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Grains de sel
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Blog créé par l'Association pour l'autobiographie (APA) pour accueillir les contributions au jour le jour de vos vécus, de vos expériences et de vos découvertes culturelles.
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15 septembre 2025

Chroniq’hebdo | Du poids des mots

Pierre Kobel

Faut-il réformer l’orthographe ? Question battue et rebattue à propos de laquelle les Français polémiquent sans fin. Dans Télérama le linguiste Bernard Cerquiglini tente, sans se faire donneur de leçons, de cerner le problème. Faisant l’historique de la construction de notre langue, il en démontre les inévitables évolutions, le grand écart entre les tenants d’une réforme qui tend à rapprocher l’orthographe de la phonétique et les conservateurs attachés à un patrimoine qui serait inviolable. Beaucoup d’écrivains sont de ces derniers qui ne veulent pas voir toucher à leur matière première. B.Cerquiglini souligne aussi les ambiguïtés de notre langue. Il dit : « Comment distinguer à l’oreille “saint”, “ceint”, “seing” ou “sain” ? En italien, cela donnerait santo, cinto, cartello,sano. »

Et je le rejoins complètement quand il affirme que toute réforme du français ne peut passer que par la pédagogie, donc par l’école. Là encore, elle n’a pas su être à la hauteur. Reconnaissons-le. Ce ne sont pas les lubies de nos ministres successifs de l’Éducation nationale qui peuvent apporter une solution. Jamais cette suite de décisions à courte vue ne pourra résoudre une problématique qui demande une réflexion et des engagements de longue haleine.

Je suis de ceux qui ont eu la chance d’aimer l’école et d’y rencontrer des enseignants qui m’ont fait m’y sentir bien. Parmi ceux-là, un professeur de français, en sixième, il s’appelait monsieur Lesergent. J’ai retenu de lui combien l’apprentissage de la langue peut être un jeu quand il se fait par le biais de l’invention, des calembours, des moyens mnémotechniques plutôt que par l’ingurgitation de règles étranges et sans explications. Une leçon qui m’a servi durant toute ma carrière d’instituteur avec des petits de maternelle. Si je me suis toujours évertué à leur parler clairement et correctement, je l’ai aussi fait dans le sens de l’enrichissement de leur vocabulaire et de la perception de différents niveaux de langue.

La difficulté des mots quand il s’agit de lire et d’écrire, je la mesurais, il y a quelques jours, en regardant sur France 2 le magazine J’ai pas les mots. Ce genre de programme, au-delà de son côté « vitrine », a le mérite de mettre en exergue un sujet trop souvent transparent aux yeux de ceux qui n’en souffrent pas : l’illettrisme. Durant huit semaines, un groupe de personnes de 20 à 70 ans qui en souffrent font un parcours combatif pour en sortir. À les regarder passer les challenges qui leur étaient proposés, à voir comment ils cherchaient des solutions pour compenser les manques qu’ils subissaient, je n’ai pu m’empêcher de me sentir privilégié de la culture qui est la mienne.

Je sais aussi que les mots sont une arme. À l’heure où les jeux de pouvoir et les ambitions personnelles viennent de nouveau de faire tomber le gouvernement, ce sont les tenants des mots, ceux qui en ont la maîtrise qui font proliférer une radicalité contraire à une véritable démocratie. Instiller de la violence dans le discours à coups d’insultes, de déformations et de mensonges, c’est le propos délibéré des politiques et des médias qui leur sont redevables pour conduire l’esprit des gens dont la langue est la plus pauvre, à la haine et au rejet de la différence, au refus des échanges et des alliances. C’est aussi exprimer un profond mépris pour eux.

*

Je veux finir par une double satisfaction qui tient aux mots de ce blog. Aujourd’hui Grains de sel a dépassé les 1400 articles et cette chroniq’hebdo est la 200e. Merci à tous les contributeurs de leurs envois qui, de jour en jour, nourrissent ces pages et plus personnellement, merci à tous ceux d’entre vous qui me lisez chaque semaine.

