Vive la flemme
Kata
Mollement assise pour ne pas dire avachie sur une chaise, bien installée sur le balcon, je regarde les montagnes en face de moi. Il fait très beau, je vois le Vercors. Quelle chance d’habiter juste en face ! Je me remémore les années passées là-haut, quasiment toutes les vacances, dans une maison familiale, que l’on pourrait voir à la jumelle.
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L’admiration devant le paysage se change en souvenir. Saint Nizier du Moucherotte, 1100 m d’altitude, situé à l’entrée du plateau, car le Vercors est un immense plateau allant de l’Isère à la Drôme.
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Le village est dominé par trois blocs rocheux et un petit, qui se détache derrière. Ce sont les Trois pucelles et leur servante. Défense de rire. La légende dit que trois demoiselles du seigneur de Naves voulant échapper à un vilain seigneur demandèrent d’être transformées en pierres. La petite, derrière, serait donc leur servante. Les accrocs de l’escalade grimpent devant, les autres peuvent atteindre le sommet par un chemin moins acrobatique, à l’arrière du bloc.
Même sans aller jusqu’en haut, il y a une vue extraordinaire sur Grenoble, s’étalant à nos pieds, et la chaîne de Belledonne en face. Je ferme les yeux et peux encore la voir.
Cette vue avait incité les initiateurs des Jeux olympiques de 1968 à construire le tremplin de saut de 90 mètres et d’y organiser l’épreuve. Les sauteurs avaient l’impression de sauter sur la ville. Succès garanti. Mais, non entretenu, il a rendu l’âme, il ne reste que quelques bouts de bois. Il ne faut pas le dire, mais il a circulé un drôle de bruit… quelqu’un aurait acheté de la forêt inutilisable et… s’est fait exproprier contre argent sonnant et trébuchant lorsque, par hasard, ce même bout de forêt a été choisi pour la construction du tremplin… que des mauvaises langues, je vous dis…
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St Nizier du Moucherotte a reçu la Médaille de la Résistance des mains du Général de Gaulle. Des troupes nazies ont envahi le Vercors en arrivant en planeurs à Vassieux, d’autres sont montées directement de Grenoble par St Nizier. Les anciens, enfin, les quelques survivants, racontaient comment le village fut entièrement brûlé, les batailles homériques des Résistants, les morts par dizaines. Le Mémorial du Vercors leur rend hommage et, chaque année, une commémoration leur est dédiée. Quelques Résistants ont réussi à s’échapper, dont l’écrivain, qui avait pris le pseudo de Vercors. Son livre le plus connu, paru en 1942, est Le Silence de la Mer.
Mes parents, réfugiés, eux, en Chartreuse, une montagne en face, m’avaient raconté qu’ils avaient vu les flammes détruisant toutes les maisons de St Nizier. Ils étaient encore marqués et choqués.
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Derrière les Pucelles, on voit une grosse montagne. C’est le Moucherotte, d’où le nom du village « St Nizier du Moucherotte ». De là-haut, la vue est encore plus belle. Un notaire d’une ville un peu plus au sud, s’amouracha du paysage et de tout l’argent que ses idées pouvaient lui rapporter. Il fit construire une télécabine, la gare de départ était aux abords même du village, pour atteindre le sommet. Là-haut, un hôtel « Ermitage », ouvrit ses portes en 1959. Il n’était pas prévu pour le commun des mortels, quand même pas, un luxe inouï s’étalait là. Les stars s’y pressaient, comme Brigitte Bardot. Mais tout ferme en 1975, la télécabine n’est plus aux normes et une route rejoignant Villard-de-Lans au sommet du Moucherotte n’a pu être construite. Franchement, j’en suis très contente, on ne peut impunément détruire la montagne simplement pour faire des sous. Je me souviens avoir pris plusieurs fois la télécabine. Oh lalala ! La peur du vide, il fallait avoir le cœur bien accroché. On peut regretter qu’elle ait dû fermer. Les courageux montaient et continuent à monter à pied en partant du village.
Les souvenirs se précipitent, les balades qu’on faisait, les noms des lieux que nous atteignions, comme une grotte appelée « grotte Vallier », ou un énorme rocher « bouffe tout cru », sur lequel on pouvait facilement monter, où circulaient les histoires d’ogres pour faire peur aux enfants qui nous accompagnaient. Que de bons souvenirs.
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Finalement, je suis contente d’avoir eu la flemme de bouger par un temps radieux, face à nos montagnes, et de me remémorer St Nizier du Moucherotte, ses histoires qui sont aussi les miennes.
Internet
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Wikipédia | Saint-Nizier-du-Moucherotte
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Wikipédia | Massif du Vercors