Chroniq’hebdo | D’un voyage, de villes et de musées
Pierre Kobel
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À peine revenu d’une semaine ambarroise, le temps de passer chez moi quelques jours rapides sans vraiment défaire ma valise et me voici de nouveau sur les routes pour un temps de vacances avec ma compagne. Virée nordiste. D’abord sur les traces de ce que fut l’enfance et la jeunesse de son grand-père, qui grandit avec sa famille non loin de la frontière belge, dans ce pays de mines et de charbon. Au cimetière nous avons trouvé la tombe de l’arrière-grand-père mort en novembre 1940. Nous avons cherché les maisons où lui et les siens ont vécu, où ils sont morts. Gens modestes, hommes de la mine, petites gens qui étaient le sel de la terre, n’en déplaise à ceux qui s’illusionnent de leurs pouvoirs et n’ont que le hochet de leur vanité à agiter.
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Pays de villes également. Villes de briques où alternent les maisons bourgeoises et les quartiers plus pauvres, voire très pauvres. Un rapide passage à Valenciennes avant une étape plus longue à Roubaix. C’est là que nous mesurons comment l’histoire peut en quelques décennies déclasser un lieu et le réduire à des difficultés quand il fut auparavant une capitale de l’industrie florissante. La désindustrialisation a amené la misère et, si Roubaix est une ville d’initiatives, vivante, prospective, elle reflète aussi cette déshérence économique.
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Mais notre tropisme culturel nous a conduits dans deux lieux d’exception que je recommande vivement à tous les lecteurs de ces lignes qui ne les connaissent pas. Le premier, c’est la villa Cavrois que nous avons pu visiter sous un beau soleil. Elle est de ces réalisations architecturales d’avant-garde qui firent florès avant-guerre. Un immense vaisseau de briques jaunes cernées de noir, des espaces pour chacun et chaque fonction, une modernité à la pointe de son époque, tout de la qualité des matériaux à la conception reflète la richesse unique du lieu. Une histoire mouvementée et au bord de la disparition, un sauvetage et une réhabilitation qui permettent aujourd’hui d’en faire un des emblèmes des lieux culturels de la région.
Autre lieu emblématique de la culture et certainement un des musées les plus séduisants et originaux qui soient : la Piscine. Le nom le dit, l’art s’est installé dans ce qui fut un lieu de natation. Nous y avons passé de longues heures agréables tant les œuvres, en sus de leurs qualités, semblent être chez elles. Les collections mêlent peintures et sculptures, céramiques et références à l’histoire du lieu autant qu’à celle de l’industrie textile. J’aime l’art contemporain jusque dans ses recherches formelles et parfois déroutantes, mais je me disais en parcourant ces salles, en réjouissant mon œil de ces peintures qui vont du XIXe à un XXe bien avancé, que j’aimerais voir renaître une école figurative contemporaine et vivante. Je reviendrai à Roubaix rien que pour ce musée !
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Mais à me promener ainsi, je me demandais, ce qui a certainement déjà été fait, combien de temps le visiteur lambda que je suis, passe devant chaque œuvre en moyenne. Je sors toujours d’un musée avec le sentiment d’en avoir raté des parts, de ne pas m’être assez attardé devant les cimaises et les sculptures. Inévitable, me dira-t-on. Oui, mais que de regrets…
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« Mais pourquoi je vous raconte tout ça ? » (ELC)