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Grains de sel
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Blog créé par l'Association pour l'autobiographie (APA) pour accueillir les contributions au jour le jour de vos vécus, de vos expériences et de vos découvertes culturelles.
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21 mai 2026

Frosted with snow

Catherine Bierling

 

Parfois, je me sens vide de sens, en colère contre l’actualité qui semble m’engloutir dans ses flots montants de mauvaises nouvelles absurdes. Comment parler des oiseaux, du printemps ou des fleurs quand on se sent à ce point entourée de nouvelles menaçantes ? Il reste la colère ou le repli sur soi. Ou bien la poésie ?

Lors d’un vernissage, constatant l’âge avancé de maintes personnes présentes (et de nous-mêmes !), un ami prononce cette expression : « Frosted with snow ! » (ensevelis, ou glacés sous la neige ?) précisant que celle-ci se trouve sans doute dans un sonnet de Shakespeare.

De l’utilité certaine de Google, Wikipedia, Wikisource : je trouve le sonnet en anglais et sa traduction par Victor Hugo. Je me perds avec délice, j’erre parmi ces vers si chargés de sens qui expriment le désespoir du temps qui passe et simultanément l’espoir, grâce à l’écriture, grâce à la poésie, d’en garder l’essence, le sens, même lorsque nous, dérisoires fleurs fragiles et périssables, subissons les assauts de l’hiver…

  

Shakespeare, sonnet N°5, Traduction François-Victor Hugo

« Ces mêmes heures qui ont formé par un travail exquis ce type admirable où se plaisent tous les yeux, deviendront impitoyables pour lui, et disgracieront ce qui est la grâce suprême.

 

Car le temps infatigable traine l’été au hideux hiver et l’y absorbe : la gelée fige la sève, les feuilles les plus vigoureuses tombent toutes, la beauté est sous l’avalanche, la désolation partout !

 

Alors, si la goutte distillée par l’été ne restait, prisonnière liquide, enfermée dans des parois cristallines, la beauté ne se reproduirait plus ; et rien ne resterait d’elle, pas même le souvenir !

 

Mais les fleurs qui ont distillé leur sève, ont beau subir l’hiver, elles ne perdent que leurs feuilles et gardent toujours vivace leur essence parfumée. »

 

Shakespeare, 1564-1616… Disparu depuis bientôt quatre siècles et nous transmettant des mots et des phrases qui reflètent nos états d’âme de pauvres humains. Nous ne sommes pas des Shakespeare (nos écrits ne perdureront sans doute pas aussi longtemps !), mais le pouvoir des mots continue de vivre à travers nous, le langage est une chaine qui relie les humains et parfois nous aide à vivre et à surmonter la tristesse de notre finitude.

 

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