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Grains de sel
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Blog créé par l'Association pour l'autobiographie (APA) pour accueillir les contributions au jour le jour de vos vécus, de vos expériences et de vos découvertes culturelles.
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14 mars 2025

Quelques souvenirs à propos des journées de l’APA

Catherine Bierling

 

Parcourant les diverses contributions des Apaïstes à propos de « comment avez-vous fait la connaissance de l’APA ? » j’y retrouve souvent mes propres hésitations premières. Vais-je oser participer ? Avouer que je tiens un journal ? Peut-être est-il inscrit dans notre ADN de diariste d’être tenté de rester un peu dans l’ombre quant à nos pratiques diaristiques ?

J’ai raconté dans le très beau livre Chère APA sous la coordination d’Elizabeth Legros Chapuis comment j’en suis venue à participer à cette première rencontre à Ambérieu le 27 juin 1992, alors que je nourrissais de sérieux doutes quant à mon aptitude à faire partie d’une association. Mais Philippe Lejeune m’avait assuré que ce serait une association « faite pour moi, » donc j’ai tenté ma chance.

Philippe, j’avais fait sa connaissance en répondant à son appel publié dans le magazine littéraire à propos de l’écriture de journaux des « gens ordinaires », parmi lesquels je me comptais évidemment. Recevant sa proposition de publier ma lettre dans Cher Cahier et de l’utiliser dans l’éventail de textes photographiés pour la première de couverture, je fus étonnée et ravie. Ainsi commençait ma longue aventure avec l’APA et ma collaboration avec La Faute à Rousseau, Philippe recevant mes textes et les transmettant au comité de rédaction. Habitant à l’étranger, je ne pouvais pas me rendre souvent aux réunions, mais je tenais à assister le plus régulièrement possible aux traditionnelles journées de l’autobiographie.

Voici donc quelques souvenirs personnels de ces riches journées.

Ambérieu : à partir de 1994, les journées ont pris de l’ampleur, s’étendant du vendredi soir au lundi. Au début, on s’arrangeait comme on pouvait pour l’hébergement. J’ai dormi chez un couple hospitalier que Michel Vannet avait sollicité pour moi ; une autre fois à l’internat du CES d’Ambérieu. J’ai contribué à une exposition de journaux à la Grenette avec de grandes photos en noir et blanc de mes caisses de journaux. Et surtout, j’ai fait peu à peu la connaissance de personnes charmantes. Jacqueline Brisson, Odile Arnold (qui nous ont quittés à présent,) Simone Aymard, Élisabeth Cépède ; et Françoise Bonnot— Jörgens, avec qui je partageais mes expériences d’exilée en Allemagne… ce qui nous a permis de mettre en route la belle aventure d’une rédaction de textes divers issus d’ateliers d’écriture : « Françaises en Allemagne. »

En 2007, nous célébrions au château des Allymes « Les nourritures », dans ce cadre magnifique et par un temps estival. En 2015, ce fut « L’amitié » qui fut mise à l’honneur.

Carcassonne : c’était en 1996. Il me fallut traverser la France en diagonale, ce qui prit toute une journée. Nous avons visité le village du livre de Montolieu et nos rencontres et ateliers se tenaient à la Maison des Mémoires. Nous avons eu l’occasion de découvrir la chambre de Joe Bousquet, où il avait passé une bonne partie de sa vie. Presque tous logés au même hôtel, nos discussions y étaient enjouées et agréables. Souvenirs d’une promenade dans la vieille ville avec Michel et Philippe, et d’un voyage retour aussi long que l’aller, mais je ne regrettais pas ma peine !

Strasbourg : l’autre extrémité de la diagonale, cette fois très près de chez moi. En 1998, le thème, c’est « Qui suis-je ? » et cela m’intéresse beaucoup. Avec les encouragements de Philippe, je propose pour la première fois un atelier de réflexion portant sur un sujet qui me tient fort à cœur : « écrire sa vie : dans quelle langue ? » Atelier intéressant au pays des Alsaciens souvent écartelés entre deux cultures, mais un peu perturbé par un psychanalyste strasbourgeois péremptoire et autoritaire qui part du principe qu’« on ne peut pas raconter sa vie » et qui tente de monopoliser la parole au détriment de tous les autres participants. Ce sera l’occasion pour moi d’apprendre non seulement à donner la parole à qui la désire, mais surtout à essayer d’en faire taire certains qui débordent un peu trop !

