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Grains de sel
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Blog créé par l'Association pour l'autobiographie (APA) pour accueillir les contributions au jour le jour de vos vécus, de vos expériences et de vos découvertes culturelles.
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11 mars 2026

Mon arrière-grand-mère, Anna Maria

Anne Poiré Guallino

 

Quand j’ai déposé à l’APA en 2007 un tome d’histoire familiale sur ma branche maternelle, je n’ai consacré que les quinze premières pages, à peine, à Anna Maria Bühler, épouse Reibel, mon arrière-grand-mère. Et encore, à l’intérieur d’un document consacré plus spécifiquement à ma grand-mère, sa fille, Marie Anne, dite Fernande. L’hôpital dans lequel cette bisaïeule est décédée en 1951 n’avait pas répondu à mes questions, mon courrier de 2001 était resté sans réponse : je savais si peu, la concernant.

Et puis j’ai lu « Mon vrai nom est Elizabeth », d’Adèle Yon. Il en a été question ici et dans la Faute à Rousseau. Grâce à ce récit, j’ai à nouveau interrogé Lorquin, en Moselle, où mon arrière-grand-mère a fini sa vie. J’ai alors appris que des archives la concernant étaient conservées, désormais hors de l’hôpital. Imaginez l’excitation, l’aventure ! J’ai reçu un épais dossier… contenant 220 photocopies, au format A4 et A3. Le problème, c’est que l’essentiel était rédigé en allemand, souvent gothique, et en plus, par des psychiatres. Décryptage pas toujours facile ! Il m’a fallu demander de l’aide à Ines Le Roux, une traductrice, humaine, sensible, parce que l’IA m’a vraiment raconté n’importe quoi. Et encore tout récemment, j’ai naïvement demandé à ChatGPT une carte, pour illustrer le dernier tome rédigé : sans vergogne, l’algorithme a situé Metz au nord de Thionville, et Bâle, en Suisse, très au sud, bien plus bas que Bordeaux. Et tant d’autres erreurs !

Rendez-vous compte, les amis ! 220 pages ! J’ai pu ainsi faire un peu connaissance, rétrospectivement, avec Anna Maria Bühler, mon ancêtre, son mari, Ernest, mon bisaïeul, et aussi avec ma grand-mère maternelle, décédée quand je n’avais pas encore cinq ans. Depuis plusieurs mois, je suis fébrile : j’ai d’abord écrit « Une saisissante énigme », que j’ai déjà déposé à l’APA, le tome 1 concernant la vie de cette femme sans laquelle je ne serais pas de ce monde. Uniquement ce que j’en savais, devinais, avant de me retrouver en possession de tous ces documents. Une enquête intuitive, forcément très limitée.

J’ai arrêté ce texte de 172 pages, qui tentait de recenser quelles étaient mes connaissances (mes lacunes ?) avant l’arrivée des documents promis par les archives départementales, tout en racontant comment j’en étais arrivée à me pencher sur mon ancêtre.

J’ai ensuite démarré le tome 2, « Arrachée à l’ombre », 382 pages (document terminé il y a quelques jours), duquel a découlé un tome 3, composé de 360 pages de documents, seuls, en noir et blanc, ou colorés, traduits, si nécessaire. Et comme j’ai rapidement compris que l’IA m’avait joué de mauvais tours, j’ai terminé fin janvier un tome 4, « Un bon sucre dans le café », au sous-titre clair : « En forme de mIA culpa », 139 pages pour expliquer comment j’aurais pu totalement déformer, fausser, biaiser cette histoire familiale si j’avais fait confiance à une modernité pas encore fiable.

D’un tome à l’autre, quelle émotion ! J’ai appris à aimer mon ancêtre, mais aussi son époux, leur fille, ma grand-mère Fernande et mon grand-père Jean. Au-delà du lien familial, c’est tout un pan de l’histoire compliquée de la Moselle, aussi, qui est mis en lumière, en tenant compte de l’Annexion. Même si cette histoire est rude, dure, triste, associée à des troubles psychiques alors non pris en charge, une famille de braves gens, pauvres, ébranlés par la maladie, à une époque où les soins étaient inexistants, a désormais « repris vie » et je les aime, j’en suis si fière.

Je suis tellement heureuse qu’existe l’APA, pour éviter que pareils récits de vie ne retombent dans l’ombre sinistre, ou pire, ne disparaissent définitivement.

 

Commentaires
M
Quelle volonté et quel énorme et magnifique travail, Anne ! Bravo, bravo. Te lire va me booster un peu ce matin au moment de me mettre au mien (avec tellement peu d'enthousiasme, par les temps qui courent... dur d'aller flâner dans le passé quand le futur s'assombrit à ce point).
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C
A qui le dites-vous ! je suis exactement dans la même situation. Et cela ne s'arrange malheureusement pas avec l'âge et le temps de vie qui étrécit... Mais savoir que des gens comme vous, comme Anne et tant d'autres ont ce courage est très stimulant, effectivement.
A
Malcolm, je trouve au contraire que le passé nous aide à nous extraire du présent, surtout en ce moment. J'y puise de l'énergie, de la force, et c'est une stimulation intemporelle et bien plus constructive. Une histoire de racines, de fondations... Merci pour ce message !
M
Bravo Anne, c'est magnifique de pouvoir redonner vie à une ancêtre grâce à des documents d'archives qui arrivent comme un don du ciel! Je ressens toute cette émotion.. amicalement Mireille
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C
Quel magnifique cadeau de la vie ! merci de nous en faire part. J'aimerais tellement pouvoir lire ces livres...
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A
Christina, si vous me faites envoyer votre mail, par Pierre Kobel, par exemple, je vous enverrai ces tomes par le site Wetransfer, vous pourrez les lire...
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