Canalblog Tous les blogs Top blogs Littérature, BD & Poésie
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
MENU
Grains de sel
Grains de sel
Grains de sel

Blog créé par l'Association pour l'autobiographie (APA) pour accueillir les contributions au jour le jour de vos vécus, de vos expériences et de vos découvertes culturelles.
Voir le profil de apagds sur le portail Canalblog

Newsletter
Commentaires récents
1 septembre 2025

Chroniq’hebdo | De la chanson, d’Alexandre Vialatte, des Arts Forains et de la politique

Pierre Kobel

J’écoute très souvent de la musique, je travaille en musique chaque fois que c’est possible, en adaptant mes choix au chantier du moment. En matière de chanson, je me reproche fréquemment de ne pas être assez curieux de ce qui se fait aujourd’hui et de revenir sans cesse à ma playlist habituelle. Et puis parfois je tombe (merci à ma compagne !) sur un(e) artiste qui me parle et avec qui je suis en résonance. Ainsi Noé Preszow dans cette chanson, L’intime et le monde,

« Le courage de faire et celui de défaire
Avoir été si loin et tout recommencer
L’espérance d’une sœur, l’espérance d’un frère
Sentir que tout s’écroule et quand même chanter
Cette foule euphorique pour un match de foot
La cour de récré à 8 heures du matin
Le chant des certitudes le vacarme du doute
L’infini de la route...
Et tes yeux dans les miens »


       

Suite de ma plongée dans les piles de livres. Plongée c’est le mot, tant je suis près de me noyer. Plonger, il savait le faire, éberluant ceux qui ne le connaissaient pas quand il s’élançait du plus haut plongeoir d’une piscine pour un saut élégant et parfait. Je veux parler là d’Alexandre Vialatte, un de ces auteurs notablement méconnus et qui mériteraient d’être portés au plus haut. L’homme pratiquait un humour souvent noir : « La France s’enfonce dans la décadence, l’année dans les frimas, et moi dans mon automne. » Dans notre époque difficile, il aurait beaucoup à dire pour alléger nos angoisses et nous laver de nos désespoirs. Il définissait ainsi son art : « … La nécessité constante de l’humour et de la poésie, d’une coexistence des deux. Et aussi, à mon goût, du fantastique. J’aimerais, en même temps, faire rire, pleurer, sourire, rêver, inquiéter, intriguer, laisser en face de l’impression que laisse la vie au bout du compte, conclure sur une espèce de « ah ! » qui exprime un total de sensations dont beaucoup sont contradictoires. […] la voix intraduisible du monde. Le bruit de fond du grand théâtre terrestre. La majesté du carnaval. Mais d’un au-delà du carnaval humain. Une espèce d’envers du rideau, où tout s’harmonise. Ou plutôt l’endroit du rideau dont nous ne voyons que l’envers. L’intraduisible, le cosmique. »

Lisez Vialatte, vous en sortirez meilleurs et vous apprendrez que l’Auvergne est au centre du monde.

*

Nous sommes allés à Bercy, visiter le musée des Arts forains, qui est installé dans d’anciens chais. Un lieu quelque peu magique qui, à la fois, ramène à l’enfance et fait plonger dans une culture populaire de la fête. Des objets colorés, brillants, l’excitation des jeux, l’étourdissement des manèges, l’illusion des automates. J’aime ces musées privés qui n’existent que par la passion d’une ou plusieurs personnes. On s’y échappe, le temps d’une visite, d’un quotidien terne et répétitif.

*

Il a tout seul savonné la planche sur laquelle il va glisser sans pouvoir se rattraper. Quand François Bayrou annonce qu’il va demander un vote de confiance à l’Assemblée nationale, qu’espère-t-il alors que cette assemblée n’a plus de majorité depuis juillet 2024 et qu’elle a déjà fait tomber le gouvernement Barnier à l’automne ? Entre l’arrogance du quadragénaire de l’Élysée, l’inconscience de son Premier ministre et la déconnexion généralisée des élus qui ne pensent qu’aux élections sans rien construire pour l’avenir, c’est toute la classe politique qui se décrédibilise et ajoute à l’instabilité politique du pays, à l’inquiétude des gens et donne du grain à moudre à ceux qui ne savent que proférer des « yaqua fauquon » en faisant des promesses qui ne les engagent pas.

Vers quel chaos se dirige-t-on quand s’annoncent des mouvement populistes qui ne sont que les fourre-tout du mécontentement, quand certains partis font le jeu du désordre institutionnel pour tenter de doubler tout le monde ? Je sais que, malgré mon âge, je ne suis pas un vieux sage et je n’ai aucune intention de le devenir et de passer pour un donneur de leçons. Je n’ai ni la nostalgie de mai 68 qui m’a permis de m’émanciper des carcans de pensée familiaux ni celle de mai 1981 qui m’a laissé peu de temps pour espérer des jours meilleurs. Mais je ne peux qu’enrager au fond de moi des patouillages à courte vue électorale des uns et des autres, des postures qu’ils affichent dans les médias et des impostures qu’ils veulent nous faire avaler.