En 2010, nous sommes de nouveau à Strasbourg pour parler de « l’Europe et le moi ». Atelier beaucoup plus reposant, que j’anime avec Françoise Bonnot-Jörgens, concernant les expériences diverses vécues en rencontrant des cultures et langues différentes de celles de nos origines. Un petit détour par Emmendingen, ville du « Tagebuch Archiv », rend ces journées très riches en échanges et découvertes.

Marly : en 2001, nous cogitons sur « nos adolescences ». Philippe me demande d’animer la table ronde : « Relire son journal d’adolescence : pour quoi faire ? » Les différentes motivations évoquées ouvrent de nouvelles perspectives, et c’est pour moi l’occasion de me confronter pour la première fois à l’animation d’une table ronde.

Nous nous retrouvons de nouveau à Marly en 2008 pour évoquer les rêves et je suis très impressionnée par la conférence de Philippe Gasparini à propos de Serge Doubrowsky.

Aix-en-Provence : en 2000, nous nous penchons sur « autobiographie et déracinement », un sujet qui me parle et m’intéresse, comme tout ce qui a trait à l’exil. Je me souviens de ma rencontre avec Georges-Arthur Goldschmidt et Leila Sebbar et de leur contribution à ces discussions.

En 2013, c’est : « masculin-féminin » qui nous occupe et je propose comme atelier de réflexion : « comment définissez-vous votre propre identité ? » Femme/homme, jeune/vieille, blanche/de couleur, etc.. De nouveau un thème très fécond et propice à la discussion.

Le cadre où nous étions réunis était magnifique, sorte de monastère dans un grand parc planté de pins ; un peu spartiate, froid, mais très beau. Je me souviens d’en être repartie avec un rhume carabiné…

Genève en 2012 m’est aussi resté en mémoire. Nous y célébrions le tricentenaire de la naissance de Jean-Jacques, notre patron, ainsi que les 20 ans de l’APA. Mes souvenirs particuliers concernent le fait d’avoir logé avec mon mari sur un camping au bord du lac (heureusement, le temps était clément !) et l’atelier d’écriture où j’ai demandé aux participants d’écrire une lettre à Jean-Jacques pour réagir à ses prises de position bien désuètes vis-à-vis de l’éducation des filles. Ce qui amena des commentaires variés…

 

Difficile de résumer plus de trente années d’une aventure aussi fertile et de mesurer leur apport, tant au niveau des rencontres personnelles que des découvertes littéraires et de l’élargissement de ma réflexion sur les diverses manifestations de l’intime. Je n’ai jamais regretté « d’avoir osé », bien au contraire !

Internet

 

Commentaires
B
Waouh... Je ne me souvenais pas, Catherine, que tu avais fait partie des fondatrices ! Du coup je viens d'aller relire les pages où tu évoques ce temps des origines dans Chère APA, un temps que je n'ai pas connu.
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E
Merci Catherine pour ton appréciation du livre Chère APA, qui me tient à coeur... et merci à Pierre pour le lien !
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A
Bravo "d'avoir osé", votre expérience d'expatriée est riche. ! Et quelle chance vous avez eue de connaître si tôt l'APA et de participer, dès le début, à ses activités et aussi d'être en relation personnelle avec Philippe Lejeune, un chercheur si éminent que, moi, je n'oserai jamais aborder!
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A
Comme ces contributions sont précieuses ! Elles font rejaillir mille souvenirs, font écho, en sympathie... Ce ne sont finalement pas des résumés, mais de petites graines de mémoire, qui éclosent, en nous à la lecture. Le printemps de l'APA dans toute sa splendeur. Merci Catherine ! Viel Dank... Und ein großes Lächeln... à bientôt à Ambérieu.
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