Chroniq’hebdo | De la récréation, de la santé mentale, du roi Lion et de Panzi
Pierre Kobel
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Chut ! Ne faites pas trop de bruit, ça risque de déranger les voisins… C’est la mésaventure, que dis-je, l’agression dont viennent d’être victimes les enfants d’une école privée à Maisons-Laffitte quand la justice a donné raison à leurs voisins qui accusaient cette école de nuisances sonores. Les gosses sont condamnés à jouer dans un espace réduit, classe par classe, au lieu de la grande cour où ils s’ébattaient tous ensemble. Non, mais vous vous rendez compte, des enfants qui font du bruit ! C’est insupportable, ça ne devrait pas exister, que font les enseignants qui les laissent crier et jouer ? On voudrait seulement en rire, moi, ça me fait peur. Et je sais de quoi je parle, je l’ai déjà écrit, j’ai passé 40 ans dans des cours de récréation à me faire vriller les oreilles par nos petits chéris. Et alors ? Oui c’est fatigant, mais ça n’a rien d’excessif, d’anormal et ça fait partie de la vie enfantine, et scolaire en l’occurrence. Une cour de récréation, c’est un lieu de toutes les rencontres, de tous les échanges, de toutes les socialisations, des plus calmes aux plus agitées, des plus apaisées aux plus conflictuelles. C’est le lieu des « je t’aime », celui des bagarres et les plus dérangés de l’affaire ne sont pas les enfants ! Cela s’ajoute à cette nouvelle « mode » qui consiste à refuser ces derniers dans des lieux de villégiature, dans des restaurants. Les enfants, ça dérange, tout le monde sait ça ! Je devrais dire ça aux jeunes couples qui, autour de moi, font des enfants. Jusqu’où va se nicher l’intolérance ?
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Durant la semaine, France-Inter consacre une journée à la santé mentale et aux solutions qui existent pour soigner et accompagner ceux qui souffrent de ces maladies. Violentes émotions parce que les témoignages, les interventions ont un impact. Parce que je pense à mon ami Éric, qui traverse un nouvel épisode dépressif qui le conduit à être hospitalisé. Quand j’écris ma colère face à cette société qui part à vau-l’eau, je le fais avec énergie, parfois avec un sentiment d’impuissance, mais toujours avec la conviction qu’« après la pluie, le beau temps » et que nous trouverons des ressources pour remettre le monde à l’endroit. Certains se laissent percuter sans pouvoir aller contre ce qui les atteint. On n’est jamais assez attentif aux gens qui nous entourent, les inconnus comme les plus proches.
Sur France-Inter encore, depuis la rentrée, chaque semaine, le DJ et chanteur Mosimann est à l’antenne pour un billet où il associe des musiques différentes pour en faire un nouvel objet. Son verbe est apaisant et poétique. Ses interventions de quelques minutes sont une bulle de sérénité.
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Plaisir du spectacle quand nous allons voir un soir la comédie musicale Le Roi Lion. Jeu des comédiens, musiques, costumes, décor, mise en scène, tout y est pour passer un excellent moment et s’en mettre plein les yeux tant ce spectacle agrandit l’espace dans lequel il se déroule. On n’est plus sur la scène d’un théâtre parisien, on est dans l’univers d’une Afrique qui, à la manière anthropomorphique de La Fontaine, délivre des messages humanistes. Qu’on y adhère totalement ou pas, ils font du bien, le temps d’une soirée.
C’est une tout autre Afrique que je prends en pleine figure, le lendemain, quand je vais voir le film de Marie-Hélène Roux, Muganga – Celui qui soigne. C’est l’histoire du docteur Denis Mukwégé et de l’hôpital de Panzi en République démocratique du Congo, où il répare, depuis des décennies, les femmes violées avec une brutalité sans nom par les groupes armés qui utilisent le viol comme une arme de guerre. Depuis 1994 et le génocide au Rwanda, l’est de la RDC, la province du Kivu, est soumis à une guerre sans fin pour le profit de sociétés internationales qui exploitent les ressources minières du pays. Pour cela ils instaurent une atmosphère de terreur que les milices locales font régner.
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Je n’ai rien appris que je ne savais déjà de l’entreprise médicale et humaniste de Mukwégé, mais les images qui en sont ainsi la traduction disent mieux que jamais, l’innommable de ces agressions et combien ces soudards rabaissent l’ensemble de notre humanité. Alors oui, au-delà de notre indignation, au-delà des mots ici et ailleurs, que faire pour aller contre ? C’est bien la question que soulève Mukwégé quand il dit que les prix, les décorations qu’il reçoit ne sont pas suivis d’effet sur le terrain et que lui et les femmes qu’il répare, sont toujours victimes de la même situation. J’avoue ne pas avoir de réponse. Juste l’espoir que ce film, que les mots qu’il provoque, pourront peu à peu déclencher une réprobation efficace. Mais souvent, j’ai envie de me taire à force de me sentir impuissant.
Ce film me ramène à un des chantiers de l’APA auquel je suis associé, celui d’une commission de relecture de textes autour de la thématique des violences sexuelles. On mesure là, comme je l’avais auparavant fait avec la collecte de Grains de sel « Écrire la sexualité », la difficulté à mettre des mots sur ce qui touche à cette part de nos existences. Il est déjà complexe de parler de plaisir, de jouissance, alors quand il s’agit de dire la violence, la douleur, les traumatismes, quelles expressions sont possibles ?
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Théâtre Mogador | Le Roi Lion
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Allociné | Muganga – Celui qui soigne