Connaissez-vous Pierre Bayard ?
Anne Poiré Guallino
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J’avoue que, jusqu’à il y a peu, je n’avais rien lu de lui.
Si ! À vrai dire, en regardant sa bibliographie et ma bibliothèque, j’avais déjà consulté en 1990 Il était deux fois Romain Gary : mais je l’ai depuis totalement oublié. Puis-je donc affirmer que je l’ai lu ? C’est l’un des thèmes, justement, de l’ouvrage que je vais évoquer par la suite. Ne me reste en mémoire que ce titre, plutôt bien trouvé, avais-je déjà pensé il y a plus de trente ans. Est-ce suffisant pour en débattre avec vous ?
Et puis, tout récemment, Clémentine Beauvais a suscité ma curiosité ; Comment jouir de la lecture ? y fait plusieurs fois référence. J’ai donc emprunté cet été, un peu au hasard, à l’aveugle : Aurais-je été résistant ou bourreau ? Et, la même semaine : Hitchock s’est trompé, disponibles à la médiathèque de la Loire. Dès qu’ils sont arrivés, je les ai dévorés avec une évidente satisfaction. Et voilà que vient de m’être prêté cet opuscule provocateur : Comment parler des livres que l’on n’a pas lus ?
Pour quelqu’un comme moi, qui lis, vite, des centaines de romans par an (sans compter la littérature jeunesse et l’inépuisable royaume de la poésie…), c’était déjà délicieux que de réclamer à la petite bibliothèque de mon village ce titre paradoxal, paru en 2007.
Le propos est brillant, étayé, érudit, faussement léger et extrêmement cultivé (à bon escient) : l’auteur, en universitaire et psychanalyste s’appuie sur Montaigne, Valéry, Umberto Eco, et d’autres sommités, preuve de ses connaissances et références, pour jouer avec notre relation à la lecture, ou non-lecture, de manière étonnamment ludique. Je me suis régalée.
Je ne pensais pas aborder cette publication ici, néanmoins, soudain, au chapitre IV, final de ces pages qui se savourent très rapidement, je crois défaillir :
PARLER DE SOI.
Le sous-titre devrait vous faire vibrer, comme moi :
« Où l’on conclut, avec Oscar Wilde, que la bonne durée de lecture d’un livre est de six minutes, faute de quoi on risque d’oublier que cette rencontre est d’abord un prétexte à écrire son autobiographie. »
« (…) un prétexte à écrire son autobiographie » !!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!
Comme disent les élèves, « J’ai kiffé ! »
Je suis sûr que Philippe, mais oui, notre très cher Philippe Lejeune serait d’accord !
Peut-être pas avec mon commentaire issu tout droit des familiarités à la mode au lycée, mot issu de l’arabe, synonyme de plaisir ou d’amusement. Ce verbe n’est manifestement pas assez soutenu pour rendre compte d’un essai aussi savant, aux exemples percutants, mais, avec ce sous-titre, et cette sixième section, la dernière de l’ouvrage, on ne peut qu’applaudir. Vous savez bien que l’on garde toujours le meilleur pour la fin.
Je ne vous en dis pas davantage : entre « livres fantômes » et « livres-écrans », livres non lus, parcourus, et ceux oubliés, ceux dont on a entendu parler, ceux que l’on imagine, ceux que l’on recrée, voire cocrée… je ne vais retenir qu’une urgence, la vôtre comme la mienne, revenir à l’essentiel, ultime mot du texte : « écrire ».
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Éditions de Minuit | Comment parler des livres que l’on n’a pas lus ?