Mon arrière-grand-mère, Anna Maria
Anne Poiré Guallino
Quand j’ai déposé à l’APA en 2007 un tome d’histoire familiale sur ma branche maternelle, je n’ai consacré que les quinze premières pages, à peine, à Anna Maria Bühler, épouse Reibel, mon arrière-grand-mère. Et encore, à l’intérieur d’un document consacré plus spécifiquement à ma grand-mère, sa fille, Marie Anne, dite Fernande. L’hôpital dans lequel cette bisaïeule est décédée en 1951 n’avait pas répondu à mes questions, mon courrier de 2001 était resté sans réponse : je savais si peu, la concernant.
Et puis j’ai lu « Mon vrai nom est Elizabeth », d’Adèle Yon. Il en a été question ici et dans la Faute à Rousseau. Grâce à ce récit, j’ai à nouveau interrogé Lorquin, en Moselle, où mon arrière-grand-mère a fini sa vie. J’ai alors appris que des archives la concernant étaient conservées, désormais hors de l’hôpital. Imaginez l’excitation, l’aventure ! J’ai reçu un épais dossier… contenant 220 photocopies, au format A4 et A3. Le problème, c’est que l’essentiel était rédigé en allemand, souvent gothique, et en plus, par des psychiatres. Décryptage pas toujours facile ! Il m’a fallu demander de l’aide à Ines Le Roux, une traductrice, humaine, sensible, parce que l’IA m’a vraiment raconté n’importe quoi. Et encore tout récemment, j’ai naïvement demandé à ChatGPT une carte, pour illustrer le dernier tome rédigé : sans vergogne, l’algorithme a situé Metz au nord de Thionville, et Bâle, en Suisse, très au sud, bien plus bas que Bordeaux. Et tant d’autres erreurs !
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Rendez-vous compte, les amis ! 220 pages ! J’ai pu ainsi faire un peu connaissance, rétrospectivement, avec Anna Maria Bühler, mon ancêtre, son mari, Ernest, mon bisaïeul, et aussi avec ma grand-mère maternelle, décédée quand je n’avais pas encore cinq ans. Depuis plusieurs mois, je suis fébrile : j’ai d’abord écrit « Une saisissante énigme », que j’ai déjà déposé à l’APA, le tome 1 concernant la vie de cette femme sans laquelle je ne serais pas de ce monde. Uniquement ce que j’en savais, devinais, avant de me retrouver en possession de tous ces documents. Une enquête intuitive, forcément très limitée.
J’ai arrêté ce texte de 172 pages, qui tentait de recenser quelles étaient mes connaissances (mes lacunes ?) avant l’arrivée des documents promis par les archives départementales, tout en racontant comment j’en étais arrivée à me pencher sur mon ancêtre.
J’ai ensuite démarré le tome 2, « Arrachée à l’ombre », 382 pages (document terminé il y a quelques jours), duquel a découlé un tome 3, composé de 360 pages de documents, seuls, en noir et blanc, ou colorés, traduits, si nécessaire. Et comme j’ai rapidement compris que l’IA m’avait joué de mauvais tours, j’ai terminé fin janvier un tome 4, « Un bon sucre dans le café », au sous-titre clair : « En forme de mIA culpa », 139 pages pour expliquer comment j’aurais pu totalement déformer, fausser, biaiser cette histoire familiale si j’avais fait confiance à une modernité pas encore fiable.
D’un tome à l’autre, quelle émotion ! J’ai appris à aimer mon ancêtre, mais aussi son époux, leur fille, ma grand-mère Fernande et mon grand-père Jean. Au-delà du lien familial, c’est tout un pan de l’histoire compliquée de la Moselle, aussi, qui est mis en lumière, en tenant compte de l’Annexion. Même si cette histoire est rude, dure, triste, associée à des troubles psychiques alors non pris en charge, une famille de braves gens, pauvres, ébranlés par la maladie, à une époque où les soins étaient inexistants, a désormais « repris vie » et je les aime, j’en suis si fière.
Je suis tellement heureuse qu’existe l’APA, pour éviter que pareils récits de vie ne retombent dans l’ombre sinistre, ou pire, ne disparaissent définitivement.