Je ne peux manquer de conclure avec deux citations de Vialatte. La première que j’ai déjà citée, j’y pense souvent quand j’entends les politiques pérorer : « Sauf erreur, je ne me trompe jamais. » La deuxième pourrait leur être renvoyée à la figure : « La distinction demande des dons. Si on en manque, chercher à l'obtenir en cultivant habituellement des soucis élevés, tels que sauver la France, avoir les oreilles propres, employer le subjonctif. » Et se laver les dents avant de parler !

Internet

 

Commentaires
A
Merci, je vais essayer de trouver et de lire Vialatte car les traits d'humour que vous citez sont réjouissants!! Quant à la situation intérieure? Comment nous en sortirons-nous?
Répondre
A
J'ai lancé ma demande, plus qu'à patienter : je ne reçois pas toujours immédiatement les livres, mais ils finissent toujours par arriver, c'est la magie des prêts dans de petits villages...
Répondre
K
J'ai souri en lisant "patouillage". Chez nous on emploi plutôt "tripatouillage". Et puis, je me suis dit qu'il y en avait certainement plus que trois qui patouillaient. Bon, les deux mots n'ont pas tout à fait la même signification. Est-ce qu'on peut "patouiller" (Action de manipuler ou tripoter maladroitement; conséquence de cette action - dictionnaire de la langue française) pour "tripatouiller" (Manipulation ou altération indue, notamment de données ou d'informations, dans un but généralement frauduleux ou trompeur. - dictionnaire de la langue française) ? Peut-on dire que l'un patouille pour prendre la porte et les autres tripatouillent pour prendre sa place ? L'avenir est plutôt sombre.<br /> Voilà un commentaire pas du tout littéraire :-))
Répondre
S
Remarquable article et belle contribution à ne jamais laisser tomber Vialatte et quelques autres dans l'oubli.<br /> Ah, la politique française ! <br /> Etant wallon (francophone, même si d'origine flamande) , vers mes cinquante ans, à la "centième" réforme de l'état belge, j'ai vivement souhaité devenir... Français. Que l'on rattache les anciens départements consulaires puis impériaux de Jemappes, Sambre-et-Meuse , Ourthe et Forêts à la France et que l'on arrête de ruiner cet état et ses citoyens avec 6 (!) gouvernements , 3 capitales et quelque raton-laveur comme aurait dit un autre génie, Prévert. Mais le parti rattachiste n'a jamais dépassé les 2 % des suffrages. Les Wallons adorent la France, lisent français, regardent plus les chaînes de TV françaises que les leurs mais ne voulaient (veulent) pas être Français.<br /> Depuis un peu plus de 7 ans, je ne peux plus leur donner tort. Là où la Belgique a battu le record de temps de formation d'un gouvernement fédéral (plus d'un an et demi mais avec l'équipe sortante en affaires courantes), les Français, sans divisions linguistiques , ont fait mieux : ils ne savent plus du tout faire un gouvernement. Même les Hollandais, qui ont plus de dix partis au parlement, même s'ils votent sans arrêt, y parviennent. A Paris : niet ! (langue désormais prohibée, pardon).<br /> Finissons sur un bon conseil : si vous déprimez vraiment trop quant à vos élites qui (ne) vous dirigent (plus), allez sur Facebook sur le site "Jérôme de Warzée" : c 'est le comique le plus dévastateur de la politique belge et au-delà . Comme dit à Liège : çà dépote. Bonne rentrée à toutes et tous. Michel.
Répondre
A
Je n'ai jamais rien lu de Vialatte, je pense ! Quel titre me recommandes-tu, Pierre ? Je viens de regarder, la médiathèque de la Loire propose plusieurs titres, je ne sais par lequel commencer : "Salomé", "Fred et Bérénice", "La maison du joueur de flûte", "Résumons-nous", "Les dernières nouvelles de l'homme", "Les amants de Mata Hari" ? Dis-moi quel est ton préféré, et si le premier me séduit, j'en lirai peut-être d'autres, ensuite...
Répondre
A
Je viens de terminer "Les amants de Mata Hari", premier ouvrage de Vialatte fourni par la médiathèque de la Loire : le style est riche, c'est sûr, pour ne pas dire flamboyant ! Parmi les titres précédents, plusieurs ne sont plus disponibles, ou ne le sont qu'enregistrés, hélas et je préfère entendre ma propre voix... Merci pour cette recommandation, Pierre !
A
Tout est bon dans Vialatte, mais pour commencer lis ses chroniques qui sont le nanan de son écriture. Parmi les titres que tu cites : "Résumons-nous " et "Les dernières nouvelles de l'homme". tu nous diras ce que tu en as pensé.<br />
Mode d'emploi

Adresser votre texte (saisi en word, sans mise en page, en PJ à votre mail) à l'adresse :

apagds@proton.me

- Envoyez si possible une image (séparément du texte). Cliquez sur les images pour les ouvrir en grand
- Précisez sous quel nom d'auteur il doit être publié
- Merci de ne pas adresser de textes trop longs afin de laisser son dynamisme à la lecture. Des billets de 2000 à 4000 signes environ sont les plus adaptés à la lecture dans un blog.
L
es administrateurs du blog se réservent le droit de publier un texte trop long de façon fractionnée.


 

Archives