L’APA et moi (2) : lente approche
Bernard M.
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J’ai continué à survoler mon journal des années 1999-2000 pour y repérer ce que je disais de mon rapport à l’APA découverte à cette période.
Contrairement à ce que laissait entendre la dernière phrase de mon précédent billet, non, je ne me suis pas plongé d’emblée dans le bain apaïste. Il m’a fallu tout un temps d’approche et de tergiversations diverses, bien dans la ligne de ma personnalité, peser, repeser le pour et le contre d’une attitude, d’un choix, d’une décision, au risque parfois de ne rien faire du tout.
D’abord j’ai procrastiné pas mal de temps avant de faire mon envoi du texte rédigé pour le site l’Intimiste comme du document à destination de l’APA accompagné de mon adhésion.
Je bouquine frénétiquement ; L’autobiographie des Lecarme, un véritable manuel universitaire sur le genre, divers livres de Philippe, évidemment plus incarnés et qui me touchent plus, L’âge d’or de Leiris et d’autres récits autobiographiques, le premier Garde-mémoire et la première Faute à Rousseau (c’était la FAR n° 21 sur le thème du Rire), reçus à la suite de mon adhésion.
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Dans les mois qui suivent, je suis toujours hésitant quant à ma propre pratique. En février 2000 à la suite de la lecture d’un nouveau numéro de la FAR j’écris : « Malaise à cette lecture. Agacement face aux prétentions semi-savantes de certains textes. Vertige devant la multiplicité protéiforme des textes reçus… Est-il si souhaitable dans un monde où triomphe l’individualisme d’encourager encore un peu plus ce Moi qui est déjà au centre de tout ? Le monde se corsète de mots, la vie étouffe sous les pages, les individus crèvent de solitude. Qui donc lira si tout le monde écrit, comme le dit, je crois, Milan Kundera… Le parcours d’une revue de l’APA avec la multitude des parcours de vie qu’il fait entrevoir me donne un peu le tournis et me fait m’interroger sur la validité de la démarche… Mon enthousiasme pour tout cela s’est vivement dégonflé. » Mais j’écris aussi : « il est positif que des sans-voix trouvent une reconnaissance de ce qu’ils sont et de ce qu’ils furent, que leur histoire puisse contribuer à illustrer et enrichir l’Histoire ».
Maintenant il me faut y aller voir de plus près, ne pas se contenter des mots de papier, mais rencontrer des gens. L’assemblée générale a lieu mi-mars, dans une salle dépendant de l’ENS boulevard Jourdan. Mais y suis-je prêt ? Françoise racontait il y a quelques jours sur ce blog combien elle avait eu du mal à OSER envoyer la lettre qu’elle avait préparée pour l’APA. J’ai un peu peur de me faire questionner sur ce que je viens faire là, sur ce que j’attends alors que je ne le sais pas moi-même, voire de me faire embringuer dans des activités que je ne souhaiterais pas vraiment. Et puis les enfants ont envie d’aller à la piscine, bon, allons-y et qu’à cela ne tienne j’irai rencontrer les gens de l’APA l’après-midi. On déjeune un peu tard. Je me hâte, traverse le parc Montsouris, arrive à la cité U. Il fait beau, la marche est agréable, je me sens d’humeur joyeuse. Mais je me suis trompé de lieu. La réunion a lieu dans un local dépendant de l’ENS sur le boulevard Jourdan. Le temps de m’y rendre, mon retard s’est accru. Ça va la fiche mal de débarquer ainsi en pleine réunion. Aller, ce n’est pas grave, je lirai les comptes-rendus plus tard. Je reviens vers la maison. Très vite je me dis : « C’est absurde, vas-y voir quand même ». Mais je ne le fais pas. Je rentre de plus en plus mécontent de moi. C’est quoi cette conduite d’échec ? Mon humeur a totalement basculé. J’ai presque envie de pleurer. Arrivé à la maison, je me mets à rédiger la page du jour de mon journal, celle-là même que je viens de relire vingt-cinq ans plus tard. Je l’avais intitulée « cas pathologique » !