Lettres ordinaires
Martine Lévy
/image%2F1169248%2F20260527%2Fob_27232c_20260527gds-mots-mlevy-lettres-ordinai.jpg)
Je suis allée jeudi 21 mai 2026 au musée Carnavalet écouter la conférence d’une artiste, Adriana Wallis, sur « Les lettres ordinaires », ce qui a fait écho aux autobiographies de gens ordinaires que l’APA collecte.
En 2016, cette artiste s’est interrogée sur le destin des lettres qui ne peuvent parvenir à leurs destinataires parce que l’adresse est erronée, volontairement ou non (elle donne l’exemple d’une lettre adressée à « Monsieur et Madame Sans nom, rue Sans nom » avec un code postal aléatoire et une ville qui ne correspond pas au code postal).
Ces dizaines de milliers de lettres intimes, personnelles adressées à des parents des enfants, des ex échouent au « Centre de traitement des courriers et colis perdus de La Poste » à Libourne. Ces lettres sont ouvertes et parcourues à la recherche d’indices permettant d’en retrouver l’expéditeur ou le destinataire - ce qui aboutit rarement
Adrianna Wallis a passé un contrat avec La Poste et, tous les trois mois, elle recevait chez elle un énorme carton de lettres (photo). À partir de milliers de lettres datant de 2016 à 2020, l’artiste a produit un ensemble d’œuvres, de lectures et de performances permettant de faire entendre ces morceaux de vie, notamment « Les Liseurs » : des volontaires se relaient pendant plusieurs heures pour lire, et faire aboutir toutes les lettres perdues contenues dans un carton. Chaque lecteur pioche les lettres une à une, au hasard, et les lit de façon naturelle.
Une performance « Les Liseurs » aura lieu le samedi 6 juin 2026 au Musée Carnavalet (voir ci-dessous)
Cette rencontre m’a vivement intéressée. Comment ces lettres perdues, de gens ordinaires, sont récupérées, donnent matière à créativité, à émotions fortes, notamment pour les gens qui travaillent au centre de La Poste de Libourne. Et pour cette artiste, qui, dit-elle, des années après avoir lu ces lettres, reste marquée par certaines histoires, certains mots.
Adriana Wallis a publié un livre avec l’historienne Arlette Farge, Les lettres ordinaires, livre publié en 2023 chez Manuella éditions. En explorant, à l’invitation de l’artiste, cette matière « ordinaire », Arlette Farge fait entendre les voix d’une humanité qui lance dans le vide ses appels d’amour, de détresse, de désir, de chagrin, un monde de regrets. Les mille et une histoires de ces lettres perdues, à la fois fascinantes et bouleversantes, revivent sous nos yeux, comme pour ne pas disparaître tout à fait. Cela entre en résonance avec le travail de conservation de l’APA.
Une performance « Les liseurs » aura lieu au musée Carnavalet-Histoire de Paris
samedi 6 juin 2026. Des volontaires vont se relayer pendant six heures pour lire, et faire aboutir toutes les lettres perdues contenues dans un carton. Chaque lecteur piochera les lettres une à une, au hasard.
Événement gratuit, en accès libre de 11 h à 17 h
Galerie Choiseul
Musée Carnavalet-Histoire de Paris
23 rue Madame de Sévigné
75003 Paris