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Commentaires
B
Pour ma part je suis sur ce point d'un grand conservatisme.<br /> L'orthographe telle qu'elle est fait aussi la richesse des mots en les chargeant de leur histoire, de leur généalogie, de leur étymologie.<br /> Quant aux confusions à l'oral le contexte permet évidemment de les éviter. Et dans tous ces termes il en manque un, le sein.<br /> Et puis on peut s'amuser avec tout ça : le saint ceint de son auréole appose son seing sur ce sein que pourtant il ne saurait voir quoiqu'il soit bien joli et bien sain...
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M
Pierre, étant issu d'un milieu modeste où l'on pratiquait autant le wallon que le français, la personne à qui je suis le plus redevable d'avoir appris un bon français est mon... papa qui a décidé , quand j'avais 4 ans, de ne pas m'inscrire à l'Ecole qui venait d'ouvrir à cinquante mètres de chez moi et où l'on pratiquait la méthode globale mais dans une école de la commune voisine (autorisé en Belgique) où je fus initié via la méthode syllabique par des instituteurs exceptionnels et même si cela nécessita 4 x 30' de trajet/jour à pied pour moi et, jusqu'à mon autonomie à 9 ans, le double (8h) pour ma mère qui m'y accompagnait.
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M
Je ne te lis pas "chaque semaine", cher Pierre, seulement parce que j'ai souvent bien du retard (comme avec tous les autres contributeurs... et toutes les autres contributrices, bien sûr, désolé, je n'ai pas tenté l'écriture inclusive, cette fois), mais c'est toujours un immense plaisir d'inclure dans mon emploi du temps ce temps consacré à la lecture de tous tes/vos/nos "Grains de sel". Impressionné aujourd'hui par les "scores" que tu annonces (plus de 1400 contributions, et ta 200ème "chroniq'hebdo" !). Celle-ci m'a particulièrement interpellé, marqué, car mon instituteur, le formidable "hussard noir de la République" qui, à bien des égards, a fait de moi ce que je suis et que je ne cesserai jamais de vénérer (il vient de passer le cap du siècle, il y a deux jours !...) m'a rendu amoureux de la langue française. Le problème avec l'amour, ce sont les règles qu'il (s')impose, et la moindre entorse fait toujours mal aux amoureux, même quand on se croit tolérant. Mais je me le sens d'autant moins (tolérant) qu'on m'aura interdit de parler une autre langue, celle de mon père... C'est compliqué, la vie.
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A
Oh oui, Pierre, et les mots permettent aussi de lutter contre bien des maux. Quel privilège, pour nous tous, ici sur ce blog, de pouvoir ainsi nous régaler avec le langage, et les idées !
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A
Je viens d'écrire un commentaire et on me dit "votre commentaire n'a pas été envoyé"? Pourquoi? Mystère! Je j'écrivais que, comme vous, j'ai aimé l'école et, qu'en dépit des coups du livre de la maîtresse sur ma tête d'étourdie, je tiens à l'orthographe d'avant l'écriture inclusive qui complique et obscurcit.
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A
Moi aussi j'ai aimé l'école et, si j'ai souvent reçu un coup du livre de la dictée de mon institutrice sur ma tête d'étourdie, je n'en suis pas moins maintenant un ardent défenseur de l'orthographe dans sa forme d'avant l'écriture inclusive qui complique tout. On en voit d'ailleurs un exemple dans la phrase précédente. Je ne pouvais quand même pas écrire sans ridicule, et bien que je sois acquise à la cause des femmes, "ardente défenseuse"!
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C
Oh, comme je te rejoins ! Rassure-toi, en Suisse ce n'est pas mieux et nous avons le plaisir de rencontrer les mêmes incohérences... sans parler des "classes inclusives" avec les enfants autistes, étrangers etc... et les pauvres instituteurs qui ne savent plus où donner de la tête et encore moins de la langue... <br /> En écoutant Albert Moukheiber (docteur en neurosciences et psychologue) sur youtube l'autre jour, j'ai eu par moment beaucoup de peine à le comprendre, mais il paraît qu'aujourd'hui c'est comme ça... Merci pour ces chroniques que j'apprécie à chaque parution et félicitations pour cette 200ème ! BRAVO !
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