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Grains de sel
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Blog créé par l'Association pour l'autobiographie (APA) pour accueillir les contributions au jour le jour de vos vécus, de vos expériences et de vos découvertes culturelles.
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25 janvier 2026

« VRP », certes, mais un tantinet « psammiophobe »

Malcolm

 

VRP ? Non, non, rassurez-vous, je n’ai rien à vendre ! C’est juste ce credo que j’ai fait mien en marchant (pas « en marchand », donc !). La marche, je m’y suis mis quand j’ai pris ma retraite, il y a (hum… déjà !) 14 ans. D’abord, pour le simple plaisir de me promener avec mes deux chiennes (de l’époque) dans la campagne deux-sévrienne, puis dans le cadre d’un club de marche que j’ai assez vite quitté au profit, ô combien plus gratifiant (à mes yeux) pour le mental, de la marche solitaire (et de la randonnée pédestre qui en a découlé).

Mon besoin constant, depuis des années, d’objectiver toutes choses (notamment en les quantifiant), y compris mes activités personnelles ordinaires (du nombre de pages écrites à celui des livres lus ou films vus, en passant donc – entre autres – par les kilomètres parcourus à pied, voire… par mon poids quotidien sur la balance !), m’a rendu assez gravement « Excellomane » et c’est ainsi que j’ai enregistré dans un tableur ad hoc mes « performances » pédestres depuis une bonne douzaine d’années. Au début, je ne comptabilisais que mes jours de sortie, leur durée et les kms avalés, puis (grâce aux outils le permettant, tel le smartphone au fond de ma poche et l’appli santé associée) se sont ajoutés, notamment, le nombre de pas quotidiens en référence aux préconisations de santé (justifiées ou pas…) de l’OMS en la matière (10.000/jour).

Bilan ? Eh bien, par exemple, ces enregistrements m’ont permis d’observer qu’au mois d’avril de l’an passé, j’avais franchi le cap assez symbolique de 20.000 km parcourus, soit tout de même l’équivalent de la moitié de la circonférence terrestre (j’ai même dépassé les 21.000 en fin d’année). Vu mon âge et les petites défaillances physiques qui s’accumulent, je n’espère malheureusement plus être en mesure de parvenir à boucler les 40.000 au cours de mes « sorties » ; mais si je m’amuse tout de même à transformer aujourd’hui en « équivalent km » la totalité de mes « pas » (y compris, dans ce cas, ceux du quotidien : dans la maison, au jardin et dans tous mes déplacements « ordinaires »), qui approchent tout de même les 50 millions à ce jour, je serais censé avoir déjà parcouru plus de 35.000 km et je pourrais donc encore, en théorie, rêver d’en finir le tour à pied… de cette bonne vieille planète (enfin, seulement son équivalent kilométrique) ! Mon nombre de pas quotidien moyen reste largement au-dessus des 10.000 préconisés, avoisinant les 13.000, et de ce fait – en référence à un inquiétant marqueur écologique de notre planète… – je me suis également amusé à m’inventer mon propre « jour de dépassement », c’est-dire pour moi celui où, au cours de l’année et à partir du 1er janvier, je franchis le cap des 3.650.000 pas (3.660.000, bien sûr, les années bissextiles !). Je ne sais pas à quelle quantité de gaz à effet de serre, expiré ou émis (gaz carbonique et, parfois, méthane…), cela correspond, mais j’atteins en général cet objectif entre les mois d’octobre et de décembre. En 2021, record absolu, c’était dès le 9 août ! Au cours de ces dix dernières années, mes « performances » ont en effet été assez variables. Mon objectif kilométrique annuel est plutôt de 2.000 km, mais, sur ces dix ans, je n’ai pu l’atteindre, voire le dépasser, que cinq fois. Ma forme physique a effectivement culminé en 2021, avec alors plus de 3.000 km parcourus. Mais l’année suivante (relation de cause à effet ?), une méchante hernie discale et la sévère cruralgie associée ont mis un sacré coup de frein à mes « ambitions » et m’ont fait prendre péniblement conscience des limites physiques de mon corps (et de son vieillissement, irréversible…). J’ai remonté doucement la pente, mais je n’ai, à ce jour, malheureusement jamais retrouvé mes capacités antérieures à ce petit pépin d’ordre « mécanique ». Et je crains qu’il ne faille plus trop me faire d’illusions…

