Chroniq’hebdo | De Ambérieu, de l’écriture, des mots et de la violence, de Gainsbourg
Pierre Kobel
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Retour au bercail après une semaine à Ambérieu et des moments forts. Moments d’amitié avec ceux qui vivent dans le Bugey et sont souvent là pour seconder Marion, moments de travail pour apprendre, s’entraider, rechercher des textes qui contribuent à un projet.
Un matin, trois personnes nous rejoignent expressément pour l’ouverture d’un fonds important, un an après le décès du déposant qui avait demandé ce délai pour accéder à ses écrits. Cet homme né en 1932 fut un grand serviteur de l’État avant de devenir dirigeant d’établissements financiers. Homme de culture, grand lecteur, il n’a cessé de tenir un journal : 74 années d’écriture qui tiennent dans près de 250 carnets comprenant plus de 35 000 pages. On lit : « Voici donc la première de ces boîtes, sarcophage d’un corps inconnu ou plutôt d’une conscience d’être qui a existé, avant d’être engloutie par l’écoulement du temps. »
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C’est une réponse à la question de savoir pourquoi on écrit. Autre réponse et je cite Gabriel Grossi dans son site Littérature portes ouvertes : « Rien ne me donne plus l’envie d’écrire que cette sensation-là, le fait de sentir que c’est vital, d’être là pour ça, pour mettre des mots sur l’air du temps, pour être la voix de ceux qui n’en ont pas, pour dire le monde comme il ne tourne pas toujours très rond et opposer aux forces négatrices un peu de lumière. Rien, sinon de sentir au contact des autres poètes que je suis fait pour ça, que moi c’est ça, que c’est ça moi, que sans ça, moi rien. Juste écrire. Trouver les mots pour cela qui veut se dire. » J’applaudis à deux mains. Ce qu’il écrit pour la poésie peut trouver écho pour d’autres voies littéraires.
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La littérature, c’est une problématique quand on lit des textes de nos archives apaïstes. Lecture en sympathie, bien sûr, mais ne nous leurrons pas, nous ne pouvons éviter d’être sensible à un style, à un talent d’écriture plus pertinent qui vient nous impacter plus fortement. Et puis parfois, peu importe ce style, c’est le récit qui fait force. Ainsi, durant ces jours ambarrois, à lire et transcrire des pages relatant des violences familiales et autres qui sont le sujet d’une publication à venir. Sujet grave, douloureux, évidemment pour les victimes, leur entourage, et aussi pour le lecteur qui se sent désarçonné, accablé, révulsé par ce qu’il lit. Il faut cependant aller de l’avant, se mettre à distance pour accompagner ces mémoires et dire ce qu’elles d’encore trop prégnant dans une société qui ne sait pas se regarder assez en face. Quelques scandales sont mis en avant au fil de livres de journalistes et de célébrités, des milieux socioprofessionnels spécifiques sont montrés du doigt, mais le mal est plus ample, il se glisse dans toutes les parts de la société et en premier dans l’intimité des familles qui doivent faire avec le silence, le secret et la douleur à vie.
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Visite de la maison de Serge Gainsbourg, puis du petit musée qui va avec, de l’autre côté de la rue de Verneuil. Un peu d’émotion, malgré les photos déjà vues de cet intérieur si personnel. Reflets d’un personnage dont je retiens surtout la créativité et l’invention musicales. Gainsbourg a accompagné toute ma vie d’adulte et, si je n’ai rien retenu de ses frasques qui n’ont fait que me faire sourire, je suis toujours attentif à ses chansons qui sonnent avec une modernité toujours actuelle.
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