Un grand détour vers l’APA
Simone Ferradou
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J’ai fait un grand détour avant de rencontrer l’APA.
Dans le département d’ethnologie où je travaillais comme secrétaire, l’enthousiasme des étudiants dans leurs études m’a donné envie de passer de l’autre côté de mon bureau. Quand il m’a fallu choisir un sujet de maîtrise, tout doucement, ma découverte de l’APA s’est imposée. Ma fille m’avait fait connaître l’autobiographie à l’université, en travaillant sur Michel Leiris. Je ne sais plus comment le lien Leiris/Philippe Lejeune et l’APA s’est fait, mais la découverte s’est faite à ce moment-là. Mon goût pour les autobiographies s’est élargi. Ma curiosité a grandi en même temps que l’envie de faire un mémoire portant sur l’APA. J’ai rencontré quelques difficultés à trouver un directeur dans le département d’Anthropologie, Ethnologie et Sciences des Religions. La tribu apaïste n’était pas connue, en tous cas moins que les tribus amérindiennes !
J’avais un véritable goût pour les autobiographies publiées, très vite j’ai voulu en savoir plus sur cette association qui collecte, lit, partage et fait vivre des textes autobiographiques d’inconnus.
Ma fréquentation des manifestations publiques de l’APA, la lecture des FAR et des textes de l’APA en lecture libre à la bibliothèque Mouffetard, m’ont familiarisée avec l’association, ses objectifs, sa façon d’être accueillante. Pour mieux connaître l’APA de l’intérieur, j’ai fait des entretiens très longs avec Véronique, Denis, Maguy, Dominique, une nouvelle adhérente et Philippe. Toutes ces personnes ont dit oui rapidement et m’ont accordé de leur temps.
Tout de suite j’ai été frappée par l’accueil fait aux nouveaux venus. Denis m’avait dit être atteint d’apaïte. Monique, rencontrée dans un café après une AG, m’a dédicacé un livre écrit en commun Filles de mai, 68 mon Mai à moi, mémoires de femmes 1, en me souhaitant la bienvenue au sein de la tribu des apaïstes et de la micro tribu des Filles de Mai. Une fois adoubée apaïste, j’ai adhéré, et je me suis lancée en participant à un cahier de relecture de textes sur le thème de l’Amour dirigé par Sylvette. Le besoin de lire les textes déposés m’a très vite conduite à La Grenette à Ambérieu, où j’ai été surprise et émue de voir les centaines de cartons d’archives. C’était un monde inconnu de personnes inconnues qui ont souhaité garder et partager des traces écrites de vie.
Tout m’étonnait, les contacts simples et faciles entre adhérents, la découverte de textes ignorés et une façon particulière d’aborder l’intime, d’y réfléchir dans les articles de la revue La Faute à Rousseau, les thèmes des tables rondes et dans les livres de Philippe Lejeune. À l’APA chacun trouve sa place avec ses goûts et ses compétences qui sont mis au service de l’association.
J’ai du mal à écrire, je n’ai pas d’archives familiales à déposer et c’est à l’APA que j’ai découvert une manière spécifique d’échanger autour de quelque chose qu’on ne partage pas habituellement, l’écriture intime des personnes dites ordinaires qui finirait par disparaître si les textes n’étaient pas accueillis.
Des non spécialistes se retrouvent autour de leur goût commun de l’écriture de la vie, dans des groupes de lecture, dans des groupes locaux, dans la vie de l’association. J’ai envie de dire, chacun trouve sa place.
Dans les permanences parisiennes que nous tenons régulièrement, je retrouve chez les visiteurs la même curiosité que la mienne devant cette association singulière qui accueille les écrits d’inconnus et qui les fait vivre.
1 Éditeur Le bord de l’eau 2004