Plongée dans le souvenir
Elizabeth LC.
L’autre soir j’ai regardé pour la première fois depuis… 25 ou 30 ans le film de Claude Sautet, Les Choses de la vie. Certains aspects ont vieilli, d’autres restent merveilleusement actuels, mais je ne veux pas faire ici une énième analyse du film. Ce que je veux, c’est observer comment fonctionne un souvenir qui m’est remonté à la surface pendant cette vision. On sait qu’à partir de la séquence de l’accident où Pierre (le personnage joué par Piccoli) est censément évanoui/inconscient, on entend sa voix off qui égrène ses sensations et réflexions en temps réel. Et avant qu’on en arrive au point final de ce discours intérieur, je me suis souvenue de la dernière image qui montre MP s’enfonçant dans la mer, tandis que sa voix off affaiblie prononce les mots « le musicien s’est endormi ». Je savais donc à l’avance qu’on allait voir cette séquence, seulement dans mon souvenir, les dernières paroles étaient « le scaphandrier s’est endormi ». Pourquoi ce singulier changement de métier ! Il faudrait plonger (lol) pour découvrir ce que mon inconscient associe à cette profession.
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Spontanément, cela me fait penser à un autre (excellent) film, Ridicule de Patrice Leconte. Wikipédia vient à mon aide pour expliquer que, dans ce film, « la fille du marquis de Bellegarde, Mathilde (incarnée par Judith Godrèche), personnage typique du siècle des Lumières, férue de sciences et de techniques, s’est embarquée dans la création d’un scaphandre primitif (elle manque de se noyer en le testant dans un puits), alimenté par une pompe à soufflets, dénommé “machine hydrostatergatique”. Ce détail est historiquement correct, le modèle réel étant le scaphandre de Fréminet (1774). »
Et une chose en amenant une autre, me revient la chanson de Léo Ferré (en fait sur un poème de René Baer) qui se termine par « Il est descendu, descendu/Et dans les profondeurs du vide/Le scaphandrier s’est perdu… »
PS : Je ne sais pas si c’est là que Sautet a puisé son titre, mais voici ce que j’ai trouvé – comme d’habitude en cherchant tout autre chose : « Il y a force plus puissante que celle des hommes, c’est « l’enchaînement des choses de la vie ». Ce qu’on pourrait nommer la fermentation naturelle des faits et des actes, c’est ce que l’antiquité nommait « destin, fatalité, sort » et le christianisme « providence ». Vigny, Le Journal d’un poète, 1860, p. 1353.
Image : Wikipédia : Scaphandre de plongeur datant de 1858 — Auteur inconnu — Le Monde illustré, n° 48