Ma maison – épisode 3
Pierre Kobel
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J’arrive à la maison. Clé, porte, actionner l’électricité, ouvrir l’eau, les volets pour réveiller les pièces. Faire un tour pour vérifier que tout est en l’état. Chasser les toiles d’araignées, parfois les fourmis, et les guêpes à l’extérieur.
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Et puis s’installer, retrouver ses marques, ouvrir les valises et les sacs, disposer les objets au gré des pièces et des usages, commencer une liste d’achats à faire pour remplir le frigo.
La chatte des voisins nous a entendus et vient nous visiter à l’affût d’une gamelle remplie.
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Quand nous sommes installés, je reviens aux objets. C’est le vieux baromètre que mon père toquait d’un doigt chaque matin pour voir de quel côté la balance de la météo faisait pencher l’aiguille. Ce sont les anciennes tasses à café dont ma mère nous rappelait systématiquement qu’« elles ne passent pas au lave-vaisselle ! » Nous en rions encore. C’est toute cette humilité des choses du quotidien, patinées par l’usure, craquelées, raccommodées pour certaines sans autre usage que celui de l’habitude et le refus de leur accorder quelque péremption que ce soit.
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Dans le séjour, deux petites vitrines aux murs. Dans l’une quelques locomotives qui témoignent de la passion qu’avait mon père pour les trains, électriques en particulier. Passion qu’il n’a jamais réussi à me transmettre, mais combien il serait heureux de savoir qu’un de ses petits-fils est ingénieur à la SNCF ! Dans l’autre vitrine, une partie de la collection de petites boîtes qu’affectionnait ma mère. Boîte à dents, boîtes à pilules, boîtes à tout et à rien, mais dont la diversité des formes et des matières faisait le plaisir maternel.
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Sur le buffet, veillée par une antique pendule qui n’a plus donné l’heure depuis des lustres, quelques personnages de porcelaine composent une scène silencieuse.
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Ailleurs une poupée nous accueille, dans une bibliothèque venue de mes grands-parents, se mélangent vieux dictionnaires, livres pratiques et romans un peu surannés qui eurent du succès en d’autres temps. Dans le grenier au sol, les jouets des plus jeunes de la famille qui les retrouvent avec toujours le même plaisir.
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Dans l’atelier où l’un de mes neveux aime à venir travailler à ses projets de menuiserie, le tableau des outils paternels a encore sa place.
Là encore, c’est par la photo que je bâtis la mémoire de ces objets et des lieux qui les abritent.