Un objectif particulier de mon activité de marcheur, au-delà de l’aspect entretien physique et entraînement, est la réalisation de mon projet de « randonnée mémorielle » (qui a germé dans mon esprit en 2018 et doit me conduire de mon lieu de naissance en Suisse à mon lieu – probable… – de fin de vie dans les Deux-Sèvres, en passant à travers une partie de la France et un certain nombre de lieux signifiants pour moi). Je l’ai raconté dans la « Page blanche » du n° 89 de la FAR (février 2022). Mon article s’intitulait « Jusqu’ici tout va bien ». Et oui, c’est vrai qu’alors tout allait vraiment bien ! C’était avant ces déboires physiques de l’été 2022. À l’époque, au cours de cette rando, je pouvais encore marcher sans difficulté notable de 150 à 200 km en sept à neuf jours d’affilée. Aujourd’hui, mes « sections » (les tronçons de mon parcours) ne comportent plus que 3 ou 4 étapes et n’atteignent pas les 100 km… Néanmoins, au cours de l’année qui vient de s’achever, je me suis remotivé et, en prenant beaucoup sur moi (c’est mon credo « VRP » : volonté, résistance, persévérance !), j’ai tout de même réussi à parcourir (en 5 tronçons et 18 étapes) près de 360 km. À ce stade, et depuis que je suis parti de ma ville de naissance (Versoix, à côté de Genève), j’ai donc parcouru dans le cadre de ma « rando mémorielle » plus de 1200 km en 56 étapes, et je me suis enfin sérieusement rapproché de mon but, qui n’est désormais plus qu’à environ 200 km. Si la météo hivernale et printanière de cette nouvelle année se montre suffisamment clémente, et si aucun grain de sable (car je suis de plus en plus « psammiophobe » 1) ne vient enrayer ni ma vieille mécanique ni les modalités de définition, organisation et réalisation du reste de mon parcours, j’espère bien arriver enfin chez moi, cette année, le jour de… mes 75 ans. J’y crois !

Il ne me restera alors « plus qu’à »… raconter (écrire) tout ça !


 

