Chroniq’hebdo | Des mots à dire et du poids des mots
Pierre Kobel
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À la télé des images de Patrick Bruel qui fait l’objet de multiples plaintes pour viol et agression sexuelle. Une affaire de plus qui ajoute à toutes celles qui se succèdent de semaine en semaine. À ne plus savoir quoi penser. On se dit : « Un garçon si sympathique ! » Dire l’époque, le contexte ? C’est si facile ! Qui n’a pas eu des désirs, des fantasmes ? Mais utiliser le pouvoir que confèrent le succès, la notoriété, l’argent pour les assouvir en contraignant autrui, c’est inexcusable.
S’ajoute à cela l’affaire des personnels du périscolaire de la Ville de Paris, mais aussi en bien d’autres lieux. On découvre seulement aujourd’hui que de nombreux cas d’agressions sexuelles ont eu lieu dans les centres de loisirs, dans les crèches. Des enfants, de la plus petite enfance jusqu’à un âge plus avancé, ont subi des sévices durant des années sans que rien de sérieux ne soit mis en place pour aller contre cela. J’ai connu suffisamment longtemps l’école maternelle pour avoir une idée de ce sujet brûlant. Le périscolaire est constitué trop souvent de personnes non qualifiées. C’est pour des municipalités le moyen, d’une part, de pallier le recrutement insuffisant et de pouvoir payer à moindres frais les garçons et les filles sans qualifications, qui acceptent ce qui leur est proposé.
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Violences sexuelles qui ne cessent d’éclater à la face d’une société qui a mis le couvercle sur ces faits durant des années quand des alertes se déclenchaient déjà. Je poursuis ma réflexion en lisant l’excellente et très recommandable BD de Marine Courtade. En mettant en récit son histoire personnelle et familiale sur les dessins d’Alexandra Petit, elle met des mots là où sa grand-mère prononce ceux qui intitulent son opus : On ne parle pas de ces choses-là. Si on n’en parle pas, quelles que soient les raisons, on laisse perdurer des situations inacceptables et les impacts psychiques et physiques sur les victimes.
Alors oui, laisser parader Bruel sur les plateaux médias quand il traînait déjà une sale réputation protégé qu’il était par son statut, recruter des personnels sans aucune vigilance pour aller au plus pressé, ne pas prendre en considération la parole des enfants et des femmes pour ne pas être dérangé, ne pas être impliqué, c’est plus facile que de regarder les choses en face. Marine Courtade est journaliste et clôt son livre par un très instructif dossier de chiffres et d’entretiens. Et ses interlocutrices le disent, le silence de la société, des familles, c’est de la complicité, les négligences des autorités politiques, judiciaires, policières, c’est de la complicité. On se tait et on détourne le regard pour avoir l’illusion de mieux vivre. Et quand on est rattrapé par la patrouille, c’est la catastrophe. En ce domaine comme en bien d’autres, poser les mots est nécessaire, libérateur, sinon réparateur. À lire des témoignages issus du fonds de l’APA pour un futur cahier, nous mesurons avec mes amies le poids de ces mots face aux effets dévastateurs des violences subies.
Qu’on soit victime ou témoin, s’y arrêter et les dire, c’est une affaire de courage. Même si ça dérange !
*
Le poids des mots, on le retrouve dans toutes les parts de nos existences. Il est dans l’actualité quand les candidatures se multiplient à onze mois des Présidentielles. Qui nous convaincra le mieux alors que les discours s’enchaînent et autant de promesses calibrées pour l’instant T. Ambition, avidité ? Que penser de cette aspiration à un pouvoir suprême ? Quelle sincérité accorder à ces tribuns qui n’ont jamais fait leurs preuves dans une société où tous les discours sont possibles jusqu’à dire tout et son contraire dans un même mouvement ?
Le poids des mots, c’est aussi celui du blogueur Gabriel Grossi dans un article de Littératures portes ouvertes, quand il disserte à propos des liens de la poésie avec l’université. Je ne suis pas issu du monde de l’université et j’ai beaucoup de respect pour ses membres. Leurs recherches, leurs réflexions, leurs débats d’idées sont nécessaires. Cependant, je ne le cache pas, j’ai aussi quelques préventions contre leurs cercles fermés, la défense élitiste d’un pré carré et le mépris hautain de certain(e)s. Rien d’un rejet de ma part, juste l’idée que toutes les paroles se valent par leurs diversités et leurs différences, tant dans leur expression que dans l’exploitation qui en est faite.
Il en est ainsi à l’APA, qui allie le travail de ses membres les plus savants à celui des plus autodidactes, qui concilie la réflexion du savoir avec les apports du bénévolat et de toutes les curiosités.
Et pour conclure avec un rayon d’espoir, clin d’oeil à notre amie Mireille Podchlebnik qui écrit dans son dernier recueil, Images flashs/Odeurs d’enfance
Les boutons
Dans l’atelier du jeudi
Pièce aux accents
colorés
Les boutons se jouent
Aux dés
Baccara
As vert et passe
Tripot chinois
Les enfants
S’en donnent
À cœur joie
Éclats de rire
Blues
Saisons d’autrefois
Boutons de nacre
Ocre acre
Concerto dans la nuit
Polyphonie
Une pluie de couleurs
S’échappe
D’une boîte métal
Cachée au fond
Du placard
Au violon
Yehudi Menuhin
Illumine Beethoven
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« Mais pourquoi je vous raconte tout ça ? » (ELC)
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