Après le soleil…
Kata
Il y a seulement quelques jours, nous étions affalées, une amie et moi, à la terrasse d’un café, sous les arbres du Jardin de Ville. Nous avions chacune revêtu un chemisier à manches courtes, un pantalon en toile légère, épongeant nos fronts en sueur après la marche de quelques mètres sous le soleil pour rejoindre une table ombragée. Que boire pour étancher notre soif ? L’une opte pour un thé glacé, l’autre pour un citron pressé. Et nous voilà, sirotant nos boissons. Silence, nos langues sont encore collées dans nos palais. Elles doivent retrouver leur agilité.
Au bout d’un long moment… et piapiapia et piapiapia, nous voilà à papoter, du beau temps, de la situation, des joueurs de pétanque devant nous qui pointent ou tirent. Un petit bruit métallique nous arrive parfois aux oreilles, nous indiquant qu’un tireur avait fait mouche. Toutes les deux nous nous occupons d’aider des étrangers à obtenir leurs papiers pour vivre en sécurité. Nous échangeons sur les problèmes que nous rencontrons. Je parle de ce jeune russe qui n’a pas obtenu l’asile malgré la production des convocations de la police qui voulait l’encaserner pour l’envoyer faire la guerre en Ukraine. Comme il est plutôt du genre pacifiste, il a choisi de partir se réfugier dans un pays réputé pour ses « droits de l’Homme ». C’est un peu raté, mais on trouvera une autre possibilité pour qu’il ne soit pas expulsé. On ne voit pas le temps filer. Finalement nous nous séparons et prenons rendez-vous pour continuer nos discussions la semaine prochaine, suivant nos disponibilités de retraitées actives.
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Nous sommes la semaine suivante et… il pleut. Et même, il pleut des cordes. J’ai échangé mon petit corsage contre un pull en laine, et je le supporte. 20° de moins, enfin, c’est du ressenti, je n’ai pas vérifié. Il faut donc changer notre fusil d’épaule, nous les pacifistes. Il fait beaucoup trop froid pour prendre un pot à la terrasse d’un bistrot. Que faire ? Nous échangeons nos déceptions par téléphone. Le mauvais temps froid a l’air de vouloir s’installer. Grenoble est une ville agréable, de plus en plus verdoyante avec de moins en moins de voitures et beaucoup de piétons et de cyclistes. Ses détracteurs n’ont pas gagné aux dernières élections municipales. Est-ce eux qui envoient ce mauvais temps par vengeance ? Car c’est bien une maire écolo qui a été élue. Au moins, l’air est respirable nous indique la couleur verte d’un pylône du téléphérique allumé le soir. Vous diriez que c’est une couleur normale pour une ville écolo et vous auriez raison. Disons que s’il est rouge, que l’air est mauvais, ce sont les opposants qui arrivent à exprimer leur colère de n’avoir pas été élus.
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Bon trêve de plaisanteries. Aller au cinéma ? Certes, nous serions à l’abri, mais nous ne pourrions pas continuer nos papotages, or, autant l’une que l’autre, nous en avons besoin. Nous savons qu’en face, nous avons une oreille attentive qui écoute, peut donner son sentiment, mais ne juge pas. De mon côté, je peux parler de l’amertume que je ressens après mon éviction de l’association où j’étais bénévole depuis 18 ans. Mon amie n’est pas dans la même association. Elle, elle concentre son ire contre les instances qui ne logent pas les migrants, même les familles avec enfants et, toutes les deux, nous parlons des narcotrafiquants qui sévissent ici aussi, dans la ville et les banlieues.
À quoi pouvons-nous nous raccrocher ? C’est bientôt la fête des Mères. Les vitrines des magasins regorgent de promotions, de même que nos boites aux lettres., mais nous, nous sommes plutôt pour la fête de toutes les femmes. Enfin, si ça peut éviter que certains magasins ferment par manque d’acheteurs ! Nous choisissons un des cafés prévus pour de longs papotages : boissons, pâtisseries, tables, chaises ou fauteuils bien agencés pour ne pas se gêner. Ça nous va, nous pouvons reprendre nos discussions. Et au bout de… pas mal de temps, nous nous séparons, contentes de nos échanges, en nous promettant de nous revoir incessamment sous peu.
En ce moment, nous lisons peu de livres et l’une et l’autre, mais beaucoup d’articles de journaux et revues pour nous tenir au courant de ce qu’il se passe dans un monde qui semble être devenu fou, à la recherche de tout ce qui peut aider les étrangers qui s’en remettent à nous pour ne pas être expulsés dans leur pays où la situation est cent fois pire que la nôtre. Faire le dos rond et attendre ?
Et que répète l’agnostique que je suis ? Paix sur la Terre aux hommes de bonne volonté
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