1 Néologisme personnel, du grec « Ψαμμίον » (grain de sable) !

Commentaires
P
Faudra quand même que tu m’expliques comment on peut faire le tour d’une planète qui a priori est plate!
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M
Sur le bord, mais évidemment il ne faut pas avoir le vertige... <br /> Bon, mon cousin, c'est un blog sérieux ici, pas un défouloir de face de bouc !
A
Epatant! J'aime la marche, j'aime les marcheurs j'aime Rousseau, le promeneur solitaire. Je marche aussi beaucoup et, comme vous, surtout depuis ma retraite, seule, avec mon mari, avec des amis. J'ai fait partie d'un club de marche mais celui-ci rajeunissant sans cesse j'ai renoncé l'année dernière à marcher vite et à monter les raidillons en continuant la conversation! Mais je suis loin d'être l' "excellomane" que vous êtes! Votre idée d'une marche mémorielle est épatante. Comme vous aussi j'ai toujours mon smartphone podomètre dans la poche et je compare mes kilométrages et les durées. Mais je comptabilise moins que vous. En marchant je me souviens, je rêve, je regarde autour de moi et je suis attentive aux perceptions et sensations, je forme les phrases du journal que je vais écrire le soir, je chante en pensée, parfois tout haut ... Dans mes piles de FAR, je n'ai pas retrouvé le numéro 89. Egaré, prêté et non rendu, laissé dans une maison amie ou un logis que je vais retrouver ou pas?
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M
Merci beaucoup aussi, chère Anne-Marie. Ce que vous dites complètera également ce que j'ai répondu (je n'ose pas dire succinctement !) à Kata, à propos de tout ce qui se passe dans notre tête, notre corps, notre vie entière, à l'occasion de nos déambulations, chères à Jean-Jacques...
B
J’ai aussi une certaine tendance que je juge quelque peu névrotique à tout noter, enfin un peu moins que toi quand même, (je me passe du nombre de mes pas et de mon poids). Mais outre ce que j’écris dans mes chroniques ici même ou sur des pages non mises en ligne, je tiens un fichier que j’appelle Memento ou je note avec de brefs commentaires films, livres, émissions de télévision, sorties, ballades pédestres ou cyclistes…. Vaine tentative pour retenir le temps ? En tout cas parfois ça m’aide à me remémorer et c’est précieux.<br /> <br /> Et je constate moi aussi que mes randos et marches pédestres ont sérieusement décrues ces dernières années. Mon récent vol plané et les conséquences qui s’en suivent ne vont pas améliorer les choses !<br /> <br /> En tout cas, cher Malcolm, essaie d’être un peu moins psammiophobe car tes billets ici sont toujours un plaisir. J’en ai profité aussi pour visualiser tes charmants vœux déambulants et musicaux, je t’adresse les miens en retour, il parait qu’on a jusqu’à la fin du mois de janvier, ouf je suis encore dans les temps…
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M
Grand merci pour tes mots, cher Bernard, car j'avais une petite crainte de passer à tes yeux, et au regard de tes déboires actuels, comme un provocateur un peu sadique ! Ce n'est pas mon genre, et je comprends d'autant mieux la précarité de ta situation (et ton sentiment de dépendance à l'égard de ta chérie), que j'ai vécu la même situation (mais moi, côté aide-soignant !) il y a quelques années avec mon épouse, victime de la même blessure à une cheville à l'occasion d'une randonnée en Corse... Elle était (comme toi, j'ai l'impression !) devenue très habile et rapide, à notre domicile, dans la montée et la descente des escaliers sur ses deux fesses ! Je te souhaite un bon et rapide rétablissement !
K
excusez-moi j'ai juste une question à vous poser : est-ce que marcher, pour vous, est seulement une audition de pas, un calcul arithmétique, ou vous avez le temps d'admirer les paysages que vous traversez ? Merci ;-)
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K
réponse à Malcom. Merci d'avoir pris ma question du bon côté, avec humour, et d'y avoir répondu. J'admire les marcheurs comme vous. Mon mari marchait, un de mes fils marche et moi ? j'admire les photos :-))<br /> Merci aussi pour votre gentille remarque sur mes grains de sel.<br /> A bientôt
K
Réponse à Malcom, je n’arrive pas à répondre sous son com. <br /> D’abord merci d’avoir pris ma question par le bon bout = avec humour. J’espère que vous développerez la suite esquissée ici dans un nouveau texte. <br /> Merci d’avoir dit que vous appréciez ce que j’écris. Vous m’encouragez à continuer. <br /> À bientôt pour d’autres grains de sel.
M
Ah oui, chère Kata, c'est vrai que j'y suis allé un peu fort avec les chiffres (ils me surprennent moi-même), mais c'est surtout (malheureusement) le nombre d'années enfuies qui les a gonflés ainsi, et j'en ai oublié un très important : c'est le temps de ma vie que j'y ai consacré. Je voulais compléter mon "post" (mais je ne savais pas s'il allait plaire...) avec d'autres données, dont l'estimation de ce temps que j'y avais passé. Allez, tiens, comme ils disent à "LGL", je "divulgache" : en 9 ans, j'ai passé près de 4000 heures sur les chemins, soit plus de 5 mois de ma vie (en jours de 24h) et plus de 8 mois de ma vie "éveillée" (en journées de 16h...) !!! Cela me semble dingue ! Dans la FAR 89, je m'interrogeais de savoir si c'était du temps perdu ou investi ? Mais pour répondre plus précisément à votre question (c'est un sujet que je développerai forcément d'une façon ou d'une autre, à l'occasion de la restitution de cette expérience/aventure, qui prend plusieurs formes...). Non, bien sûr, je ne marche pas comme un simple automate, et j'ai l'habitude de répondre ceci : "Quand je marche, je ne vois pas, je regarde ; quand je marche je n'entends pas, j'écoute ; quand je marche, je ne sens pas, je hume..." Je me permettrais même d'ajouter un quatrième sens, en disant que "quand je marche, je ne goûte pas mais je déguste" (en repensant à une pomme ou une poire ramassée dans l'herbe d'automne, ou à de belles mûres cueillies au bord du chemin ! Reste le toucher... je n'ai pas souvenir d'avoir "palpé" quelque chose (ni quelqu'un !) ... ah mais si, j'y pense, la bonne joue d'un gentil cheval ou le mufle d'une vache bien aimable venant me saluer ! Je vais y réfléchir... J'espère ne pas avoir été trop long et vous avoir fait sourire... merci de m'avoir provoqué ! Même si je ne réagis pas (je ne sais pas bien faire), j'apprécie énormément tous vos "grains de sel" ! Vous m'avez donné l'occasion de vous le dire.
C
WOW ! J'en reste bouche bée ! c'est marrant, votre texte me fait penser à "Plus loin qu'ailleurs", un des derniers romans graphiques - d'une poésie extraordinaire - de Christophe Chabouté.
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M
Merci Christina pour le commentaire et aussi votre conseil de lecture ! Je pourrais bien me laisser tenter...
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