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Grains de sel
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Blog créé par l'Association pour l'autobiographie (APA) pour accueillir les contributions au jour le jour de vos vécus, de vos expériences et de vos découvertes culturelles.
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21 avril 2024

Inventaire

Bernard M.

 

La thématique en cours sur le blog, évocation de nos maisons ou autres lieux d’habitation, suscite un vif intérêt. En quelques jours déjà de nombreux billets, souvent très consistants et très variés. Il y aura de quoi en faire, j’en suis sûr, un beau cahier de l’APA.

Je comptais bien moi aussi me frotter à l’exercice, soit par de nouveaux textes, soit en recyclant quelques écrits passés sur le sujet. Mais pour l’heure j’ai eu envie d’abord de me lancer dans un inventaire des divers lieux où j’ai vécu, ce sera une première façon de faire remonter pour moi images et souvenirs…

Maisons d’enfance : peut-être mon premier souvenir, je me revois dans la cour de la maison que nous habitions à Toulouse avenue Camille Pujol, lieu qui est maintenant occupé par le consulat du Portugal. Nous habitions la partie arrière qui donnait sur une terrasse à laquelle on accédait par une dizaine de marches. Je me revois grattant la terre entre deux dalles et la dégustant avec gourmandise avant que ma mère, quelque peu horrifiée, ne vienne mettre fin à l’expérience. Je passe souvent devant cette maison quand je me rends en bus à Toulouse et ne manque pas de la saluer d’une pensée. Puis mon père, après avoir intégré la magistrature, a migré vers le Nord, comme bien des fonctionnaires et nous nous sommes retrouvés à Paris. Ce fut d’abord dans des immeubles HLM du 20arrondissement, rue Maurice Berteaux pour commencer, c’était le bout de la ville, en face de nos fenêtres ce n’était pas encore le périph, mais la « zone », vaste terrain vague qui occupait l’emplacement des anciennes fortifications, où je me risquais parfois avec des copains non sans une certaine inquiétude, puis rue de la Py, dans un appartement plus grand, après la naissance de ma sœur. Mes parents ont ensuite pu acheter l’appartement où j’ai vécu toute mon adolescence, rue de Navarre, en face des Arènes de Lutèce. Nous y avions chacun notre chambre sur l’arrière de l’immeuble et j’y ai pris le goût d’observer les voisins d’en face, source de bien des imaginations et de quelques jouissances adolescentes. En 1967 ils ont acheté sur plan un appartement dans une tour qui allait se construire sur l’avenue d’Italie. Ils y ont vécu tous deux jusqu’à leur mort. Un grand appartement, au 17étage, une vue superbe sur Paris, un quatre pièces et un deux pièces, mitoyens avec ouverture d’un passage entre les deux, avec deux entrées sur deux cages d’escalier séparées, les ados pouvaient avoir une certaine indépendance tout en restant sous le toit familial. Mais l’oiseau s’est vite envolé. Il y eut Mai 68, mes engagements dans les années qui ont suivi qui m’ont conduit à aller poursuivre mes études à Lyon pour y construire « l’orga ». À Lyon ce fut quelque temps d’errance entre plusieurs appartements collectifs avant que je ne puisse louer pour moi seul un mini deux-pièces dans le vieux Lyon. Après quelques années lyonnaises, nouvel appartement collectif à Toulouse, nouveau lieu où nous tentions de nous implanter. Cela n’a duré qu’un an. L’ardeur militante commençait à s’émousser, il fallait commencer à vivre sans les subsides des parents et de l’organisation. J’ai passé des concours, j’en ai réussi un qui m’a ramené à Paris pour deux années de formation, un an d’appartement collectif encore, puis, grâce à un petit héritage de mes grands-parents, l’achat d’un deux pièces rue Pascal où je me suis installé avec ma compagne, où est né notre fils ainé, avant que nous n’acquérions au moment de l’arrivée de mon second fils un appartement plus grand à la Butte aux Cailles, mon fils ainé y vit encore et nous en avons gardé deux pièces comme pied à terre lorsque nous venons à Paris. C’est le lieu où j’ai vécu le plus longtemps, vingt-cinq ans. Et puis, la retraite venue, il y a eu cette grande maison où nous vivons désormais. C’était la maison que mes grands-parents avaient achetée lors de leur propre retraite en 1974, j’y suis donc souvent venu en vacances avant de m’y installer définitivement… D’elle il sera certainement abondamment question dans les billets que j’écrirai pour cette collecte sur nos lieux d’habitation…

Outre ces résidences principales, j’ai aussi d’intenses souvenirs de certaines maisons de vacances. La grande maison de mes grands-parents dans le quartier du Jardin des Plantes à Toulouse, la villa qu’ils avaient fait construire au début des années 50 sur la Costa Brava à l’aube de son développement touristique, l’appartement annécien de mes autres grands-parents avec sa grande terrasse qui donnait alors sur la prison de la ville, détruite depuis, les maisons des grands-parents de D., maisons au confort plus que sommaire, mais qui permettaient à leur très grande famille de onze enfants des séjours revigorants à la montagne ou à la mer, tout cela vendu après leur décès, aucun membre de la famille n’ayant les moyens de les racheter, le petit appartement de vacances que, pour le coup nous avons toujours et tenons à conserver tant nos enfants aiment l’endroit (et nous aussi !) dans un lieu à la nature relativement préservée beaucoup de terrains appartenant au conservatoire du littoral, à proximité de la magnifique plage qui s’étend sur plusieurs kilomètres de l’estuaire de l’Odet jusqu’à Ile Tudy…

Sur toutes ces maisons bien sûr j’aurai plaisir à écrire, façon d’en entretenir le souvenir. Mais je ne le ferai pas évidemment, j’y passerai trop de temps, mais selon l’envie et en m’appuyant éventuellement sur certains textes déjà écrits, j’espère seulement pouvoir revenir plus longuement sur trois ou quatre d’entre elles dans le temps de cette collecte…

                                 Mon plus ancien souvenir de lieu d’habitation, la maison de l’avenue Camille Pujol à Toulouse

 

Commentaires
W
Je "tombe" sur cette série "évocation de nos maisons ou autres lieux d’habitation" qui est très intéressante et qui me donne envie de me replonger dans mes souvenirs avant que j'oublie !
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