L’APA et moi
Roseline Combroux
/image%2F1169248%2F20250227%2Fob_5b64af_logo-lapa-et-moi.jpg)
J’écrivais un journal depuis longtemps quand, en septembre 1992 dans le magazine Lire je découvre l’existence de l’APA et de Philippe Lejeune. Immédiatement je lis Moi aussi et Cher cahier. L’autobiographie m’intéressait autant dans ma vie personnelle que professionnelle, j’étais formatrice auprès de public en situation d’illettrisme. Dans ce cadre j’ai mis en place des ateliers autour des récits de vie ayant constaté que parler de soi avait un impact sur l’apprentissage, après avoir conduit une expérimentation à base d’entretiens sur la « place de la représentation de l’écrit dans une démarche formative ».
Plus tard c’est un tournant de ma vie affective qui m’a rapprochée, tout d’abord de Philippe Lejeune, puis de l’APA. Nous sommes en 2002, dans un article Philippe invite les personnes écrivant leur journal sur ordinateur à le contacter.
/image%2F1169248%2F20250227%2Fob_57f1ca_20250228gds-apa-rcombroux-lapa-et-moi.jpg)
Catherine et moi écrivons depuis un an sur un cahier qui circule entre nous. Un « livre voyageur » qui va nous permettre de construire une amitié qui n’était vraiment pas dans l’évidence. Nous décidons d’écrire à Philippe pour lui présenter ce que nous vivons et lui demandons si ce type d’écrit pourrait l’intéresser et s’il connait des personnes ayant eu cette pratique, tenir un journal à deux. Philippe répond par une longue lettre très chaleureuse dans laquelle il se montre intéressé par notre pratique qu’il situe « entre la correspondance et le journal ». En février 2003 le cahier est terminé, nous l’envoyons à Philippe, sa lecture délicate, profonde nous touche. Plus tard j’apprendrai qu’à l’APA les textes sont lus « en sympathie », pas de jugement sur le style, la forme. Cette aventure a donné lieu à une Page Blanche dans la Faute à Rousseau n° 39 de juin 2005 (Le cahier rouge. Écrits croisés) et dans le n° 70 d’octobre 2015 (Odyssée d’une amitié). Nous ne le déposerons qu’en 2016 (APA 3613.00).
En 2002 j’adhère à l’APA. En décembre 2003 Philippe envoie une lettre aux adhérent·e·s habitant Toulouse et ses environs pour nous proposer de dîner avec lui après la présentation de son livre Un journal à soi. Histoire d’une pratique à la librairie Ombres Blanches. Nous nous retrouvons à onze autour de Philippe, l’ambiance est chaleureuse, les échanges passionnants. Philippe nous parle des groupes locaux et nous invite à y réfléchir, une fiche pour recueillir les coordonnées des personnes présentes circule. Le groupe de Toulouse prend naissance, en février 2004, une première réunion, un même désir d’aller plus loin, nous le créons officiellement. J’en deviens responsable avec Marie-Hélène Roques.
Mon investissement dans l’APA va aller grandissant et s’accélérer au moment de ma cessation d’activité.
/image%2F1169248%2F20250227%2Fob_be8d55_20250228gds-apa-rcombroux-lapa-et-moi.jpg)
En mai 2004 je participe à mes premières journées de l’APA à La Baume-les-Aix sur le thème « Écrire le corps ». Le lieu est magnifique, le contenu très riche, l’ambiance détendue. Au fil du temps c’est avec un immense plaisir que je retrouve des personnes que j’ai appris à connaitre d’autres que je ne vois qu’à cette occasion. Pendant toutes ces années, je n’en ai manqué que très peu. C’est un rendez-vous annuel qui compte. Tout comme l’assemblée générale de mars et sa table ronde.
