Chroniq’hebdo | De Monte Cristo, d’Alain Delon, de Banksy et de Paris
Pierre Kobel
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Alexandre Dumas disait qu’« un écrivain a le droit de violer l’histoire à condition de lui faire un enfant. » Il a mis la chose en pratique et il a su au gré de son œuvre bouleverser les faits et les personnes réels pour les adapter à ses récits. Pour autant, les scénaristes du dernier Comte de Monte-Cristo avaient-ils besoin de lui faire un enfant à leur tour ? Nous sommes allés voir le film et je me réjouissais à l’avance alors que je suis sorti très dubitatif de la séance. Certes le spectacle, l’action, les décors, les costumes sont là et il n’y manque rien, mais pourquoi tant de modifications de l’histoire telle que racontée par Dumas, qui n’ont pas de justifications ?
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On reconnaît la trame du roman, les aventures d’Edmond Dantès, mais quid de ces personnages qui disparaissent pour être remplacés par d’autres, de ces ellipses improbables, d’une fin modifiée qui ne dit rien de plus que celle de l’auteur ? J’entends bien les contraintes du cinéma qui ne peut se permettre de reproduire in extenso les péripéties sans fin d’un récit feuilletonnesque dont Dumas était coutumier par nécessité économique. Je comprends beaucoup moins les distorsions infligées au récit. Si le film se laisse regarder sans ennui, entre autres grâce au talent de ses interprètes, il n’en est pas moins un objet qui prend des libertés discutables et parfois dérangeantes avec l’original.
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Avec Alain Delon meurt une icône. Il était, il reste encore de ces hommes et femmes dont l’art a fait une personne publique, une vedette universelle, une star. Je n’ai jamais complètement adhéré à l’homme qui, bien qu’il s’en défende, mettait trop de cuirasse entre lui et les autres, toujours attentif à construire sa notoriété et sa postérité. Il fut un grand acteur, sans conteste, même s’il alterna des films de qualités diverses, à l’instar de son ami Jean-Paul Belmondo. Mais le revoir dans La piscine en compagnie de Romy Schneider, c’est fondre devant tant de sensualité.
Les médias multiplient les émissions spéciales, rediffusent les films, appellent aux témoignages les plus divers. Toujours la même course à la glose superfétatoire et inutile.
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Visite du musée Bansky. L’artiste anglais y montre nombre de ses œuvres dans un parcours qui allie l’humour à la provocation, la dénonciation à la revendication. J’aime en lui le mélange d’une authentique création à ce que le street art a d’éphémère.
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Une très longue marche nous a menés jusqu’à la rue Nicolas Appert dans le 11e, là où les frères Kouachi massacrèrent l’équipe de Charlie Hebdo. Le lieu était désert, le presque silence impressionnant.
Nous sommes encore dans un Paris du mois d’août déserté par ses habitants, où marcher peut se faire sans bousculade. Je remarque les caméras à tous les coins de rue et plus encore. Est-il encore possible de disparaître si on le souhaite ? Un intervenant posait la question l’autre jour à la radio ? Disparaître. Aller faire une nouvelle vie ailleurs en tournant la page de la précédente, est-ce possible à l’heure où la société est truffée d’outils de surveillance ? Parfois je vis avec cette surveillance sans vraiment y penser. Mais là, je me sens piégé, comme si je ne suis plus qu’un sujet qui n’a que l’illusion de sa liberté.