On s’en branle…
Anne-Claire Lomellini-Dereclenne
Hier je disais à l’un de mes amis à quel point j’arrivais désormais à prendre du recul par rapport à un certain nombre de choses, propos ou situations et notamment du qu’en-dira-t-on. C’est bien l’avantage de l’avancée en âge ou plus précisément l’avancée en maturité peut-être, quel que soit l’âge numérique auquel on se situe, étant entendu implicitement que l’âge de maturité (de raison ?) serait parfois déconnecté de l’âge numérique même si l’un et l’autre évoluent sans doute sur deux droites parallèles. Mais ce n’est pas le propos que je voulais tenir ici. Je lui disais donc que je m’en foutais, soyons francs quitte à être vulgaires, mais alors royalement, de tout un tas de petites conneries de la vie courante qui auraient eu tendance à me contrarier assez fortement dans « ma vie d’avant ». Et tout en lui disant cela, je pensais en arrière-plan (arrière-pensée ? pensée secondaire ?) à une scène du film La Crise de Coline Serreau sorti en 1992 dans lequel Maria Pacôme déclame avec tout le talent qui était le sien, une tirade pleine d’humour, de bon sens et de vérités qui font mal.
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En voici un extrait :
« La mère : Alors, écoute Victor, tu arrêtes. Tu arrêtes tout de suite. Tu te tais et tu m’écoutes. D’accord ?
Alors, écoute bien : tes problèmes de boulot, tes problèmes avec ta femme, tes problèmes de fric, tes problèmes en général et en particulier, moi ta mère, je m’en fous comme de l’an quarante, tu m’entends ? Je m’en fous, mais alors je m’en fous, je peux pas te dire à quel point je m’en fous. Je n’en ai vraiment rien, rien, rien à foutre.
Victor : Mais merde c’est pas croyable : ma propre mère se fout de mes problèmes ?
La mère : Je vais te dire encore mieux : non seulement je me fous de tes problèmes, mais je me fous également des problèmes de ta sœur, je m’en fous totalement… Attends, y’a encore plus rigolo : je me fous royalement des problèmes de ton père
Victor : Mais je rêve ! Ma parole, je… je rêve !
La mère : Non, non mon lapin, tu ne rêves pas. Pendant trente ans je vous ai torchés, nourris, couchés, levés, consolés, tous les trois. J’ai repassé vos chemises, lavé vos slips, surveillé vos études. Je me suis fait des monceaux de bile, je n’ai vécu que pour vous, qu’à travers vous. J’ai écouté toutes vos histoires, vos problèmes et vos chagrins, sans jamais vous emmerder avec les miens. Alors maintenant, je prends ma retraite. Toi, il te reste une longue vie devant toi pour résoudre ta crise ; moi il me reste très peu de temps pour résoudre la mienne. Alors tu permettras que pour une fois je m’occupe de mes affaires avant les tiennes. ».
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Dans la série cinéma, j’ai aussi pensé à toutes les fois où Gérard Meylan nous sort un « On s’en bran-an-an-an-an-an-an-an-an-le » avec ce fort accent marseillais qui fait tout le charme des répliques des films de Guédiguian. On en viendrait presque à avoir plaisir à dire et redire ce « on s’en branle ! » rien que pour savourer le timbre chantant de cet accent ensoleillé.
Car au fond c’est vrai et en plus, c’est vendredi, alors autant vous dire que je m’en tamponne le coquillard, je m’en fiche comme de ma première chemise, je m’en contrefous, que dis-je, je m’en tape, mais à un point ! Il fait beau, le soleil brille… Et je m’en bran-an-an-an-an-an-an-an-an-le !
Bisous
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