Souvenirs
Ma rencontre avec Charles Juliet
/image%2F1169248%2F20250227%2Fob_45f415_20250228gds-apa-rcombroux-lapa-et-moi.jpg)
Les journées de 2009 sur le thème Journaux et carnets de voyage ont accueilli Charles Juliet. Très admirative de cet auteur que j’ai beaucoup lu et qui m’a accompagnée, sans le savoir, pendant l’écriture dans le Cahier rouge au mois d’août 2001. Dans Trouver la source il consigne 31 réponses à la question « Pourquoi écrire ? ». Les 31 entrées de ce mois débutent par la réponse de Charles Juliet qui me sert d’inducteur. Très timide, je n’ose pas l’aborder à la fin de sa conférence, mes ami·e·s me taquinent. Ce samedi 4 juillet 2009 au terme de la journée APA qui se déroule à Ambérieu est prévue une carte blanche au château des Allymes. Notre groupe toulousain est logé au gîte de Allymes sur le chemin pour monter au château. Il fait beau, nous nous installons dans le jardin pour prendre l’apéro, nous avons prévu large nous invitons celles et ceux qui le souhaitent à se joindre à nous. Sur le chemin lentement apparaissent Charles Juliet et sa femme, les invitations à s’arrêter fusent de partout. Ils acceptent. Mes ami·e·s me poussent à les rejoindre. Leur insistance et leur humour m’en donnent l’audace. Après m’être présentée, je lui parle du Cahier Rouge et de son aventure, pendant une heure, nous allons échanger en toute simplicité, très à l’écoute, attentif, curieux,… sa femme aussi, je suis sur un petit nuage. Ce fut pour moi un moment exceptionnel de ces journées APA.
Une journée avec Philippe à la fête du livre à Limoges en 2016
Philippe était invité à Limoges pour une conférence autour de son livre Écrire sa vie. Catherine, dans le cadre de son travail, participait à l’organisation de cette manifestation, j’étais venue la rejoindre pour l’accueillir. Après la conférence un stand lui était réservé. Tout au long de l’après-midi, entre deux présentations de livre, nous retournions le voir, le ravitaillant en eau et douceurs sucrées, à sa plus grande joie tant il s’ennuyait derrière cette table. Toutefois, en fin de journée, il avait vendu tous ses livres, il est reparti léger et ravi. Un moment de partage vraiment très chaleureux. Philippe pince-sans-rire nous a fait beaucoup rire. Puis il nous a envoyé le courriel suivant :
Chère Roseline,
Merci à toi et à Catherine de m’avoir ainsi si gentiment accueilli, guidé, encadré, accompagné, nourri, distrait, consolé ! Ce fut une bonne opération grâce à la séance à la médiathèque, avec un vrai public, dans un lieu calme et accueillant — espérons qu’un jour naîtra un groupe APA à Limoges. Le chapiteau était… fatiguant, mais il en restera au moins un double souvenir photographique, l’auteur tout seul, triste, derrière l’alignement de ses livres, puis le même, redevenu gai parce qu’en amicale et apaïste compagnie ! Amitiés à toutes deux et encore un grand merci ! Philippe
/image%2F1169248%2F20250227%2Fob_b5320e_20250228gds-apa-rcombroux-lapa-et-moi.jpg)
En 2005 j’intègre le conseil d’administration, mais je n’y serai vraiment active que quelques années plus tard, à partir de 2012, mon activité professionnelle diminuant jusqu’à son arrêt complet. Je dois aussi avouer qu’il m’a fallu vaincre mes doutes, gagner en assurance, m’apprivoiser. En effet, beaucoup étant ou étaient des universitaires qui m’intimidaient, je ne me sentais pas armer théoriquement, de plus, je ne prends pas facilement la parole en public quand je ne maîtrise pas le sujet. Progressivement j’ai fini par trouver ma place en devenant plus active : participation au groupe de préparation des journées, à celui sur l’indexation du thème Femmes, animations d’ateliers, élaboration du Cahier APA Correspondances avec Claude Delachet-Guillon (un bon souvenir)… Ces engagements favorisent la création de liens plus étroits.
