Cuba tristesse
Bernard M.
J’ai lu ce week-end dans Le Monde les trois longs reportages consacrés à Cuba. Ils m’ont rempli de tristesse. L’état du pays est devenu catastrophique, en raison de la politique qui y est menée, des rétorsions étasuniennes de longue date, encore aggravée par la politique trumpiste et par la perte de l’allié vénézuélien.
Dans nos années lycéennes, le Cuba révolutionnaire fut une lumière. Éloigné des schémas néostaliniens de l’URSS comme de la Chine communiste, porteur de l’internationalisme en action de la Tricontinentale, des barbudos romantiques et singulièrement de Che Guevara dont le portrait figurait dans nombre de chambres d’adolescents, Cuba était devenu le centre de nos rêves. D’autant plus que s’y ajoutait l’image que nous nous faisions d’un certain art de vivre tropical, la musique, la salsa, le sens de la fête latino-américain. Je suivais de près l’actualité cubaine en m’étant abonné à la sélection hebdomadaire en français du journal du PC cubain, Granma. Mon camarade de lycée JM (qui devint ensuite diplomate et dont le tropisme pour l’Amérique latine ne s’est jamais démenti, la plupart de ses postes ont été sur ce continent et il fut d’ailleurs ambassadeur de France à Cuba pendant plusieurs années) était un des plus actifs dans ce soutien à la geste cubaine. Je me souviens d’avoir été entrainé par lui avec quelques autres camarades dans un salon de l’aéroport d’Orly pour faire une haie d’honneur au cercueil d’un révolutionnaire cubain mort en Afrique, au Mozambique, je crois, qui transitait par la France avant de rejoindre Cuba, situation un poil surréaliste ! Un voyage à Cuba était en préparation pour l’été 68 auquel j’avais bien l’intention de m’inscrire. Les événements de Mai en ont décidé autrement, le voyage s’est trouvé annulé.
J’ai effectué un voyage de quinze jours à Cuba en 2015 avec le voyagiste Terre d’aventures. Bien sûr les problèmes ne manquaient pas. Mais sans commune mesure cependant avec ce qu’ils sont devenus selon le reportage du Monde. Notre guide local était évidemment accrédité et ne critiquait pas le régime, mais son discours était nuancé, il ne masquait pas les problèmes. Quelques réalisations du régime étaient cependant manifestement très positives, notamment dans le domaine de la scolarisation et dans celui de la santé.
Après une randonnée dans la Sierra d’Escambray, nous avons visité Trinidad, vieille ville coloniale, puis Camagüey au centre de l’île, nous avons profité de plages et de balades sur la côte nord, puis avons rejoint Santa Clara avant de passer trois jours à La Havane. Nous logions quelquefois dans de petits hôtels, mais, le plus souvent, nous étions répartis chez l’habitant dans diverses maisons, parfois d’anciennes très belles demeures souvent décaties, mais néanmoins très agréables. Je me souviens notamment de celle de Trinidad, une maison profonde donnant sur la Place d’Armes, notre chambre donnait sur un joli patio intérieur. Nous avons vu des exploitations agricoles, visité un centre de santé, des librairies avec surtout beaucoup de livres d’occasion, des marchés alimentaires plutôt bien achalandés, nous avons eu droit à un petit concert et à un cours de salsa. Nous sommes passés dans des lieux emblématiques, souvenir de telle ou telle action d’éclat pendant la révolution et dans divers petits musées commémoratifs de ces événements. À La Havane, nous avons passé une soirée fort agréable dans un café/librairie branché où s’exprimait assez librement dans les conversations des positions critiques sur le régime, un lieu où nous avons d’ailleurs pu échanger avec l’écrivain Leonardo Padura, qui, par hasard, s’y trouvait aussi ce jour-là.
Nous avons vu les boutiques des deux systèmes, les bodegas subventionnées dans lequel la population la moins favorisée pouvait acheter quelques denrées de base avec des pesos non convertibles et celui, à l’offre beaucoup plus abondante, des magasins où l’on payait en pesos convertibles ou en devises, auxquels pouvaient accéder, en plus des cadres du Parti et de l’État, les Cubains aidés par de la famille à l’étranger ou ceux pouvant proposer des hébergements aux touristes. Nous avions eu des tas de discussion avec notre guide sur les avantages et inconvénients de ce système. Sa remise en cause a aggravé la crise, ce qui a contribué aux puissantes manifestations d’opposition de 2021 et à l’accélération des départs de ceux qui le pouvaient vers l’étranger. Un quart de la population a quitté le pays au cours des dernières années, ce qui est vertigineux. D’autant qu’évidemment, les partants sont plutôt des actifs, des cadres et personnes éduquées, tandis que ceux qui restent sont plutôt les personnes âgées et les gens de la campagne. Ce qui explique que le pays soit désormais complètement exsangue et que ce qu’il y avait de dynamisme, d’ouverture, d’optimisme lorsque nous l’avons visité a totalement disparu. Oui, quelle tristesse !
Pour l’occasion je suis retourné sur le reportage photo que j’avais fait à l’époque héberger en ligne sur six albums Google photo, comptant au total pas moins de 605 photos ! Comment choisir dans cette profusion. Allez, celle-ci, pour faire apparaître un peu de cette jeunesse si mêlée, si joyeuse et qui semblait si porteuse d’espoir…
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Wikipédia | Cuba
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