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Grains de sel
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Blog créé par l'Association pour l'autobiographie (APA) pour accueillir les contributions au jour le jour de vos vécus, de vos expériences et de vos découvertes culturelles.
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12 septembre 2025

La coiffeuse va fermer…

Catherine Bierling

 

Après un long été généreux en soleil et chaleur, me voici de retour dans le pays que j’habite la plupart du temps, après avoir longtemps résidé dans mon village des Cévennes où j’ai tout loisir d’observer une France dont on ne parle pas beaucoup dans les médias mainstream, une France qui pourtant existe, résiste, se débat pour continuer vaille que vaille une vie décente et normale.

Caro est coiffeuse. Depuis 14 ans, elle tient un salon au centre de la petite ville voisine. Situé au rez-de-chaussée, il a quelque chose d’une cave, un peu humide ; Caro dit qu’en hiver, il est très difficile à chauffer. Ses clientes et clients viennent des alentours ou sont touristes de passage. Souvent fidèles de longue date, parce que Caro connaît bien son métier, elle est aussi « visagiste » et peut donner de bons conseils quand on a envie d’une nouvelle tête. Parce qu’elle pratique des prix raisonnables et parce qu’elle est une petite boule d’énergie sympathique, ayant toujours des anecdotes à raconter et en recueillant d’autres parmi ses clients qui aiment bien s’épancher auprès d’elle. Caro a élevé seule ses deux enfants, s’est toujours débrouillée seule pour payer leurs études et pour tenir son salon contre vents et marées.

Pour nous, c’est un rituel de fin de vacances de se faire faire une « coupe de rentrée » chez Caro. Mais cette année elle nous annonce qu’elle va fermer. Mais pourquoi ? Parce qu’elle n’y arrive plus. Depuis le Covid, le nombre de ses clients n’a cessé de baisser, les gens s’achètent des tondeuses et se coupent les cheveux eux-mêmes, dit-elle. Quand on doit faire des économies, un des premiers postes à supprimer, c’est sans doute le coiffeur. En même temps, le loyer de son petit salon n’a cessé d’augmenter, tout comme les charges, l’URSSAF, etc. Ce qui fait qu’elle ne voit plus de continuation possible. Elle a envisagé d’autres métiers, aide à la personne ou autre, mais elle n’est pas encore tout à fait décidée. Elle ne se laisse pas décourager, elle a l’habitude de se battre pour trouver sa place et survivre. Mais cette fois, elle doit abandonner son salon et les clients qui lui sont restés fidèles se désolent. Nous aussi avons réduit le nombre de visites annuelles chez le coiffeur…

Elle ajoute qu’elle n’est pas la seule à fermer boutique dans la petite ville. Vous allez voir, dit-elle, cet hiver, le nombre de magasins qui vont fermer. Nous ne le savons que trop bien, car ce n’est pas un phénomène nouveau. Chaque année, lorsque nous revenons au printemps, nous constatons que de nouvelles vitrines sont vides dans la rue principale et alentour.

Ce n’est pas la seule constatation « sociologique » que j’aie pu faire au cours de cet été.

Partout, j’ai vu des gens qui se battent, qui cherchent des idées pour subsister, pour trouver un créneau qui les portera. Je l’ai surtout constaté au niveau de la culture… et de l’agriculture, deux sujets qui m’intéressent particulièrement. Loin des grands festivals (qui, eux aussi se portent mal d’après ce que j’ai entendu), nous avons assisté à un concert de rock dans la grange d’une vieille ferme réhabilitée. Nous avons vu une pièce de théâtre en pleine verdure au sommet d’un col des Cévennes : « Les pangolins » qui « sous un vernis teinté d’humour, nous replonge dans la crise du Covid, ses questionnements, ses incohérences et ses angoisses liées à une menace mal définie. » (Le Midi Libre)

Nous avons également entendu dans un petit village le concert d’un groupe reprenant les chansons de Claude Nougaro… belle plongée dans ma jeunesse !

Dans divers villages et à Alès, les municipalités organisent des séances de cinéma gratuites en plein air.

Toutes ces manifestations ont eu un public abondant et enthousiaste.

Je pourrais aussi évoquer les « fêtes votives » dont les plus importantes durent 4 jours avec corsos, fanfares, manèges, repas, concours de boules, etc. Non, les gens ne se laissent pas gagner en permanence par l’apathie ou la mélancolie. Mais si l’on gratte un peu, on sent la colère de l’impuissance qui monte.

L’agriculture est aussi un sujet préoccupant. Je cherche à me fournir le plus possible chez les petits producteurs locaux et bios, sur les marchés hebdomadaires ou dans les fermes environnantes. Pendant deux mois, foin des tomates calibrées et sans goût, des pêches et abricots durs comme des pommes de terre ! Quel répit, quel régal : œufs, pélardons, miel, fruits et légumes mûrs et odorants, viandes et charcuteries goûteuses arrivant de la Lozère voisine.

Mais on sent aussi l’angoisse de ces petits producteurs, quant à leur avenir face à un agrobusiness qui les écrase. L’un d’eux m’explique les différents syndicats et que celui qui les défend a bien peu de poids auprès des instances françaises et européennes. Là aussi, je sens la colère et l’indignation qui grondent.

Je ne suis qu’une observatrice extérieure, à la fin des vacances, je retourne dans un autre pays qui ne va pas si bien que cela non plus, mais qui est moins enclin à des manifestations spectaculaires. Suis-je un peu traitre d’abandonner ainsi cette région que j’aime ?

Que faire de sa colère, se demandait Pierre dans sa dernière intervention. Est-il encore possible de la transformer en quelque chose de constructif ? Je ne sais pas, souvent je me sens vieille, lasse, désabusée ; pourtant, je vois parfois des petites lumières qui scintillent dans le courage, la résilience et l’inventivité des gens, malgré un environnement plutôt sombre.

 

Commentaires
A
D'accord avec vous et avec Kata mais ce n'est pas encore la guerre qui s'approche de nous encore relativement heureux dans l'ensemble. Mais je ne voudrais pas en rajouter et, vous avez raison, nous avons à faire face aux dangers avec courage et efficacité par nos soutiens et actions aux associations et notre vote par exemple.
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K
Tous à fait d'accord avec vos réflexions. J'ai aussi très peur de ce qu'il va arriver. Pour faire des économies, l'Etat actuel, depuis des années, s'en prend aux petites gens, continuant à donner de l'argent, et même beaucoup, aux grosses entreprises qui paient peu d'impôts en France, qui continuent à délocaliser et à licencier. Une horreur. J'ai surtout très peur qu'aux prochaines élections, les gens désespérés votent pour un parti que, disent-ils, ils n'ont jamais essayé !!! Je croise les doigts pour que ça ne se produise pas.
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