Ma maison – épisode 2
Pierre Kobel
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Sous le toit et dans les murs protecteurs d’une maison, je me mets à l’abri du monde. Le symbole est d’une évidence aussi transparente que sont opaques ce toit et ces murs. Mais je n’ai jamais aimé les lieux fermés, repliés sur eux-mêmes et si ma maison me protège, je veux qu’elle soit ouverte aux amis, aux passants, à la vie, à l’Univers.
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Une maison a à dire. Elle raconte une histoire, une époque, des goûts. J’aime qu’elle transpire l’existence de ses habitants, qu’elle s’abandonne à eux et laisse voir les empreintes des rituels quotidiens, des objets usuels, des désordres semés par les heures.
Je m’attarde à des objets accumulés au fil des ans, des strates du temps, survivances du passé, devenus pour certains de simples souvenirs, pour d’autres, toujours vivants par l’usage journalier. Je lis sur les murs, sur les meubles, dans les armoires et les placards, les heures vécues et je ne le fais pas avec nostalgie puisque je sais comment je transformerais cette maison
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si elle était à moi, je lis tout cela pour prolonger son histoire, faire battre son cœur sans n’y voir qu’une coque vide. L’herbe, le lierre qui poussent à l’extérieur, l’amplitude du tilleul qui nous accueille au centre de la propriété, me disent sa respiration au fil des saisons.
Un fil des saisons et des années qui m’a fait connaître et aimer bien d’autres maisons que celle de cette campagne. Pavillons de banlieue déjà évoqués, ciment et pierre meulière, petites pièces. Maisons de haute montagne ariégeoise puis des coteaux bourguignons, aux murs épais et aux fenêtres étroites, construites avec le guingois d’une architecture approximative. J’y ai vécu des amours, des amitiés, des histoires de famille. J’y ai partagé des épisodes heureux ou tristes, c’est selon, qui forment la trame des jours et de nos personnes.
Je n’en ai oublié aucune. Et j’aime revenir par la pensée à ces marqueurs de mon existence. Il y a quelques mois, j’ai découvert un peu par hasard qu’un vieil immeuble où j’ai vécu à peine un an, voilà une quarantaine d’années, n’existait plus et avait été remplacé par une construction moderne. Sur le coup cela m’a accablé, c’était comme si on avait supprimé un bout de mon histoire personnelle.
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