Chroniq’hebdo | Des droits des femmes, du Printemps des poètes et des municipales
Pierre Kobel
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8 mars, journée internationale des Droits des femmes. Combien d’années encore avant qu’il ne soit plus nécessaire de les mettre en avant et qu’ils soient les mêmes pour tous ? Combien d’années pour que les relations entre les hommes et les femmes ne reposent plus sur le désir de possession des premiers et les violences qu’il entraîne contre les secondes ? En cette journée, nombre de documentaires et autres médias sont diffusés à la télé qui disent combien nous sommes encore loin d’un changement profond des mentalités, combien la répression nécessaire ne peut suffire quand les moyens de l’éducation et de la prévention ne sont pas à la hauteur.
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Dans le même temps, je suis confronté à la réalité des violences sexuelles en lisant des témoignages issus du fonds de l’APA. Textes qui disent les répercussions qu’elles ont sur toute l’existence de la victime et de son entourage et combien le chemin est long, et parfois impossible, pour surmonter ces traumatismes. Je comprends la violence de certaines réactions même si elles risquent de conduire à des impasses, je comprends la douleur imprimée dans la psyché, les somatisations, le besoin de soutien, de paroles et d’écoute.
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Aujourd’hui commence l’édition 2026 du Printemps des Poètes. Peu ou pas d’échos dans la presse comme à l’habitude alors que les rencontres, les lectures, les publications sont multiples. Mais à quoi bon donner de l’importance à cette tribu d’aficionados dans la lune quand l’actualité du monde est brûlante à point pour remplir des heures et des colonnes de commentaires en boucle ? On oublie que, depuis quatre ans, les poètes sont aussi sur le front en Ukraine, on oublie qu’à Jérusalem, à Gaza, à Téhéran, ils sont aussi sous les bombes, on oublie que, dans toutes les dictatures, que dans tous les pays où la démocratie est menacée, ils s’exposent jusqu’à en mourir pour certains. Quand Trump se vante de ne jamais lire, eux s’avancent avec les mots de cette liberté qui est au cœur du Printemps de cette année. Et qu’on ne voie pas un lyrisme quelconque dans mon propos. Ce que j’écris est une réalité. La parole des poètes est réelle, elle va au-delà du quotidien, elle va au-delà des barbelés, elle crève les écrans pour aller au cœur de l’humain. Et quand nous sommes sous la menace des extrêmes, elle répond comme le faisait Jean-Pierre Vernant : « On ne discute pas de recettes de cuisine avec des anthropophages. »
L’image est addictive. Mais quand je suis plongé dans un recueil de poésie, l’addiction est bien supérieure encore.
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Premier tour des municipales dans une semaine. Ça frétille, voire ça bouillonne dans les arrière-cuisines des mairies et des partis. L’incertitude fait monter la température à bien des latitudes de la politique. Et on en remet une couche sur la sécurité, les policiers municipaux qu’il faudrait surarmer, les caméras dans tous les recoins pour nous surveiller.
On connaît le refrain, ça commence par : « Mais de quoi avez-vous peur si vous n’avez rien à vous reprocher ? » Et ça finit par la surveillance généralisée, l’intime dévoilé, la différence refusée, la mise au pas des corps et des esprits.
Parano ? Non, car je ne suis pas assez naïf et idéaliste pour ne pas comprendre la nécessité de forces de police. Mais là encore, on préfère mettre en avant des gros bras badgés « police municipale », sorte de shérifs à la petite pointure plutôt que de donner les moyens de la prévention et de l’éducation à une police nationale dûment dotée de moyens et qui soit la même pour tous. Que sera demain une police municipale sous la direction d’élus extrémistes et racistes qui joueront la carte de la haine ? Quand j’étais môme, il y avait dans les quartiers de la ville des postes de police, certes fermés de nuit, mais proches de la population et capables de l’aider. Absence de proximité qui ouvre aujourd’hui à des comités citoyens de surveillance dans certains endroits. Si la réalité des trafics, notamment de drogue, et leur développement, qui touche à de petites agglomérations, sont inquiétants, cela ne doit pas être le prétexte pour développer une psychose collective et conduire à des dérives aussi dangereuses que la délation légitimée et un ordre établi qui n’est que celui de quelques-uns.
Mais de quoi je me mêle, me direz-vous ! Oui, de quoi je me mêle ? De vouloir un ciel bleu, des sourires, des bonjours, merci et au revoir, des mémoires longues qui me disent le temps d’hier et l’espoir de demain, des mots pour inventer, pour un monde meilleur pour nos enfants. Je me mêle de pouvoir encore avoir des rêves tout simplement. Et tant pis pour ceux qui n’y croient plus !
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« Mais pourquoi je vous raconte tout ça ? » (ELC)