Ma maison — épisode 1
Pierre Kobel
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La nuit dernière, j’ai fait un rêve. J’étais à la campagne, où je me trouve en ce moment, dans une grande salle communale, avec des gens du village et mes parents tels que je les ai connus jusqu’à la fin de leur existence (mon père est mort depuis 35 ans et ma mère, il y a deux ans). Avec nous une kyrielle d’universitaires et autres intellectuels, certains membres et amis de l’APA, venus faire une enquête sociologique et iconographique à propos du patelin et de ses habitants. Brouhaha, un peu d’entre soi jusqu’à ce que j’obtienne l’attention et commence à évoquer l’importance d’une maison dans une existence. À ce moment-là, je me suis réveillé.
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Je me souviens rarement de mes rêves, je ne sais ce que signifie celui-là. Je suis pour une semaine dans la demeure familiale. Elle fut, depuis les années 70, celle de mes parents qui vinrent y terminer leur vie menée en banlieue parisienne jusque là. Mon père eut le temps avant de disparaître d’y imprimer la marque de ses travaux, de ses rangements. Dans l’atelier, ses outils sont toujours à la place qu’il leur avait assignée.
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À l’extérieur, la cabane qu’il avait construite pour ses petits-fils est toujours là. Dans le salon, s’exposent encore les reliques de sa passion ferrovipathe. Ma mère lui a survécu très longtemps avant de séjourner les dernières années en EHPAD faute d’autonomie suffisante. D’elle subsistent nombre d’objets collectés, créés qui disent encore sa présence. C’est un coussin, un ensemble de petits personnages en porcelaine, une poupée dans ce qui fut sa chambre, sa canne encore appuyée au mur près d’une fenêtre.
Lorsque je séjourne ici, je suis toujours à l’affût de ces traces d’une histoire familiale à laquelle je voudrais ne jamais renoncer. Je m’étonne encore de cette nostalgie quand je pense à l’indifférence dans laquelle j’ai tenu cette maison, il y a quelques décennies. Aujourd’hui elle est devenue une résidence secondaire pour mes sœurs et moi et j’appréhende l’échéance qui verra sa vente à d’autres. J’y laisserai une partie de mon existence, je me sentirai coupable d’abandonner mes parents à l’autre bout du village dans leur dernière et froide demeure. Ce ne sera pas une page tournée, mais une page arrachée.
Depuis presque cinquante ans, cette maison s’est inscrite dans mes jours, elle est passée à l’état d’une retraite où j’aime lire et écrire au quotidien dans une mesure du temps lente et paisible. Quand je parcours la campagne environnante, j’en ralentis l’inexorable.
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