t-on ce sentiment qu’on n’aurait pas pour un(e) autre ? Pourquoi, malgré cette attitude qui me dérange, je dépasse mon agacement profond et je l’étreins ma mère, la serre fort pour ne pas qu’elle s’échappe trop tôt ?
Il m’a fallu des décennies pour en arriver là, des pas énormes pour qu’on puisse trouver un chemin commun. Je ne lui pardonnais que peu de choses et elle ne m’épargnait rien, ma colère suite à la perte de mon père était vive et j’en voulais au monde et à elle, sans doute. Analyse tardive et rétrospective.
Retraitée, cheveux blancs, soixante-cinq ans passés, rien n’évite la phrase qui m’accueille dans la chambre blanche aujourd’hui. « Oh mon doudou, comme je suis contente de te voir ! »
Sa voisine dort, tant mieux.
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