Chroniq’hebdo | D’une illusion et d’une lueur
Pierre Kobel
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Juste une illusion. En sortant du ciné après avoir vu le film de Nakache et Toledano, je me demandais : quelle illusion ?
Quelle illusion de vivre ? Quelle illusion d’être quelqu’un ? Quelle illusion de notre importance quand le vide nous rattrape, que nos repères s’effacent, que le quotidien nous use et nos corps avec ? On se tend un miroir et, au bout du chemin, il se brise.
Oh là, là, j’entends déjà des : « Mais il nous fait une dépression, le Pierre ! » Que nenni ! Tout va bien, je rassure. Mais en ce moment, c’est ça ou la colère. Avouez, il y a parfois de quoi se demander à quoi sert l’existence quand, du personnel au collectif, du domestiquer au politique, de l’affectif à la révolte, de l’inconscient au volontaire, on bute sur l’obstacle et l’impuissance. Que faire d’autre que de combler le vide avec des mots ? Nous avons cette chance avec les amis de ces pages, avec ceux de la poésie.
Juste une illusion. Celle de revenir par l’artifice du cinéma à notre passé ? Celle du jeune Vincent quant à son avenir ? Celle de chaque jour gagné ?
À quoi bon s’appesantir ? Et – petit miracle ! – alors que je remâche ma diatribe sans joie, je lis ce texte de Carl Norac dans son beau livre de la lueur que viennent de publier mes amis des éditions Bruno Doucey :
« J’ai visité en moi quelques recoins un peu tristes. Il y avait, dans ces faibles espaces, des ustensiles de vie peu employés, pas de poussières, ni un désordre encombrant. J’ai toisé le vide, ses alentours, j’ai demandé si le crépuscule s’était posé là, si l’avenir avait un sens commun. Ensuite, je suis revenu à moi-même, à la masse, à l’âme compacte, mais je tenais ici, à définir, pour une fois, ce qu’est un voyage de peu.
Il existe une presque nudité en chaque chose. Nudité du miroir quand il semble pourtant habité de nos présences. Nudité des cieux même à l’heure des ennuagements. Nous laissons le vide vagabonder par les venelles, les avenues, dans les fossés, au gré de l’huile chaude des matins embrumés de voitures sur la ville. Nous voilà à nouveau bien debout – qui nous croit ? – pour cette autre nudité du temps qui passe derrière nous. Ce virage est-il trop léger ou non pour esquisser une autre vie ? Je crois pourtant en cette soudaine transparence qui perle aux lèvres et que l’on voudrait vêtir d’un poème. »
La lueur d’un poème pour dire ce que je pense, pour m’habiter et habiter encore le monde. Malgré tout.
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« Mais pourquoi je vous raconte tout ça ? » (ELC)
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Éditions Bruno Doucey | Le livre de la lueur