Valeur sentimentale
Anne-Marie Didier Kleine
Nous sommes allés voir Valeur sentimentale, le film de Joachim Trier.
Le Dies Irae de l’enterrement de l’aïeule résonne encore dans le salon de la maison qui réunit famille et amis dans le souvenir de la morte. Le père absent de longue date revient à ses filles plus surprises que ravies dans cette maison dont le cinéaste nous ouvre les portes. Cette maison change de couleur au fil du temps, d’abord rouge au début, elle est toute blanche, au-dedans comme au dehors, à la fin du film. C’est que les générations s’y succèdent et ses habitants se transmettent, parfois à leur insu, avec la maison, son mobilier et ses objets à « valeur sentimentale », comme le vase rouge, les souvenirs, les rancœurs, les traumatismes dont il faudra bien guérir un jour. C’est à cette lente guérison qui se fait en famille entre les murs de la maison que nous assistons. Les personnages sont attachants et nous ressemblent par l’inquiétude, la culpabilité, la colère. Ensemble ils se déprendront de ces passions tristes, aidés de puissants alliés. Pour une des filles et pour son père, ce sera la création d’un film, celui que nous regardons probablement, pour la cadette, ce sera la maternité et sa famille. Les crispations se détendent en sourires, la colère devient une force, la maison, malgré son âge et la fissure de son mur, tient le choc, de l’aïeule tragique d’il y a plus d’un siècle à sa petite fille terrifiée et à son arrière-petit-fils acteur les générations s’accrochent à la vie que l’art sublime. Cette traversée dans le temps commence par l’entrée en scène difficile et fracassante d’une belle comédienne dans sa robe théâtrale qui s’épouvante et se cabre. Et son cri annonce sa délivrance.
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