Et ma retraite ?
Kata
En décembre dernier, je pensais vraiment avoir pris ma retraite de ma retraite. Or, c'est bien ce qu'il s'est passé mais seulement à moitié : je suis bien à la retraite, tout ce qu'il y a de plus officielle. De ce côté là, pas de changement, heureusement. Et l'autre moitié ?
Eh bien, voici quelques nouvelles.
Je ne pensais pas écrire ce qu'il s'est passé et se passe dans cette association que j'ai fréquentée pendant 18 ans en tant que bénévole. Or j'en ai parlé à des amis. Ils me disent que ce sont des modifications fréquentes dans toute sorte d'associations. Ici, une association humanitaire est maintenant gérée comme une entreprise. Disons, alors, que ce qu'il m'arrive et que je vais narrer n'est pas d'une grande originalité. Cela va quand même m'aider à mettre mes idées au clair. C'est ce que permet l'écriture.
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Plusieurs bénévoles de l'association ont décidé de me faire rester. Ce sont des bénévoles à l'ancienne, des doubles, quoi. Elles et eux placent les demandes et les possibilités de résoudre les problèmes administratifs des étrangers que nous recevons au premier plan. L'écoute est privilégiée, bien comprendre ce qu'il se passe permet d'envisager des solutions adéquates. Nous ne sommes pas du genre à dire « vous n'avez qu'à retourner chez vous ». Parmi elles et eux, il y a des enseignant.es de français, des parrains et des marraines qui essayent de gérer les problèmes de leurs filleul.es, etc
A l'automne dernier les huiles du bureau avaient décidé de m'exclure deux mois et, pour revenir, il fallait que je signe une attestation promettant de ne plus faire de discrimination !!!! Peu après, elles décident trois choses : écrire une charte de bonne conduite, créer une cellule de gestion des « clashs » et remettre mon sort entre les mains du Conseil d'Administration. Ce conseil devra décider de ma réintégration ou de mon exclusion définitive, le bureau n'avait pas le droit de décider tout seul.
Et les huiles sont contentes ! Nous, nous rigolons plutôt jaune. La charte s'intitule
« Dispositif de signalement et de traitement des comportements inappropriés »
J'ai comme une envie de vomir quand je découvre ce titre. C'est à cause de moi qu'il a été décidé d'écrire une charte, comme si les statuts et la définition de l'association ne suffisaient pas. Immédiatement, je cherche la définition de signaler/signalement dans le LITTRE et trouve :
SIGNALER (si-gna-lé) v. a.
1- Anciennement (sens aujourd'hui inusité), faire par écrit une espèce de description de la personne d'un soldat qu'on enrôle, indiquant son âge, sa taille, la couleur de ses cheveux. Signaler les soldats de recrue.
2 - Donner le signalement d'une personne qu'on veut faire reconnaître. Il est signalé à la police.
3 - Par extension. Appeler, attirer l'attention de quelqu'un sur une personne, sur une chose. Signaler quelqu'un à l'autorité
L'association se transformerait-elle en commissariat de police ? La discussion sur la charte est repoussée à la fin du mois d'avril. Au CA du 04/04, plusieurs points sont à l'ordre du jour, le dernier concerne ma possible réintégration. Des étrangers, que je suivais, ont dû voir d'autres accueillants pour des problèmes de papiers que je ne peux plus traiter. Ils m'ont affirmé que des ex-collègues ont dit beaucoup de mal de moi. J'ai beau avoir proposé une autre activité, m'occuper des parrains/marraines et non des accueillis lambda, je ne le sens pas. La réunion a eu lieu hier. J'ai déjà eu des retours. Il parait que la discussion a été houleuse à mon sujet jusqu'au vote et, comme je le pressentais, ma réintégration n'a pas été acceptée.
Perso, j'ai déjà fait mon deuil de cette association, mais mes amis collègues l'ont très mal pris. Nous devons nous revoir et envisager une suite à donner ou pas. J'attends le mail officiel du refus. Je suis sure qu'il n'y aura pas de motif autre que le vote du CA ou un faux motif. Ca ne changera rien à l'envie de vomir qui me prend rien qu'à l'évocation du nom de l'association, vu ce qu'elle est devenue.
Et vous savez quoi ? Des accueillis ne veulent pas d'autre accueillant.e que moi. J'en ai déjà vu plusieurs, dont deux Russes. Un jeune garçon a fui pour ne pas être incorporé dans l'armée et être envoyé en Ukraïne, il ne veut pas faire la guerre de Poutine. Eh bien ! Il n'a pas reçu le titre de réfugié ! Il a pourtant présenté à l'OFPRA puis en appel à la CNDA des papiers de l'armée et d'autres de la police qui le recherchait. Heureusement, dès qu'il a su qu'il était refusé, il est tout de suite venu me voir, car je le connaissais, à temps (je l'espère) pour qu'il puisse déposer une demande de titre de séjour, avant de recevoir une Obligation de Quitter le Territoire Français (OQTF). Comme s'il pouvait retourner en Russie !!!! J'ai reçu aussi une jeune russe LGBT, menacée de prison. Nous démarrons la constitution d'un dossier pour une demande de titre de séjour.
Et voilà, fini pour l'instant ma retraite de ma retraite. Disons que j'en suis seulement à une demi retraite. La retraite entière arrivera quand on aura un gouvernement, et donc des préfets et préfètes, qui ne mettront pas un point d'honneur à refuser tous les migrants qui se présentent et sont refusés alors qu'ils demandent simplement de vivre avec nous, comme nous.
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Grains de sel | Comment j’ai réussi à prendre ma retraite de ma retraite