Souvenirs d’école
Anne-Marie Didier-Kleine
Je me replonge dans l’histoire des écoles à Varangéville. Surgissent la vieille sœur Saint Léon, la sœur Flavie et la jeune sœur Edouard de la garderie religieuse, mesdames Lemaire, Taillandier, Sautot, Richard, mesdemoiselles Delwaull et Simonin et tant d’autres, mes maîtresses de la « grande école ». Et aussi me reviennent les noms des écoliers de ma génération nés juste avant ou juste après « la Seconde Guerre mondiale ». Ce qui m’amuse quand j’y pense, c’est une certaine continuité dans les apprentissages, ainsi à la moitié du XXe siècle, Guy en fin d’études primaires dans son école de village, enseignait les petits, tout comme au XVIIIe siècle. Nos enfants ont appris à compter avec des bûchettes comme aux temps anciens. J’ai souvenir de ma fierté d’arborer sur ma blouse le beau ruban rouge de « ma » Croix d’honneur. Notre couturière Germaine Thirion-Rabot rappelait cet usage d’autrefois dont elle aussi avait tiré fierté. Les bons points étaient moins prestigieux, on préférera plus tard les chewing-gums des Américains ! Mais on ne recherche plus les doryphores dans les champs de pommes de terre, comme Guy et moi l’avons fait ! Les devoirs des siècles passés sont bien différents de ceux d’aujourd’hui ; je ne suis pas sûre de pouvoir venir à bout de certains problèmes d’hectolitres ou de robinets ! Récits entendus d’institutrices, d’instituteurs, de directeurs d’école, d’anciens élèves de tous âges, d’instituteurs en retraite sur leur première classe à Varangéville, d’anciens élèves devenus maîtres dans leur première école. Brèves de pupitre. Souvenirs des morts qui ont bouleversé le monde scolaire. Sœur Édouard a dit le bonheur qu’elle connut à Varangéville à la « maison des sœurs » où elle reviendrait bien « à genoux ». Ma mère a été dans son temps à l’ouvroir » des sœurs. Mes sœurs et moi étions à l’école laïque où nous chantions, debout et bien droites, des « Honneur et gloire à l’école laïque où nous avons appris à penser librement »… Je me souviens de toutes les paroles de ces chansons et je chéris mon école laïque. Nous chantions aussi La Marseillaise et Le chant du départ, nos voix sortaient des grandes baies vitrées et nos yeux erraient sur les tilleuls en fleurs de la cour de cette belle école construite en 1930, à l’époque où l’EN respectait ses enfants. Je me souviens de Yolande, la pauvre fille de mes classes, non qu’elle ait été le souffre-douleur de la classe, mais elle était méprisée par nous qui portions des vêtements propres, repassés, neufs à la rentrée et bien reprisés par la suite. Les garçons des écoles de garçons rappellent aujourd’hui de leurs voix enrouées leurs mauvais coups (péter dans la main du maître qui donne la fessée, jeux avec les cartouches de guerre, etc.). Mes sœurs et moi n’avons pas bénéficié des vacances à Léo Lagrange, des voyages scolaires à La Chipotte dans les Vosges, des classes de neige des générations suivantes. C’était l’après-guerre.
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