L'APA et moi (1) : Lire La Faute à Rousseau
Christian Lejosne
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Quand je sors La Faute à Rousseau de ma boîte aux lettres, je sais que je lirai cette revue intégralement, pas nécessairement dans l’ordre des pages, priorisant les articles qui m’intéressent le plus : c’est parfois c’est le sujet principal, parfois un article sur un livre que j’ai lu ou un auteur que je connais. Thème de La Faute à Rousseau de ce trimestre : Les tournants d’une vie. Un sujet qui questionne, car les expériences des uns renvoient nécessairement à notre vécu. Qu’est-ce qu’un tournant dans une vie ? Selon les auteurs des articles, il y aurait celles et ceux qui analysent leur vie comme une succession de virages vécus comme positifs ou négatifs ; et d’autres pour qui la vie serait plutôt linéaire. Qu’en fut-il pour moi ?
Perdre le Nord
Je n’identifie que deux véritables tournants dans ma vie. Pas d’avantage. Au premier, j’ai 25 ans. La femme-de-ma-vie, auprès de qui je vis depuis sept années et dont j’imagine vivre jusqu’à la fin de mes jours, me quitte (tournant subi/négatif). Je me sens seul au monde. Le sol se dérobe sous mes pieds. L’avenir devient dénué de signification. L’aiguille de ma boussole tourne folle sur son axe. À ce moment-là, ma vie a perdu son sens. S’agissait-il réellement d’un tournant négatif ? S’agissait-il même d’un tournant ? Car finalement, j’ai continué à vivre. Je me suis marié. Vécu au départ comme négatif, ce tournant m’a ouvert d’autres possibles.
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Trouver le Sud
Le second tournant fut la décision de quitter le Nord pour aller nous installer dans le sud de la France (changement choisi/positif). J’avais 45 ans. C’était un changement de vie au sens où l’on quittait une ville où l’on avait nos repères, des amis, un travail, pour un nouveau lieu où tout allait être nouveau, à part la langue qui restait la même, et des repères nationaux qui ne changeaient pas (c’était début 2002, on passait à l’euro, ce qui donnait une impression étrange de dépaysement, mais tout le monde était alors logé à la même enseigne). Là encore, a posteriori, puis-je qualifier ce déménagement de tournant ? Ma vie a continué, dans un décor légèrement renouvelé, avec l’opportunité de pouvoir vivre cette deuxième portion de ma vie d’une façon légèrement différente de la première, en ayant conscience de ne pas replacer totalement mes pas là où je ne souhaitais plus les poser. Avec, par exemple, la conscience aiguë qu’il fallait me préserver du temps pour moi. Un temps que j’ai, en grande partie, consacré à l’écriture, ce que ma première vie ne m’avait pas permis de réaliser. Un peu comme un brouillon que je pouvais corriger.
Passer entre les gouttes
À la sortie du village où nous habitons aujourd’hui (avoir quitté la vie citadine à presque 60 ans, est-ce un tournant ?), la route forme un virage à quatre-vingt-dix degrés, lorsqu’elle pénètre dans les gorges qui longent l’Hérault. Les habitants du coin nomment cet endroit « le tournant brusque » ; régulièrement, certains automobilistes, qui n’ont pas suffisamment ralenti, y finissent là leur route. Dans ma vie, il n’y a finalement eu aucun tournant brusque. Je suis toujours passé entre les gouttes, je n’ai pas vécu de tournant subi (maladie grave, décès d’un proche dans ma jeunesse). Et, comme l’écrit Bernard Massip, je ne suis jamais vraiment sorti de ma « zone de confort », parce que, comme lui, « je suis incapable de me confronter au risque. » À moins que je parvienne à en faire une matière romanesque…
À suivre !