Gratitude II – Ou : du plaisir de donner et de la difficulté à recevoir
Christina Schwab
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Le week-end du 17-18 mai, nous avons vécu deux journées exceptionnelles dans le cadre des portes ouvertes des artistes et artisans du Balcon du Jura Vaudois. Une trentaine d’artistes ont ouvert leurs portes de 10h à 17h, samedi et dimanche, afin de faire visiter leurs ateliers, et démontrer leur savoir-faire. Nous étions : deux potières, deux créatrices de bijoux, un facteur de didgeridoo, deux céramistes, une illustratrice-dessinatrice de presse, une dentellière, une créatrice de gravure et photogravure, deux sculptrices, une sur bois l’autre sur métal, une présentatrice de théâtre d’ombre, un marqueteur, une découpeuse de papier, un fabricant de boîtes à musiques, une spécialiste en art textile et feutrage, et quatre ratons-laveurs, tous les autres, nombreux, présentant leurs peintures, aquarelles, fusains et photographies. Comme vous le voyez, la variété ne manquait pas. Notre tout nouveau musée présentait des œuvres de plusieurs de nos horlogers-automatiers dont François Junod est le chef de file dans notre petite commune. On trouve facilement ses créations sur YouTube.
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Jean-Paul et moi nous sommes préparés à l’événement depuis quelques semaines. Nous avions déjà participé à ces portes ouvertes en 2019, juste avant le ou la Covid. Et bien sûr, du fait de la pandémie, la plupart des activités ont été annulées les années suivantes et ont eu beaucoup de peine à redémarrer par la suite. Mais, après plusieurs tentatives avortées, l’envie est revenue dans la collectivité de relancer la chose. Entre-temps, nous avons déménagé (en 2022) et si le nouvel appartement est grand, il n’y a plus autant de coins et recoins pour y caser l’ensemble des tableaux et dessins de Jean-Paul. Qui ne sont plus si nombreux d’ailleurs, puisque nous en avons offert une grande quantité au moment de notre départ et même mis quelques-uns à la benne, que notre ami Angelo, le brocanteur est allé récupérer, non sans nous insulter aussi copieusement qu’amicalement. J’allais oublier de vous dire que chez nous, on ne vend pas… on donne. Au motif qu’ayant un toit sur notre tête et de quoi dans notre assiette, nous n’avons pas besoin, ni envie, de faire payer au spectateur – tout comme à celle ou celui qui me lit – le plaisir d’avoir pu nous exprimer… Nos travaux équivalent des partages ou des conversations et vous n’allez pas monnayer une conversation qui fait du bien aux deux participants, si ? De plus, les tableaux à la tempera ou les aquarelles sont également des « pansements visuels » destinés à consoler ceux qui les regardent des mochetés de notre monde. En conséquence, si vous venez nous voir et que vous tombez en arrêt devant un tableau, il y a de fortes chances que vous repartiez avec.
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Et pareil pour mes biographies. J’ai toujours refusé d’entrer dans le « système » de l’édition et de me soumettre aux diktats pour des cacahuètes, préférant garder ma liberté et mon autonomie. J’ai donc écrit, réalisé la mise-en-page et Jean-Paul a créé mes couvertures. Si j’avais pu, je les aurai cousues à la main, mais hélas, le temps manquait et c’est un métier que je ne connais pas. Donc, je les ai fait imprimer puis je les ai distribuées à mes amis et connaissances (cela faisait beaucoup de monde au final). Je n’ai évidemment pas fait fortune avec mes écrits, mais que de belles rencontres, que de magnifiques retours, que de partages personnels, de confidences, de remerciements pour avoir permis à mon lecteur de se reconnaître, que d’amitiés nouvelles. Jamais, si j’étais entrée dans le circuit de l’édition je n’aurais vécu toutes ces expériences tellement enrichissantes humainement parlant. Jamais je n’aurais reçu toutes ces marques de reconnaissance. Être accostée dans mon supermarché habituel pour me demander si j’ai enfin écrit la suite… Être coursée dans la rue pour m’entendre dire que j’ai été lue d’une traite, que mon lecteur n’a pas dormi de la nuit ou presque… et qu’il me dit à quel point mes écrits l’ont marqué, j’en passe et des meilleures, cela vaut tous les Nobel et Médicis du monde (à mes yeux).
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Bref, il me restait encore quelques séries d’exemplaires que j’ai proposées ce week-end justement. J’avais fait de belles piles étalées sur le lit de la chambre d’amis et aux visiteurs/teuses qui venaient admirer les tableaux de Jean-Paul, je terminais la visite en montrant ma production. Il a fallu batailler un bon moment et user d’arguments lourds pour convaincre les personnes réellement intéressées que mes livres n’étaient pas à vendre mais à donner – elles n’en croyaient pas leurs oreilles, ça ne leur était jamais arrivé - et pour tenter de leur faire comprendre qu’Elles me faisaient un cadeau en acceptant de me lire. Dans ce monde où tout est tarifé, où tout se monnaie sans états d’âme d’une manière ou d’une autre, allez expliquer la notion de gratuité… ça a pris du temps, mais j’y suis parvenue et mes piles ont fondu… comme neige au soleil.
En deux jours, nous avons reçu une quarantaine de personnes.
Oui, c’était un beau week-end !