Chroniq’hebdo | De la guerre, de quelques spectacles et de l’écriture
Pierre Kobel
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Depuis un mois et l’installation de Trump à la Maison-Blanche, l’équilibre international ne cesse d’être mis à mal sous les coups de boutoir du ploutocrate et de ses séides, Elon Musk, J.D.Vance, le vice-président. Ils alternent les provocations, les menaces, l’arrogance et le mépris. Créer un rapport de force avec cette administration, ces politiques sans morale, peut-il mener à quelque chose ? Je ne veux pas être fataliste, je repousse les inquiétudes et, au-delà de moi, j’attends de voir ce que les contre-pouvoirs américains vont être capables de faire pour empêcher ce président et ses complices de détruire le travail de décennies démocratiques.
Les textes récents de Anne Didier et de Malcolm dans ces pages alertent quant aux menaces qui pèsent sur nous. Sous la plume de la poète Michèle Gautard, je lis :
« C’est la guerre. Le sperme veut sa revanche sur le mystère du placenta. Et c’est là qu’apparaît le sang. Et l’esprit ? Il est préférable de l’oublier. Il est préférable de ne pas y penser. D’ailleurs ces hommes-là ne savent rien de ce mot. Penser ! Ils n’ont pas la clé. Ils veulent juste forcer les serrures. S’en satisfaire. Du travail à la chaîne. Rêves de plaisir. Enfin jouir.
Et l’amour ?
Une invention de l’autre camp. »
Et toujours la phrase tirée des Feuillets d’Hypnos de René Char. Qu’on m’excuse si je l’ai déjà citée.
« Nous devons surmonter notre rage et notre dégoût, nous devons les faire partager, afin d’élever et d’élargir notre action comme notre morale. »
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Mort de Gene Hackman. Physique atypique, grand monsieur du cinéma. Dans la semaine j’ai vu L’attachement de Carine Tardieu avec Valeria Bruni Tedeschi et Pio Marmaï. J’aime beaucoup Valeria BT, elle a une féminité forte et libre qui me séduit. Avec son partenaire, ils jouent une partition toute en émotion, en nuances, dans une vérité sans pathos.
J’y pense en revenant au film Un parfait inconnu, consacré à la naissance artistique de Bob Dylan. Magnifique ! Je me suis laissé porter durant plus de deux heures par cette histoire. Si Dylan se montre ambitieux, il l’est par nécessité, pas par souci de représentation. Il l’est parce que c’est sa quête, parce que c’est lui et pas une image de lui. Timothée Chalamet qui l’interprète est à la hauteur du personnage, fiévreux et distant à la fois, impliqué et amusé. À l’heure où une mode cinématographique, pas toujours heureuse, est de faire des biopics à la chaîne, celui-là vaut plus que le détour.
Autres spectacles durant la semaine. D’une part au Dôme de Paris (ex-Palais des Sports) pour assister à la comédie musicale Molière. Un spectacle de qualité. Enlevé, pro de bout en bout, traversé de beaucoup d’humour et de clins d’œil réjouissants. Sans être particulièrement amateur de comédie musicale, j’en ai vu quelques-unes depuis longtemps et celle-ci est l’une des meilleures. D’autre part nous étions invités à une représentation de la pièce Edmond d’Alexandre Michalik au théâtre du Palais Royal. Un spectacle très plaisant, dynamique, chargé lui aussi d’humour, pour raconter la genèse d’un acmé du théâtre qu’est encore le Cyrano de Bergerac d’Edmond Rostand. Un plaisir qui ne se boude pas !
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À la radio j’entends un entretien entre Rébecca Manzoni et la comédienne Hélène Vincent, grande dame du théâtre et du cinéma. Elle dit qu’elle écoute avec la même ferveur, Piaf, Janis Joplin ou Maria Callas. Et d’ajouter que ces artistes savaient traduire, au-delà des qualités d’interprètes qui étaient les leurs, les femmes qu’elles étaient. Il y a effectivement de la chair, du sang, du sexe, de la douleur dans leur chant. Plus que dans celui de la plupart des hommes. Et je retrouve cela dans la poésie quand les femmes n’hésitent pas à s’exposer intimement alors que les hommes se masquent, restent beaucoup plus souvent à distance de leurs émotions.
Parfois j’en ai assez de ces écrivains et autres littérateurs qui ne s’en tiennent qu’à la gloire espérée quand l’important n’est pas leur nom, mais le poids des mots qui pèse sur la marche du monde. Besoin de reconnaissance ? Nous sommes tous à la même enseigne pour cela. Tenons-nous au chaud de l’amitié pour s’y rassurer, mais à quoi bon se perdre dans une quête vaniteuse et illusoire qui ramène les mots à soi au lieu de les ouvrir à tous ? Je ne fais pas dans le donneur de leçons, j’ai seulement la conviction que l’important c’est ce que nous faisons, pas ce que nous sommes. Nous n’avons pas à écrire pour paraître. Nous écrivons parce que nous ne pouvons pas faire autrement et que nous sommes de ce monde, dans ce monde. Notre solitude n’a pas à être un désespoir, mais comme une fenêtre grande ouverte sur les autres. Nos mots ne sont pas nos biens, mais les intercesseurs qui nous plongent dans la vie. Je peux comprendre la souffrance, le malaise d’autrui, je méprise la gloriole vaniteuse. Les vrais artistes n’en ont pas besoin.
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