Le groupe de Toulouse
Depuis sa création le groupe de Toulouse tient une place essentielle dans mon attachement à l’APA. Au fil des ans des liens très forts se sont tissés entre nous. Rares sont les lieux où l’on peut aborder des sujets intimes en toute quiétude, en confiance parce qu’on se sait entouré de personnes bienveillantes, à l’écoute, en empathie ; réuni·e·s autour d’un intérêt commun lié à l’intime de soi. Seules quatre personnes y sont depuis le début, mais les entrées et sorties n’ont pas altéré l’ambiance du groupe. Toutes sont des personnes que j’apprécie, certaines sont devenues des amies. J’ai toujours un immense plaisir à participer aux activités que nous organisons collectivement, à débattre des sujets qui nous tiennent à cœur. C’est un groupe très solidaire, amical. Nous avons déposé deux textes collectifs : un sur notre vécu de l’explosion de l’usine AZF à Toulouse, l’autre un livre navette sur Les bruissements du monde (article dans La Faute à Rousseau n° 84 de juin 2020). Ensemble nous portons les valeurs et les intérêts de l’APA dans notre région. C’est toujours avec beaucoup de plaisir et d’enthousiasme que je présente l’APA à des personnes qui ne nous connaissent pas, par téléphone, en les accueillant lors de nos réunions mensuelles, lors de rencontres publiques tant je suis convaincue de son utilité et de sa richesse.
Les lectures à voix haute
/image%2F1169248%2F20250227%2Fob_e52fd6_20250228gds-apa-rcombroux-lapa-et-moi.jpg)
En 2011 avec la comédienne Anne-Marie Camus nous décidons de créer des lectures théâtralisées que nous jouons à Toulouse (cf. Entretien avec Anne-Marie Camus dans la FAR n° 80 de février 2019), les thèmes sont souvent en lien avec les journées de l’APA : l’amitié, la mer et moi, l’exil, les correspondances, Mai 68, lectures ambarroises, à l’exception du « Je au travail » (séminaire organisé par notre groupe) et le dernier en date « Paroles de syndicalistes » en partenariat avec l’IDHS31-CGT. Deux ont été présentées lors de journées APA : La mer et moi aux journées de Nantes en 2016 (cf. photo), Lectures ambarroises aux journées à Ambérieu en 2022. J’aime cette activité qui se découpe en plusieurs temps le choix des textes dans le fonds de l’APA, les répétitions avec Anne-Marie, la représentation, le partage avec le public. Riches moments où se mêlent le plaisir de découvrir des textes déposés, de travailler la voix et le jeu, de partager des moments de convivialité, d’échanger avec le public.
Déposer
Malgré tout l’intérêt que je porte aux objectifs et aux valeurs de l’APA, je n’ai déposé personnellement qu’en 2024. Une chose est de s’intéresser à l’autobiographie à travers les textes des autres et la mise en place d’actions pour la mettre en valeur. Une autre est d’oser se dévoiler au grand jour, d’apparaître publiquement. La crainte que des proches accèdent à ces écrits tenus secrets, à des récits dans lesquels ils sont impliqués. Par exemple il m’est impossible d’envisager de déposer mes journaux intimes de mon vivant. Ils sont rangés dans des boîtes sur lesquelles j’ai inscrit « À déposer à l’APA sans lire ».
Je suis très admirative des personnes qui écrivent les échos. À chaque fois que ce soit pour Le Cahier Rouge, nos écrits collectifs, mon récent dépôt, l’écho reflétait très justement le contenu et l’intention malgré leur complexité. La lecture « en sympathie » est tout un art.
§§§§
Je trouve aussi très intéressante la diversité des supports de lecture et d’écriture mis à notre disposition pour s’informer, communique, partager. Ma pratique demeure très irrégulière, mais il m’arrive de consulter la rubrique J’ai vu, j’ai lu, en fonction de mes besoins j’y écris de temps en temps. Je lis, avec beaucoup d’intérêt, et conserve La Faute à Rousseau, j’envoie parfois des articles. Pour la deuxième fois, j’écris dans le blog. Dans notre groupe toulousain, nous avons réalisé quatre cahiers APA. Un travail collectif, exigeant qui m’a passionnée tout en développant une dynamique entre nous.
L’APA est une association accueillante, pas d’obligation d’adhérer pour déposer, pas d’obligation de déposer pour participer. Je m’y suis impliquée à mon rythme, en fonction de mes contraintes, de mes compétences. J’y ai été reçue « en sympathie ». Je m’y sens bien. Je m’efforce de la faire connaître.