J’ai la nostalgie du football d’antan
Michel Stevaert
Oserai-je traiter de ce sujet qui ne cesse de créer la polémique, salaires indécents, fanatisme, violences diverses, même s’il demeure une saine activité conviviale pratiquée entre potes : le football ?
Rassurez-vous. Je vais vous parler de l’âge d’or d’un club, même si je n’en ai connu que la queue de comète : le Standard de Liège, un nom qui parlera d’autant aux amateurs qu’ils sont avancés en… âge.
En 1970, j’ai treize ans, orphelin : je m’ennuie les dimanches. Mon oncle maternel et tuteur me propose de l’accompagner dans son club favori : celui des « Rouches ». Pendant dix ans, nous raterons peu de matches, toujours en « populaires » (1), qu’il vente, pleuve ou neige : je vais devenir un supporter acharné du club de ma commune : Sclessin.
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Le Standard de Liège vient de vivre, il l’ignore encore, la période la plus mirifique de sa vie, raflant plusieurs titres belges et brillant en coupes d’Europe, même si n’atteignant jamais les finales, mais en faisant trembler dans l’enfer de Sclessin (surnom donné au stade à la fois à cause de son ambiance de feu et de sa localisation au pied des hauts-fourneaux de Cockerill) les plus grands d’Europe : les Stade de Reims (2), AC Milan, Leeds, Bayern Munich et autres Real Madrid.
Le secret de cette ambiance : la convivialité entre tribune assise des patrons et debout des ouvriers ; entre supporteurs issus de partout en Wallonie et même de Flandre, mais aussi entre spectateurs et joueurs. Les joueurs proviennent pour la plupart du bassin liégeois, de l’Ardenne, du Limbourg auxquels s’ajoutent quelques étrangers, avec une prédilection pour les Allemands, les Scandinaves et les Yougoslaves. Ces vedettes ne « se la jouent pas ». Ils gagnent juste de quoi, carrière accomplie, reprendre un magasin ou un café. Et surtout : nombre sont ceux qui font toute leur carrière au club. Aucune obligation de décliner son identité ou de réserver à l’avance comme de nos jours : on décide d’aller voir un match, on se présente au guichet et on prend sa place… s’il en reste. Sinon, les plus enragés n’ont plus qu’à monter sur le terril et ne voir que la moitié du terrain, mais gratuit.
Question en guise de conclusion. Pourquoi mon idylle a-t-elle été brutalement rompue avec ce club à l’aube des années quatre-vingt ? Parce que, gangrené par le fric (déjà), il tomba dans une affaire de corruption. Même s’il gagnerait de nouveau deux titres vingt-cinq ans après, il ne s’en est jamais vraiment remis et, chez mois, le charme était rompu : je n’ai jamais remis un pied au stade.
Mais je conserve un souvenir impérissable de ces près de deux cents matchs vécus au sein de cette ferveur.
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Les populaires étaient les tribunes de côté du stade, debout et non couvertes, aux places les moins chères.
(2) Un duel qui parlera à mes amis français : en 1959, le Stade de Reims de Jonquet, Penverne, Piantioni, Vincent (Fontaine jouera au match retour) subit en ¼ finale de Coupe d’Europe une défaite 2-0 à Sclessin avant de renverser la tendance au Parc des Princes de Paris, qui l’accueillait, 3-0 (but décisif de Fontaine à la 88e minute).
Internet
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Wikipédia | Stade Maurice Dufrasne