Des gens
Nadpic
Ce qui frappe c’est le silence complet après la Marseillaise dont je me serais bien passée, car certaines paroles sanguinaires se rapprochent un peu trop du sang que je vois en imagination dans la fosse du Bataclan et sur les trottoirs. Silence après le discours de la mairesse, comme si les bruits de la ville étaient d’accord pour s’éclipser.
Je retiens dans ces moments le partage des bougies, du feu, de gestes et peu de mots avant et après la cérémonie officielle.
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Des dames « comme il faut », organisatrices aux côtés de la municipalité, interdisent de déposer quoique ce soit avant que les officiels en mots et chants n’interviennent.
Je passe au-dessus de leur autorisation et j’entraîne gentiment avec moi des p’tites dames surprises de braver l’interdit et des plus jeunes qui trouvent normal de le faire. Non, mais ! C’est fou, interdire quelque chose de si spontané dans un moment pareil, ils n’ont vraiment rien compris !
Je retiens comme un message d’espoir, cette petite, dix ans peut-être, qui sans cesse rallume les bougies qui s’éteignent dans le vent, sous l’Arc de Triomphe provincial.
Peu, trop peu de monde.
Avec les réseaux j’aurais pensé que, même annoncée très tardivement, hier, une foule concernée se serait déplacée.
Je voulais être là. Pourquoi ? Parce que seule, seule il est difficile de dire tout haut ce qu’on ressent après 10 ans !
J’ai encore envie de pleurer en y repensant, je sais où j’étais. Chants improvisés en quelques heures dans une cour, textes, poèmes lus, voisins et amis dans un village perdu dans les Cévennes et partage d’un verre…
J’ai toujours mal à cette mémoire. J’ai beaucoup de mal à revoir aussi dans cet enfer de l’année 2015, le visage de Cabu que j’aimais tant depuis mes 18 ans, guide involontaire de mes valeurs futures et de mon humour sans limite.
J’aime les gens, petit signe sur une épaule à une jeune fille qui le regard humide, dépose des fleurs, petite conversation avec deux ados dont l’une s’excuse presque d’avoir, en ce jour, son anniversaire ! Message du TEMPS PRÉSENT en retour et sourires complices.
J’aime les gens qui étaient là, sur cette place, ceux qui n’y étaient pas, ceux qui tentent d’oublier tout ça et d’autres événements aussi violents, ceux qui y arrivent.
J’aime boire en terrasse, j’aime la musique, j’aime le genre de Vie qu’ils ne veulent pas qu’on aime !