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Grains de sel
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Blog créé par l'Association pour l'autobiographie (APA) pour accueillir les contributions au jour le jour de vos vécus, de vos expériences et de vos découvertes culturelles.
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22 juin 2025

Début de seconde moitié

Anne-Claire Lomellini-Dereclenne

 

22 juin. Lendemain du solstice. Et de la fête de la musique, selon le discours officiel et télévisuel. Mais de fait, cette fête, dont les accents devaient être chantants, s’est transformée dans le centre de Paris, en « faites du bruit » et j’ai presque envie de rajouter le fameux « quoi qu’il en coûte ». Et je ne m’abstiens pas. Les tympans s’en souviennent, les trottoirs aussi. Le matin d’après la fête, la rue est jonchée d’immondices et je m’étonne du nombre exorbitant de bouteilles en plastique qui sont encore produites et vendues dans notre pays. Pas grave, le jour du dépassement est loin. C’était cette année le 19 avril, on a déjà oublié, alors autant (sur) consommer et tout jeter. Y compris nos convictions. Je suis cynique et pas agréable. Moralisatrice. Après tout, il y a un besoin de faire la fête dans ce pays. Et peut-être ailleurs aussi. Je le reconnais, je le constate. J’accepte cette vérité, j’essaie de la comprendre et de ne pas porter de jugement sur cette envie collective ici prononcée sans demi-mesure. À voix très haute. Hier soir, à vingt heures, le métro parisien débordait d’une jeune génération prompte à crier jusqu’au bout de la nuit. Les couloirs de la station de métro Châtelet sentaient l’alcool et résonnaient des cris de ceux qui veulent en découdre avec la morosité, vivre et profiter. Avec la conviction et l’énergie de la jeunesse, ils affirmaient leur volonté de ne pas se laisser gâcher leurs plus belles années par le spectre d’une bombe perdue qui pourrait finir par s’écraser ici aussi. Alors, justement, peut-être. Justement, peut-être qu’ils ont l’impression qu’on leur vole leur insouciance et que nous étions plus heureux qu’eux au même âge. Nous aussi, on la connaît cette chansonnette. On disait pareil on disait que nos parents, plus chanceux, ils avaient eu la vie douce. Que les trente glorieuses, ça devait être sympa quand même. On ne savait pas qu’on aurait la nostalgie des années 80, de Starsky et Hutch du dimanche, du peu de monde à la piscine l’après-midi et des étés pas toujours très chaud. Mais hier, quand même, ils abusaient. Pas qu’eux, pas que les jeunes qui criaient à tue-tête au risque de nuire au sommeil de mon voisin qui a passé les 90 berges. Pas que ceux qui voulaient faire la fête comme si leur vie en dépendait. C’est plutôt ceux qui ont organisé tout ça de manière encore démesurée qui ont abusé peut-être. Qu’est-ce qu’on cherche à prouver ? A-t-on vraiment besoin de pousser les décibels toujours plus hauts et de prévoir des concerts toujours plus grandioses pour célébrer l’été ? N’y aurait-il pas là un petit relent de la surdépense et du besoin créé par la sphère de la consom-addict le tout légitimé par l’évènement à ne pas louper, façon JO 2024 ? La question est la suivante : a-t-on vraiment besoin de la démesure pour assouvir un besoin de déconnexion face à la tristesse de notre monde ? Et finalement, une fête de la musique toute simple, comme celle des débuts, dans les années 90, quand il n’y avait que des amateurs dans les rues n’aurait-elle pas été suffisante ?

En dehors de ça, je reviens enfin à l’écriture, je sors du tunnel spatio-temporel qui m’a menée directement de début mai à fin juin. J’ai l’impression d’avoir passé une longue nuit à remâcher des dossiers, en rencontrant des dizaines de personnes, le tout entre Athènes, Bruxelles, la rue de Varennes, le pont du Garigliano et la rue Vaugirard. Je balaye devant ma porte, mon bilan carbone n’a pas été fameux ces deux derniers mois. L’année scolaire se termine, les enfants sont contents, l’étudiante prépare son oral de médecine, sa dernière ligne droite. On profitera encore des longues soirées, on célébrera, on râlera encore, mais surtout, on se souhaitera tout le bonheur du monde.

Très beau début de seconde moitié d’année, bel été, mes amis !

 

Commentaires
A
Doux "début de seconde moitié d’année" à vous, Anne-Claire... depuis le quasi silence de notre belle campagne, à peine rompu par le généreux chant de l'eau et les grenouilles, qui par moments s'emballent.
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