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Grains de sel
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Blog créé par l'Association pour l'autobiographie (APA) pour accueillir les contributions au jour le jour de vos vécus, de vos expériences et de vos découvertes culturelles.
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6 avril 2026

De la nature chez Lucy Maud Montgomery !

Anne Poiré Guallino

 

Cet appel à témoignages de l’APA sur la « nature », étonnamment, je ne sais par quel bout le prendre. Que de paradoxes : je me sens citadine… J’aurais adoré être parisienne, pouvoir me rendre dans les musées, les parcs, les bibliothèques, assister aux mille et un événements offerts d’un arrondissement à l’autre, comme les tables rondes de l’APA. J’aurais même pu être new-yorkaise, sans doute, à Manhattan, bien sûr, ou habiter Shanghai, voire Singapour, dont j’ai aimé le séjour que j’ai pu y faire, et notamment ses réserves d’orchidées et ses jardins typiques. En réalité, de toute ma vie, je n’ai jamais habité une commune plus importante qu’Ay sur Moselle et ses 1600 habitants. Et même, à un moment, à Saint-Félix, je viens de vérifier, 183 personnes, en tout et pour tout. (Je dis souvent 80, quand j’évoque ce village, parce que j’exagère toujours un peu, malgré moi !) En même temps, le ruisseau qui coule dans notre inégalable (en toute modestie) jardin des plus de deux mille cœurs, que certains nomment « parc », tant il est varié, dans sa végétation, est un lieu de rêve, idéal, il devrait m’inspirer pour répondre à ce thème proposé.

Je pense par ailleurs à l’émeraude infini des sapins vosgiens ou ligériens, au cyan de la mer, cette merveilleuse découverte qui fait toujours autant battre mon cœur, à l’odeur des pins… Les rochers, roses et moussus de mon enfance. Et, non. Rien ne me vient de manière impérieuse et nécessaire. Peur des poncifs, des clichés simplistes.

Et puis, tout à l’heure j’ai eu une idée géniale. J’ai dit à Patrick : « Ça y est ! J’ai trouvé de quoi je vais parler. » J’ai préféré ne rien lui révéler. Ensuite, j’ai fait la sieste. Même pas, d’ailleurs. Nous avons parlé de tout et de rien, non-stop, à rire, sourire, comme toujours. Ce moment nous a semblé durer deux secondes. Et soudain le réveil a sonné : les trente minutes étaient écoulées.

Entretemps, j’avais tout oublié. Le projet que j’avais élaboré juste avant était sans doute fort judicieux, mais il s’est effacé, totalement. Enfui, loin.

Alors, que dire ?

Lorsque des amis qui ont la chance de vivre dans des villes viennent dormir à la maison, ils manifestent leur étonnement par deux réactions : soit ils sont gênés par le silence, au point de ne pas trouver le sommeil, ils ont presque peur de cette qualité de paix, de cette étrange tranquillité, de cette absence de bruit, à laquelle ils ne sont pas habitués. D’autres soupirent, au lever : « Incroyable, il a plu toute la nuit ! » Pas une goutte n’est tombée, mais le chant de notre cascade rieuse les a trompés… Il fait partie de nos nuits, de nos jours. Nous n’aurions pas idée de le confondre avec la pluie ou bien l’orage. On n’identifie pas toujours les sons que l’on ne connaît pas. Chaque lieu doit être apprivoisé. Je me souviens m’être sentie oppressée dans les Alpes, au milieu des pics immenses. Angoissée, paradoxalement. Éblouie sur la plage, en Corse, face à la transparence des flots. Mais en dire quoi ? Comment en rendre compte ? Je me revois, me baignant dans les étendues turquoise de la baie de Ha Long, au Vietnam, dans les sources chaudes de Guadeloupe. J’aime la mer… Des haïkus sont d’ailleurs en train de devenir notre prochain livre, à Patrick et moi, sur le flux et le reflux hivernal de la Méditerranée, ses coquillages énigmatiques. Mais pas plus que le reste, ils ne me semblent avoir leur place ici.

Je crois que je vis la nature par l’art, plus que dans la réalité, de manière interposée : j’en aime les tableaux, la transfiguration musicale même, les descriptions les plus littéraires.

C’est sûr que dans les livres, comme dans les romans de Lucy Maud Montgomery, que je viens à peine de découvrir à plus de soixante ans, par exemple, quelle puissance évocatoire, lorsque son héroïne, qui porte le même prénom que moi, décrit poétiquement la route qui conduit à Green Gables, le territoire où elle s’est épanouie, ou le paysage habité, sensuel qu’elle traverse pour rejoindre ses amis ou qu’elle perçoit depuis ses fenêtres… J’en suis bouleversée, chaque mot me percute, plus que devant n’importe quel panorama réel.

Post-scriptum : Après avoir écrit ce texte, nous avons pris notre voiture pour nous rendre dans un petit théâtre voisin, et, quelle merveille, la route : la lumière du printemps, les verts tendres qui arrivent, anglais, Véronèse, le mouvement de la rivière que nous longeons, sur tout le trajet… Pas un seul moment sans penser : quelle chance d’habiter ici, quels paysages extraordinaires ! Et ce ciel, céruléum au départ, puis de plus en plus pommelé, aux nuages expressifs. Un régal en perpétuelle métamorphose, évolution. Comme j’aime la nature qui m’entoure, finalement !

 

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Commentaires
C
Oui, quelle chance de profiter d'une nature aussi belle autour de nous et quelle chance pour toi de savoir la transcender, la peindre, la transcrire aussi joliment que tu le fais ! merci !
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