Louange à Henning Mankell
Elizabeth LC.
/image%2F1169248%2F20260411%2Fob_d4062f_20260411gds-elc-hommage-a-henning-mank.jpeg)
Je lis depuis longtemps les livres de l’écrivain suédois Henning Mankell (1948-2015), toujours avec le même plaisir – en traduction française ou anglaise, comme je ne parle pas suédois. Pour résumer, on peut dire que Mankell a écrit deux sortes de livres : des romans policiers, dont notamment ceux d’un cycle consacré à l’inspecteur Kurt Wallander, qui travaille au commissariat d’Ystad, une ville de Scanie proche de Malmö ; et d’autres romans, souvent en rapport avec l’expérience qu’a eue Mankell de vivre en Afrique, notamment au Mozambique.
Le point commun très général entre tous ces livres, toutefois, est à mon sens la profondeur et la subtilité avec lesquelles Mankell évoque d’une part l’étrangeté d’être au monde (et la manière dont on peut réagir à cette perception), d’autre part quelque chose comme le destin qui s’impose aux gens (déterminisme) et la possibilité qu’ils ont – ou pas – de l’infléchir.
Dans les polars du cycle Wallander, il réussit à la fois à raconter une intrigue policière bien ficelée (et souvent originale) et à présenter des personnages nuancés, crédibles, pleins de naturel. Son inspecteur Wallander est un personnage attachant, surtout pas un super-héros mais un homme ordinaire avec des faiblesses sympathiques et un sens du devoir qui force l’admiration – même si à lui cela pose souvent problème.
Le titre de Mankell que je viens de relire s’intitule L’Homme inquiet (Seuil coll. Points, 2010) et c’est le dernier qui met en scène Wallander. La tonalité globale du livre est plutôt mélancolique avec son personnage, qui constate avec amertume son propre vieillissement et subit un deuil douloureux. C’est aussi le dernier opus du cycle, et cela en tant qu’information figurant à la dernière page du livre, où Mankell annonce que Wallander est atteint de la maladie d’Alzheimer. Il écrit : « Après, il n’y a plus rien. Le récit sur Kurt Wallander s’arrête. Les années qui lui restent à vivre, peut-être une dizaine, peut-être davantage, n’appartiennent qu’à lui. »
Henning Mankell est mort le 5 octobre 2015. Quand j’ai appris cette nouvelle, cela m’a d’autant plus attristée que j’ai constaté qu’il était exactement de mon âge, à quelques semaines près. Quelques jours plus tard, j’ai eu l’occasion de prendre la parole en public (ce qui n’est pas mon exercice favori) pour présenter mon livre Des femmes dans le noir (Le Coin du Canal, 2012) et, bien que ce ne fût pas en rapport direct, j’ai pu alors lui rendre hommage, ce qui rétrospectivement me fait plaisir aujourd’hui.
Image : Henning Mankell en 2011 à New York à la librairie Barnes & Noble d’Union Square. Photo David Shankbone
Internet
-
Wikipédia | Henning Mankell