Désespérance géopolitique
Bernard M.
Il est difficile de ne pas se sentir affecté et même déprimé, véritablement déprimé, par la situation géopolitique. En tout cas, personnellement, je le suis…
La vaillante Ukraine tente de résister aux assauts russes, mais, semble-t-il, avec de plus en plus de difficultés. Les pays alliés ont renforcé, dans leurs dernières réunions, les moyens mis à disposition de l’Ukraine, mais est-ce suffisant ? Trump cherche à pactiser avec Poutine, mais celui-ci le roule dans la farine, ne recule sur rien et accroît au contraire ses frappes. Ces tout derniers jours, Trump semble avoir pris conscience qu’il se faisait balader et va peut-être changer d’attitude. Au gré de son imprévisibilité. Mais pour faire quoi ? Quelles pressions nouvelles qui cependant ne soient pas la guerre ?
Et les ruines et les morts, y compris civiles, s’accumulent en Ukraine…
J’ai vu hier en replay le magnifique documentaire d’Arte sur Zelensky. Il permet de découvrir le parcours peu banal du personnage : son enfance dans une cité ouvrière du temps de l’URSS, son groupe de copains qui se constitue en troupe d’amuseurs publics pas d’une franche subtilité, mais à l’incroyable énergie, la série télévisée qui fait de lui le président de l’Ukraine, puis cette fiction qui devient l’improbable réalité, et enfin, hélas, la guerre qui révèle sa trempe extraordinaire et le fait accéder à un statut d’une autre nature, celui d’un dirigeant qui aura une place dans l’histoire. Mais, au-delà de la personne même de Zelensky, le documentaire vaut par sa claire présentation géopolitique de la situation de l’Ukraine pendant toutes ces années.
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Et plus terrible encore, si c’est possible, l’effrayant génocide palestinien. J’ai hésité à utiliser ce mot de génocide, il y a comme une pudeur à risquer de l’associer à cet autre génocide du passé d’un systématisme et d’une ampleur encore bien plus grande, celui des juifs sous le nazisme. La différence est qu’ici il ne s’agit pas d’anéantir totalement un peuple en tant que tel, mais de l’éliminer d’un espace, en détruisant tout, au prix d’innombrables pertes civiles et en prévoyant de déporter massivement ceux qui resteraient. À ce titre c’est bien d’un génocide des Palestiniens de Gaza qu’il faut parler. Tant d’images horribles, celle par exemple de cette pédiatre mère de famille nombreuse qui a vu périr sous les bombardements neuf de ses dix enfants ! Sans parler des velléités des colons extrémistes de multiplier les implantations de colonies en Cisjordanie au mépris des populations locales. C’est bouleversant d’autant plus que ces massacres sont commis par ce même peuple qui a subi le génocide nazi. Enfin, pas ce peuple, mais la bande de dirigeants extrémistes et suprématistes qui, pour le moment, occupe le pouvoir. Les terribles massacres du 6 octobre ne justifient pas cette riposte qui bien au-delà de l’élimination des terroristes s’attaque à l’ensemble du peuple palestinien, lequel est loin de le soutenir unanimement le Hamas. L’opinion publique semble se réveiller un peu en Israël, un peu seulement, des élections et un changement de majorité seraient les seuls espoirs de dépasser cette tragédie et de rendre possible la solution à deux états, pour sortir enfin de cette guerre et pour garantir à terme la sécurité d’Israël.
Du coup on ne parle presque plus de la crise écologique, laquelle ne fait pourtant que s’approfondir. Les glaciers fondent de plus en plus vite, les poumons verts de la planète se réduisent, tout cela aura à terme des conséquences dévastatrices. Et même dès maintenant, comme le montre cet exemple du village suisse détruit par la chute d’un glacier.
Nous sommes vieux. Mais on n’arrive pas à se dire qu’importe ce qui adviendra après nous. On pense à nos enfants, à nos petits-enfants. Dans quel monde vivront-ils à la fin du siècle, lorsqu’ils auront à peine plus que notre âge d’aujourd’hui ? Pour autant qu’ils y arrivent et que l’humanité y arrive avec eux !
Bon, tentons de contrebalancer ces mauvaises pensées en profitant de ce qui nous est donné. Ce beau temps qui règne depuis quelques jours, le plaisir des repas sur notre terrasse ombragée, notre jardin luxuriant, les chants d’oiseaux (pour le coup il y a plutôt paradoxalement un mieux à cet égard : alors que nous n’entendions que les merles et les pies auparavant, on entend cette année des martinets, des mésanges, des rouges-gorges…). Hier en fin d’après-midi, nous sommes montés au lac et avons longuement nagé, premier bain de l’année, dans la belle lumière du soir… Évidemment je pourrai me dire que, puisque je ne peux rien à tous ces maux qui affectent notre planète, il vaudrait mieux que je me détourne, que je me débarrasse de mon addiction à la lecture du Monde, que je mette tout cela à distance. Clairement, je n’y arrive pas…
Légende de la photo : Rafah, février 2025.
Source : Media The conversation, photo Anas-Mohammed/Shutterstock