Le lieu de tous les possibles
Elizabeth LC.
Récemment je suis allée voir le film de Nicolas Défossé, Un lugar más grande (Un lieu plus grand). C’est un documentaire sur une expérience en cours depuis 2015 (si j’ai bien compris) d’autogestion de la municipalité de Tila, au Mexique, dans le Chiapas – dans la suite du mouvement dit « zapatiste » du sous-commandant Marcos. Les gens du coin en ont eu assez des politiciens, ils les ont virés, ont interdit la présence des partis politiques sur place et donné le pouvoir à l’ejido de Tila pour administrer le bourg.
Un « ejido » désigne, au Mexique, une propriété collective attribuée à un groupe de paysans pour y effectuer des travaux agricoles. Ce type de structure est l’héritage de la révolution mexicaine de 1910, dont une des revendications majeures était la redistribution des terres aux paysans (et d’ailleurs l’image d’Emiliano Zapata est très présente à Tila). J’emprunte les lignes suivantes à un texte de présentation du film (cf. lien) : « La vie à l’Ejido [de Tila] est rythmée par la culture de la terre, activité principale et fierté de ses habitants. La majorité de la communauté ch’ol est paysanne et partage ses journées entre travail agricole et “service commun”. Dans cette municipalité, chacun participe bénévolement aux tâches collectives qui assurent la vie commune : ramassage des déchets, tours de garde pour la sécurité, etc. Le “chef” joue davantage un rôle de représentant public qu’un rôle autoritaire, et toutes les décisions sont prises en assemblées communautaires. »
Tout cela n’est pas inutile pour comprendre ce que montre le film, qui est réalisé en « cinéma direct » (sans éléments d’information affichés, sans voix off), ce qui fait qu’au début, on a un peu du mal à saisir le sens et les enjeux de ce qui nous est montré. Mais une fois cette difficulté surmontée, cela devient passionnant. On assiste à beaucoup de discussions où reviennent fréquemment deux préoccupations : rester vigilants, car des gens « malveillants » peuvent encore intervenir ; et faire accepter à tous leur responsabilité dans la gestion de la vie quotidienne.
Peu de séquences concernent les activités agricoles elles-mêmes, la majeure partie du film étant focalisée sur le relationnel. Il met en avant aussi la manière dont les habitants de Tila, y compris les jeunes, intègrent les traditions locales (par exemple les combats rituels de garçons déguisés en « taureaux » et en « tigres » lors du carnaval). D’ailleurs la plupart parlent entre eux la langue locale, le ch’ol, plutôt que l’espagnol, qui sert surtout à communiquer avec l’extérieur. De belles images (mais pas gratuites) contribuent à l’intérêt du film.
Est-ce à dire que l’on peut ainsi vivre autrement ? Les malveillants sont toujours actifs, et l’on apprend à la fin du film que deux des personnages principaux qu’on y a vus ont été assassinés l’année dernière par des groupes paramilitaires. Les habitants de Tila pourront-ils tenir bon ?
J’ai déjà dit dans les colonnes de ce blog mon attachement envers le Mexique et mon intérêt pour ce qui s’y passe. Je n’ai voyagé qu’une fois au Chiapas, un lieu d’une grande beauté et d’une grande mélancolie.
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