Chroniq’hebdo | Du voyage encore, de la mémoire et des rencontres
Pierre Kobel
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Je reviens doucement de mon récent voyage. J’en suis revenu depuis plusieurs jours, mais je suis encore un peu ailleurs dans mon esprit malgré le rythme imposé par les activités et les obligations. Qu’ai-je gagné à ce voyage ? Un retour à moi d’abord, dans la plénitude d’une solitude contrôlée et souhaitée. J’ai pu me rendre partout où je le souhaitais et j’ai même ajouté des étapes imprévues.
Je sais que je n’aurai pas de sitôt l’occasion de recommencer un tel périple, mais celui-ci m’a donné l’envie de renouveler l’expérience.
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Parmi les lieux où j’ai fait étapes, certains sont des lieux d’exception pour moi à des titres divers. C’est un village de haute montagne où je retrouve des connaissances d’il y a presque cinquante ans. C’est un étang plus haut encore où j’ai un lien personnel particulier. C’est un cimetière toulousain où je vais méditer sur la tombe de proches de ce temps lointain.
C’est Conques évoqué la semaine dernière dont la spiritualité me rassérène. C’est Rodez où je me plonge dans les œuvres de Pierre Soulages dont je ressens la force. À chaque fois que je me retrouve face à elles, parmi elles, je sens s’installer en moi une communion avec quelque chose qui me dépasse. Soulages disait de l’Outrenoir que c’était un champ mental. Entrer dans son univers c’est aller au-delà des apparences, c’est accepter de se laisser atteindre par des émotions personnelles qui résonnent avec ce qu’il propose. C’est partager la quête incessante d’une vision qui va au-delà de l’évidence et conduit à un ailleurs de sagesse.
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C’est un séjour de presque 48 h en Lozère, mélange de sensations d’infini dans une paix immense, dans la nature du causse Méjean et de retour à mon passé dans des petits villages des Gorges du Tarn où j’ai passé nombre de vacances de ma jeunesse, connu des amitiés et de premiers amours. En regardant passer les rares touristes de cette saison sur les lieux de cette jeunesse, je me disais en mon for intérieur : « S’ils savaient ce qu’était ce village, il y a seulement 50 ou 60 ans ! ». Rien n’a changé et tout a changé. Rien d’apparent, car les vieilles pierres sont toutes les mêmes. Tout dans l’économie, dans la population puisque la majorité des maisons sont devenues des gîtes, là où j’ai connu des habitants qui y vivaient toute l’année. Transformations inévitables pour faire survivre le lieu ? Sans doute. Mais qu’a-t-il encore de sa mémoire, de ses racines, de son histoire ? Je n’ai même pas pu aller au cimetière, la grille en était fermée.
Et puis voyager ainsi, c’est l’occasion de quelques rencontres avec d’autres solitaires qui font leur propre périple, avec des hôtes des lieux d’accueil. On échange, on se raconte, on sympathise et ce seul moment crée une sympathie qu’il ne faut pas oublier, que je note dans mon journal, parce que nous ne nous reverrons jamais, sauf improbable. Voyager comme je l’ai fait, c’est aussi choisir un itinéraire sans autoroutes et aller son chemin par des départementales virageuses, peu fréquentées, traverser des villages déserts pour la plupart.
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