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Grains de sel
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25 avril 2026

Chroniques de la nature : de quelques souvenirs et autres considérations

Pierre Kobel

 

À bien considérer les choses, la nature a toujours été présente dans mon existence. Si je me fais la remarque, c’est parce que ce n’est pas évident pour le citadin que je suis depuis ma naissance.

Elle fut présente sans que je m’en aperçoive, sans être mentionnée comme telle. Ce fut plus une nature de jardins et de campagne, cultivée et ordonnée que la pleine nature dont nous sommes nés.

Là où mon père avait grandi dans une cour sombre et étroite qui ne lui donna guère le goût du bucolique, ma mère fut la fille de gens nés à la campagne et qui amenèrent un peu d’elle dans leur banlieue parisienne. C’est avec eux que je fis mes premières approches de la nature. Ce furent les poules, les lapins et les pigeons élevés à l’arrière du pavillon en meulière, animaux auxquels on ne s’attachait pas, puisqu’ils finissaient dans nos assiettes. Ce furent les deux jardins communaux aux abords du fort de Bicêtre où, avec ma sœur et mes cousines, nous passions tous nos jeudis après-midi entre fruits et légumes, dans la cabane érigée par mon grand-père.

Mon approche de la nature prit une autre dimension quand ces mêmes grands-parents acquirent une petite maison dans l’Yonne, résidence secondaire où nous passions une bonne partie des vacances scolaires. J’y découvris une vie paysanne déjà en pleine mutation, mais dont n’avait pas encore disparu la gent animale et bovine en particulier ; soir et matin les vaches traversaient le village, j’accompagnais les grands de la ferme voisine pour les garder dans les prés. Je partageais les jeux et les travaux de mon ami Bernard (qui l’est toujours 65 ans après !) entre balades à vélo, équipées sur le tracteur de la ferme et apprentissage des noms autant que des us et coutumes agricoles.

C’est une nature différente que je connus à l’adolescence quand les vacances familiales nous conduisirent durant plusieurs années au fin fond des Gorges du Tarn, où le modernisme parvenait à peine à remplacer une autarcie mâtinée d’archaïsme et de rituels ancestraux. À parcourir les berges du Tarn, à sillonner les sentiers qui menaient sur les causses environnants, à me perdre dans l’immensité des plateaux avant de revenir plonger mon regard dans les profondeurs des gorges, j’ai pris la mesure de ce que furent les aventures géologiques de notre planète.

 

Plus tard, j’arpentais une autre montagne quand mon mariage m’amena durant plusieurs années en haute Ariège. C’est là que je compris combien la nature reprenait ses droits rapidement quand les hommes abandonnaient les lieux qu’ils avaient habités et cultivés, quand sa fureur dévastait un hameau, le temps d’une avalanche pour ne laisser que destructions. À ces altitudes, j’ai toujours senti que nous n’étions que les maîtres provisoires d’une nature toujours prompte à nous soumettre à sa puissance.

En 1978 j’écrivais dans mon Journal : « Nous oublions trop souvent que nous sommes les enfants de la terre et que nos villes, nos civilisations ne sont que des artifices fragiles élevés contre elle. La nature ne s’est pas mise au service de l’homme, c’est lui qui l’a asservie. Et tout ce qui est creusement, coupe, arrachage, c’est l’empêcher de se développer, la blesser dans ses œuvres vives. Jusqu’à ce qu’elle puisse ensevelir la trace humaine et de nouveau laisser libre cours à ses mouvements. […] La terre est une esclave insoumise et nous en sommes les maîtres totalement dépendants. Car c’est en elle qu’est inscrite la véritable finalité de l’humanité. » Et en 1999 : « Aucune force humaine ne sera jamais à la hauteur de celles de l’univers et de notre environnement. Notre seule chance c’est l’humilité et le respect. Cette étoile devenue noire, le temps de quelques minutes dans un ciel circonscrit (le temps d'une éclipse), nous rappelle que nous ne sommes que des hommes et que, si c’est beaucoup à notre mesure terrestre, ce n’est rien à côté de celle qui est la sienne. L’exploitation outrancière des ressources, la destruction de la nature, les querelles de frontières, de croyances, de pouvoir, les enjeux d’argent ne sont plus que de misérables vanités face à la puissance de ce système stellaire auquel nous appartenons et qui nous détruira irrémédiablement comme il nous a permis d’exister. »

À quelle sagesse saurons-nous nous tenir à l’heure de destructions sans mesure et des menaces qui en découlent ?

 

Commentaires
D
Notre intérêt pour la nature est à relativiser. Le sondage IPSOS-BVA d'avril 26 sur les préoccupations des Français donne les résultats suivants : En 1 : le pouvoir d'achat, en 2 : L'avenir du système social, en 3 : le niveau de délinquance, en 4 : le niveau d'immigration, en 5 : les crises internationales, en 6 : la dette et les déficits et seulement en 7 : la protection de l'environnement. Donc, chacun voit l'heure à son horloge ! Mais il est certain que l'avenir de la planète est en jeu maintenant, elle sera inhabitable en l'an 3000 ! A nous de faire mentir ces sondages !
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