Chroniq’hebdo | De Sylvain Tesson, de Pierre Soulages, de l’associatif
Pierre Kobel
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Il est des personnages publics dont le seul nom suffit pour beaucoup à lui jeter l’opprobre le plus radical tout d’a priori. Je pense à Sylvain Tesson qu’il suffit d’évoquer pour voir souvent se manifester un rejet immédiat. Je n’y peux rien, j’aime l’écrivain qu’il est et s’il affiche parfois un personnage au conservatisme bougon, il est vain de le réduire à cela. Le lire fait comprendre immédiatement que son empathie pour le monde et autrui est bien plus large qu’il n’y paraît. Quant à ses admirations littéraires, elles lui appartiennent. Je lis Sur les chemins noirs, le récit de ce voyage qu’il entreprit à travers une France très rurale pour se reconstruire par la fuite plutôt que par la rééducation après la chute dramatique qui faillit le tuer en 2014. J’y retrouve au détour des pages, des lieux semblables à ceux que j’ai connus en haute Ariège ou en Lozère, au fin fond des Gorges du Tarn et sur les causses. Inutile de s’attarder à ce qui fut et qui ne reviendra pas. Mais combien de leçons à tirer d’une modernité qui s’affichait progressiste et qui a renvoyé bien des campagnes à l’isolement et à la désertification humaine et économique !
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La semaine dernière, tandis que je visitais l’exposition Soulages, une autre lumière au musée du Luxembourg, je suis entré dans les salles comme dans une cathédrale. C’est à chaque fois pareil avec Soulages dont on montre là les œuvres sur papier, souvent éclipsées par ses grandes toiles outrenoir. Rien de religieux dans mon ressenti, juste une aspiration à embrasser le monde, à se tenir au plus près de ses forces les plus positives, à se tenir droit sur les chemins de la curiosité et de la création.
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Par ailleurs, semaine de travail, de lectures et de rencontres. Mesure-t-on ce que représentent en termes d’heures devant les écrans, d’échanges et de décisions à prendre, de corrections à surveiller, les publications de l’APA ? Après la parution de la Faute à Rousseau n° 100, nous nous sommes attelés au futur cahier Demeures qui sera le résultat de la collecte des souvenirs de maisons effectuée dans ces pages. Rencontres pour faire avancer des projets de poésie. À chaque fois, je mesure combien le tissu associatif est nécessaire, au-delà de ses fragilités humaines et financières. Dans un temps où trop de relations se font à distance via les écrans quand ce n’est pas de façon virtuelle, rien ne peut mesurer les vraies rencontres, le face-à-face charnel, l’échange à fleur de regards et de peaux.
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Bertrand Poirot-Delpech écrivait dans Le Monde à propos de Julien Gracq qu’il était « non un romancier bâtissant une fresque psychologique ou sociale, mais un poète à la recherche d’accords avec le monde, par la seule magie des mots. » Comme cela me parle ! Et en même temps, quand j’essaie de trouver un sens à tout cela, je me retrouve perplexe et plus dérouté encore qu’avant. Car être en accord avec le monde, avec autrui, est-ce possible ? On est sans cesse dans l’inconnu, la difficulté, l’obligation du compromis. Si être en accord, c’est toujours renoncer, à quoi bon ? Mais ma poétisation du monde a-t-elle plus de sens, n’est-elle pas une fuite en avant qui ne mène à rien de plus ? Une illusion, un aveuglement ?
Chacun mène son petit train. Ceux qui choisissent l’enflammement et l’exaltation ne le font que pour eux-mêmes. Ont-ils le droit d’entraîner leur entourage dans cette voie qui n’est peut-être qu’une spirale dévastatrice ?
« Mais pourquoi je vous raconte tout ça ? » (ELC)
Internet
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Wikipédia | Sur les chemins noirs
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Musée du Luxembourg | Soulages une autre lumière