Adélaïde Bon : La petite fille sur la banquise
Madeleine R.
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Premier ouvrage d’Adélaïde Bon, qui date de 2018, mais qui a fait l’objet d’une adaptation théâtrale à La Colline en ce mois d’avril 2026 : « Entre parenthèses » alerte sur les violences sexuelles sur mineurs par Pauline Bureau.
C’est l’histoire d’une agression sexuelle subie dans l’escalier d’un immeuble haussmannien des beaux quartiers de Paris, dans les années 90, par l’autrice, quand elle était une petite fille de neuf ans. Comme elle était incapable d’en parler, mais qu’elle pleurait à peine on la touchait, ses parents ont porté plainte contre X pour « attouchements sexuels » et personne n’en a plus parlé après ce dimanche ensoleillé du mois de mai où elle s’est trouvée dans l’escalier avec un « pédophile »…
En réalité, elle va mal et elle vit une très longue errance, solitaire et douloureuse, entre différentes maladies et autant de thérapies jusqu’à l’âge de 33 ans, soit 23 ans après les faits, quand un suspect a été arrêté et qu’elle doit se préparer à son procès avec d’autres jeunes femmes qu’il a agressées.
Entre temps, elle a appris ce qu’est la mémoire traumatique et comment cela fonctionne entre l’amygdale cérébrale, le cortex préfrontal et l’hippocampe.
« S’il vous arrive quelque chose de grave, l’amygdale va sonner l’alarme la première et vous permettre de réagir immédiatement. Imaginons un accident de voiture. Le moteur est en feu, votre amygdale va demander au corps de sécréter de l’adrénaline et toutes les autres drogues endogènes nécessaires pour que vous puissiez, disons, sortir du véhicule, courir cinquante mètres, vous asseoir.
Une fois en sécurité, le cortex préfrontal aura eu le temps d’analyser la situation, l’hippocampe l’aura comparée avec sa banque de données et les deux viendront ainsi moduler, affiner, voire éteindre la réponse émotionnelle de l’amygdale (…)
Puis, jour après jour, ce souvenir va être classé dans votre mémoire autobiographique par l’hippocampe, il deviendra une de ces histoires frémissantes que l’on raconte aux dîners.
Par contre, si vous êtes victime de viol, si vous êtes en présence de quelqu’un qui a l’intention de vous détruire, de vous annihiler, de vous réduire à un objet, le cortex préfrontal va chercher en vain, il ne parviendra pas à analyser la situation. Vous n’êtes pas un objet, cette scène n’a aucun sens. Et l’hippocampe aura beau mettre à sac ses archives, lui non plus ne trouvera pas de réponse adaptée à la haine qui lui fait face. Alors, comme il ne peut ni moduler ni éteindre l’amygdale, le cortex préfrontal va au moins vous éviter de mourir d’une overdose d’adrénaline et autres drogues endogènes. Comme le survoltage de l’amygdale représente un danger vital pour votre organisme, il va faire disjoncter le circuit afin de déconnecter l’amygdale. »
« Il vous reste une mémoire émotionnelle brute, vous ne comprenez pas d’où viennent ces images, cette violence. Vous trouvez de mauvais refuges dans la boulimie, l’anorexie, des conduites dissociantes… »
Une explication lumineuse de la fameuse « dissociation » !
Il faudra batailler ferme pour faire requalifier en « viol » l’agression qu’elle a subie et pour qu’elle en retrouve la mémoire exacte…
Un livre qu’on ne lâche plus une fois entamé ! Une très belle écriture et un travail tout à fait remarquable !
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Babelio | La petite fille sur la banquise