En forêt, en nature
Bernard M.
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Le printemps a tardé à venir. Pendant toute la dernière quinzaine, le temps était le plus souvent gris, avec un froid persistant à cause du vent et des ondées fréquentes. Pas mal de fleurs pourtant déjà, les prairies très vertes, les taches jaunes des champs de colza, mais pas encore la température censée accompagner cette éclosion. Mais aujourd’hui, pour la première fois grand ciel bleu, il fait vraiment beau et beaucoup plus doux. Cela se sentait sur le marché ce matin, les gens prenaient leur temps, flânaient, s’attardaient aux terrasses des cafés.
Et donc, l’après-midi, on est parti faire une grande balade. En forêt. C’est-à-dire en nature. Car pour moi la forêt est le lieu dans lequel je me sens vraiment en nature. Je n’y ressens pas la même chose que lorsque je marche en terrain découvert. Il y a quelque chose d’autre que je ne saurai bien définir, comme un enveloppement de toute ma personne dans une sorte de cocon qui m’enverrait des ondes bénéfiques, profondément apaisantes. C’était aussi un peu un test pour moi. Remarcher pour de vrai, pour une balade sur des sentiers qui montent et descendent et pour des parcours un peu plus longs que nos précédentes sorties d’une heure sur de larges et faciles chemins. Le test est positif même si, à l’arrivée, ma jambe tirait un peu.
Bien sûr nos forêts sont en partie « dénaturées », elles sont le produit du travail de l’homme, de ses plantations comme de ses coupes. Les espaces de forêt primaire non soumis ou très peu soumis à l’action de l’homme sont rarissimes. On dit que la seule qui subsiste à peu près en Europe est celle de Bialowieza à la frontière entre la Pologne et la Biélorussie. Je ne la connais pas, mais j’ai eu le plaisir de randonner en Irlande autour du château de Kylamore, dans le Comté de Galway, où subsiste un pan de forêt considéré comme très proche de la forêt primaire. Il y avait en effet, dans ses entrelacs d’espèces, de troncs et de branches, de rochers moussus, quelque chose de plus que dans les forêts à l’espace structuré par le travail des forestiers et les grandes allées dessinées pour en favoriser la traversée.
Je me souviens avec force d’un moment il y a pourtant déjà beaucoup d’années. Je crois que c’était en forêt de Lyons, au nord-ouest de Paris, une magnifique forêt de hêtres. Au moment de la pose coupe-faim plutôt que de simplement m’asseoir sur un tronc, je m’étais allongé, le corps au contact de la terre et des feuilles, j’avais suivi des yeux les futs de troncs qui s’élevaient au-dessus de moi dans une parfaite verticalité, je m’étais attardé sur les houppiers qui les dominent, j’avais regardé le ciel entre les branches, observé le défilé de quelques nuages légers sur fond de bleu… J’étais là dans une parfaite adhésion entre moi-même et ce qui m’entourait, vivant un moment d’harmonie rare au point que j’en ai encore le souvenir (et même presque la présence en l’écrivant) bien des années plus tard… Je sais que des thérapies par la forêt se développent, que des gens font des stages dans lesquels on les fait méditer au milieu des arbres et embrasser, au sens propre de tenir longuement entre leur bras, la base d’arbres puissants afin de communiquer avec eux. Je me permets d’être légèrement ironique et quelque peu sceptique sur ce genre de pratiques (et surtout sur les discours qui les accompagnent), mais il n’empêche que marcher tout simplement en forêt en silence et dans l’écoute de ce qui nous environne fait le plus grand bien.
J’ai toujours aimé la forêt, sans, pendant longtemps, y connaître grand-chose. Mais ces dernières années j’ai découvert, au travers de certains livres et de certaines émissions de télévision, à quel point la vie des arbres était riche et combien étaient complexes les écosystèmes forestiers. J’ai lu, par exemple, le livre du biologiste et ingénieur forestier Laurent Tillon, Être un chêne sous l’écorce de Quercus, qui raconte la vie et les interactions avec son environnement d’un chêne proche de son domicile à l’orée de la forêt et vieux de 250 ans. Et aussi le livre d’un forestier allemand, Peter Wohlleben, La vie secrète des arbres. J’ai vu que ce dernier avait donné lieu à une adaptation en bande dessinée. Je vais l’offrir à mes petits-enfants.
La dernière fois qu’ils sont venus d’ailleurs, nous avons installé des glands dans une petite coupelle avec un peu d’humidité. Plusieurs se sont ouverts, laissant apparaître une minuscule et fragile tige. Puis de premières feuilles sont apparues. Il est question que les enfants reviennent pour les proches vacances de Pâques chez nous. Si c’est bien le cas, ce sera le moment de choisir avec eux un petit coin dans le jardin où planter en bonne terre ces promesses d’arbres et de voir ce qu’ils deviendront même si notre jardin n’est pas assez vaste pour les y laisser croitre longtemps…
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